Je suis allée à Côme pour deux raisons. La première est que mon plan initial de vacances: deux semaines de randonnés itinérantes avec mon chien, est tombé à l’eau suite à une crise d’épilepsie que ce dernier a fait pendant une rando préparatoire. Donc, pas chaud de réitérer. La deuxième raison est que, depuis que j’ai vu Star Wars épisode II, je veux visiter la planète Naboo. Il existe une troisième raison que tout le monde a expérimenté: Le Covid qui nous a tous empêché de partir où on voulait quand on voulait. Faisant partir de ces chères premières lignes, payées à coups de lance-pierre et d’applaudissement, esclaves de nos idéaux et de notre titularisation au sein de l’hôpital public, à chaque menace de nouvelle vague, mes projets de vacances volaient en éclat. J’ai choisi la facilité et la proximité: l’Italie et son fameux Lago di Como.
Vendredi 17 septembre 2021 – Samedi 25 Septembre 2021

Vendredi 17 Septembre 2021
Hier soir, je suis allée boire des coups avec Jean-Mich. Pas mal de coups. C’est donc avec une belle gueule de bois et trois heures de retard sur le planning que je quitte Lyon. Après trois heures de route et un vomi de mon clébard Jackson sur la banquette arrière, j’arrive au plateau des Glières en Haute-Savoie. Autant, sur la route, je me suis tapée une brume à en faire froid dans le dos, autant ici, il fait beau. Un charmant jeune homme me donne un plan et me conseille de bivouaquer près des chalets de l’Auge. Je pars, chargée comme une mule avec mon gros sac à dos, ma tente, mon sac de couchage, le matelas, des fringues chaudes, de la bouffe pour deux jours, trois litres d’eau et le chien en laisse.

La première côte se passe bien, impec! Je marche vingt minutes et comme il est déjà 14h, m’arrête rapidement pour casser la croûte car j’aime manger. J’ouvre un petit pot de Hoummous et sors du pain de seigle bio, car je suis ce genre de meuf, oui. Mais voilà, je cale. Donc je laisse. Je bois un coup et m’enfile une pompote pomme-banane sans sucre ajouté, et oui. Jackson, lui, boude le hoummous. Je reprends la route à travers la forêt et rapidement, le verdict tombe, j’ai la gerbe. Faute à cette foutue gueule de bois qui ne veut pas me lâcher et la migraine qui l’accompagne. Je continue lentement, très lentement. En plus, ça grimpa pas mal. J’arrive sur une espèce de plateau et je dois m’allonger un peu parce que ça va pas, voilà. Bon, à un moment, je repars quand même. Et ça continue à monter. C’est à ce moment là que le chemin décide de disparaître. J’hésite entre deux directions. Je choisis la facilité. Je sors mon téléphone. Bah ça capte pas. J’ouvre MapsMe en me disant que j’ai surement dû télécharger la carte de la Haute-Savoie. MapsMe s’ouvre sur ce message « Voulez-vous télécharger la carte de la Haute-Savoie? ». Bah oui, mais bon, là, sans réseau, on va pas y arriver. Je décide de continuer sur le chemin de droite qui est en fait une rivière; et délaisser celui de gauche parce que j’aime pas sa gueule. Et je retombe sur le balisage! Je vérifie avec la carte qu’on m’a donné, ça me semble correspondre. Et ça grimpe encore. Bon Dieu. On arrive sur une crête. La vue est ouf malgré une bonne couverture de nuages. Le Mont Blanc se voile et se dévoile. C’est beau. Je croise un mec. Un vieux. Il a l’air d’aller chercher son pain tellement il est chill. C’est plat, ça va mieux. Par contre, il commence à y avoir v’là les vaches. Et Jackson, je ne sais pour quelle raison, peut-être à cause des cloches, devient tout fou et fait des ronds en sautant tout autour de moi avec sa laisse. Ce qui est vraiment pas une super bonne idée avec un sac de 15 kilos sur le dos. Donc je l’engueule, raccourcit la laisse et on traverse l’alpage. Il y a vraiment beaucoup de vaches. Et elles sont grosses en plus. Elles nous regardent. Je leur dit bonjour poliment. J’ai l’impression d’être dans un tiéquar où je suis pas la bienvenue. Comme une keuf dans les quartiers Nord. Ah, y a des chevaux aussi, tiens. Et un âne. Je crois. Ou un petit cheval. Avec des oreilles chelous. Ou un cheval-âne. Et des bébés chevaux trop choux! On quitte les vaches sans accro et on arrive aux chalets mais, à part quelques poules sur lesquelles Jackson tente de se jeter, pas âme qui vive. Les volets sont fermés. Il y a bien une maison ouverte avec une voiture devant, et je me demande encore comment elle est parvenue jusqu’ici, mais personne de visible et j’avoue, j’ai pas osé toquer à la porte. D’autant plus que c’était écrit « camping interdit » près des chalets… Alors oui, je me dégonfle un peu, je traverse le hameau et je continue ma route. Quelques centaines de mètres plus tard, un petit coin d’herbe m’appelle. Pas de vache à proximité, ce sera mon spot pour la nuit. Je pose mon sac, met mon legging et mon T-shirt à manches longues, m’allonge dans l’herbe. Et puis, je me relève parce qu’il y a des fourmis et m’allonge un peu plus bas. Et je m’endors.

Quand je me réveille, mon mal de crâne s’est un peu atténué et j’ai froid. Théoriquement, il faut que j’attende 19h pour monter la tente mais personne ne passe dans les environs depuis un bon moment alors je crois que je vais faire une petite entorse au règlement.
J’ai peur d’avoir froid cette nuit. Au pire j’ai la couverture de survie. Ce soir, si j’ai pas oublié mon réchaud (parce que je me rappelle pas l’avoir pris) c’est lentilles! Et demain, ils annoncent un temps pourri.

Samedi 18 septembre
Je n’ai pas mangé de lentilles hier, mais une vieille boîte de sardines, non pas parce que j’avais oublié mon réchaud, oh que non, j’y avais bien pensé, mais parce que je n’avais pas pris de briquet. Voilà. Bouffonne. Je vous fais grâce des autres injures que j’ai pu déverser sur mon propre compte. Peu de temps avant, j’ai plongé l’index de ma main gauche dans une bouse de vache, Dieu sait pour quelles raisons. Tout ça pour dire que je passais une fin de journée parfaite quand le soleil s’est couché et que les montagnes sont devenues toutes roses et c’était très joli.

Je me suis réveillé à 6h30 ce matin, une nuit très correcte pour un bivouac, un peu froid mais pas trop. J’ai ouvert la tente et là faut faire gaffe pour pas que toute la rosée dégouline à l’intérieur, et bim, le Mont Blanc, face to face, tout nu. Ce genre de vue au réveil, c’est indescriptible, ça vaut tous les doigts dans la bouse du monde. Je suis repartie vers 8h30, je sais pas ce que j’ai branlé, oui j’ai mis ma vie à replier la tente mais tout de même, et, avec Jackson, nous nous sommes gaiement élancés sur le chemin du retour. On repasse les chalets, l’alpage, où on entendait toute la soirée les « cataclop » des chevaux et le tintement des cloches de vache, et qui est désert ce matin. On repasse la forêt trempée et je me pète la gueule. Et puis après j’ai l’impression de m’être perdue alors que pas du tout. J’arrive au parking à 10h, c’est noir de monde, sans déconner. Mais oui. On est samedi. C’est le moment que choisit l’ouverture centralisée de ma voiture pour se mettre en panne. Parfait. Déjà que prendre le tunnel du Mont-Blanc, ça me fait une angoisse, me voilà sous les meilleurs hospices pour faire la route.
Le tunnel m’angoisse oui. À chaque fois, je repense à l’accident. Je viens de retrouver, c’était en 1999, bah voilà j’avais 10 piges et peur de tout. J’arrive aux abords du tunnel. Ça bouchonne sec. Je mets la radio. Radio-Tunnel. Le gars dit qu’il y en a pour un quart d’heure. 45 minutes plus tard, j’arrive au péage. Un Italien me demande si c’est un aller simple ou un aller-retour. Un aller simple. 46 balles. Pardon ? 46 balles pour franchir ce tunnel de la mort ? 46 balles pour faire 12 km. Bon Dieu, les voilà tes 46 balles ! Je grogne un peu et puis j’oublie. Le gars me donne une plaquette à lire avec les règles à respecter mais le feu passe au vert direct et j’ai pas le temps de lire la plaquette. Je tente de regarder ce qui est écrit en même temps que je roule et puis je me rends compte que c’est complètement con. Douze kilomètres les yeux rivés sur le compteur et sur les distances de sécurité, avec à l’arrière un chien qui a mangé une bouse de vache pour le petit déj, et bah c’est long. Quand j’en sors je réalise que la migraine est revenue. Je roule jusqu’aux alentours d’Aoste et m’arrête pour manger et prendre l’air. Il est déjà 13h. Je reprends la voiture et monte dans les hauteurs pour rejoindre le chalet que j’ai loué pour une nuit. Je trouve facilement mais la boîte à code pour récupérer la clé ne s’ouvre pas. Commence à monter un vent de panique car je suis dans un bled désert, à 30 minutes de la première ville qui possède le wi-fi, pas de réseau et tout autour, des baraques en ruines. Et puis je suis crade, je suis fatigué et ma tête va éclater. Et puis je me souviens bêtement que je ne suis pas connecté au réseau italien mais que je peux le faire une petite manip et tout sera réglé. Diablerie de Covid, à cause de toi, je ne sais plus voyager. Bref, j’ai réussi à contacter Roberta, mon hôte, qui arrive en 10 minutes. Elle est belle, gaulée comme c’est pas permis, elle arrive même en footing pour la frime et en plus, elle parle un français parfait ! Je peux enfin m’installer et je prends une douche. La fameuse douche post-bivouac, celle qui te fait prendre pleine mesures du précieux d’avoir l’eau courante. J’en profite pour faire sécher la tente, balader Jackson. À 16h j’irai bien me coucher ! Je vais plutôt aller bouquiner, avec les incroyables montagnes de la Vallée d’Aoste en toile de fond.

Dimanche 19 septembre
Oh mais que je suis contente d’avoir cédé à la flemme et à la peur ! Le plan de base c’était qu’hier j’aurai dû randonner dans un parc national et bivouaquer à plus de 2500 mètres. Seulement 2 jours avant, j’ai vu qu’ils annonçaient de l’orage. Moi qui déteste ça, j’ai aussitôt réservé le petit chalet où j’étais hier. Se retrouver à 2500 mètres d’altitude dans une tente par 5 degrés avec un énorme orage et un chien mort de peur qui fait une crise d’épilepsie, le plan me tentait moyennement. Pourtant, vu le temps en arrivant au chalet, j’ai cru regretter. Les montagnes étaient superbes, il faisait grand soleil. Et bien tant pis. Au moins, je peux prendre une douche. Je me suis couché vers 22h; À 22h30, je sens Jackson qui tente de me réveiller à coup de truffe dans le pied. Je grogne mais bon, quand il fait ça, et c’est rare, je sais qu’il y a urgence, il a besoin de sortir . J’ouvre les yeux, et un énorme éclair zèbre le ciel. Waow. Il n’a pas du tout envie de sortir Jackson. Il est pété de trouille à cause de l’orage. Et hop, il saute dans le lit et s’assoie sur mon dos. « Ah non Jackson attends ». Je lui ouvre la couette et il vient se pelotonner contre moi, la tête sur mon bras. Trop mignon. Au bout de quelques minutes, je l’entends ronfloter. Je m’endors peu de temps après. Le lendemain matin quand je me réveille, Jackson est retourné sur son tapis (c’est-à-dire le canapé) et il pleut à verse. Je suis tellement contente de ne pas être en bivouac.

À 10h, je prends la route. Je boude l’autoroute pour une espèce de national limitée à 60 qui me fait traverser les petits villages. C’est hyper vieillot, défraîchi, en ruine, mais aussi très mignon. La pluie s’est arrêtée, il fait beau, j’ai trouvé une radio qui balance du Lynyrd Skynyrd. Au bout d’une bonne heure, encaissée entre deux montagnes se découpe une silhouette massive : c’est le Fort de Bard. Et oui, ni plus ni moins que le siège d’Hydra dans « Avengers: l’Ère d’Ultron ». La petite ville médiévale est très mignonne aussi. Je ne visite pas le fort, déjà à cause de Jackson et aussi parce qu’il est midi et que je dois être à Côme à 14h et j’ai 1h45 de route. Oui bon, je vais être en retard, c’est sûr. D’autant plus que je reste coincé un quart d’heure à un passage à niveau en tant que piéton), comme si j’avais que ça à faire. Mais du coup, j’en profite pour me rendre compte que je ne pipe pas un mot d’italien ! On se dit « ah ah c’est facile tu mets des o et des a partout ». Ouais bah en réalité j’ai juste l’impression que les gens essaient de me dire un truc, et en fait ils ne me parlent pas, ils parlent à quelqu’un d’autre en me regardant et du coup je dis « bonjour buongiorno » ils comprennent pas pourquoi et j’ai l’air d’une conne.

Je dépasse Milan et me prends le déluge de l’année. Je suis à deux doigts de faire un tête à queue alors que j’ai réduit à fond la vitesse et préviens mon hôte que je serai en retard. Derrière moi, un grand ciel bleu. Devant, rien que l’obscurité, rayée de temps à autre d’un éclair. Pourquoi, bordel? Été de merde. Voilà c’est tout. Je suis arrivé à Côme, je trouve facilement la rue et Andréa me rejoint, il pleut à seaux. Ça y est j’ai les clés, top. Je fais quoi maintenant? Au final, je bouine, je prends un petit goûter, je lis et à 17h, un peu de ciel bleu commence à faire son apparition. « Allez, Jackson on va se balader ». C’était pas la grosse chaleur, il y avait même un vent de fou au bord du lac et Jackson aboyait comme un débile sur tous les chiens qu’on croisait mais il ne faut retenir qu’une chose: Côme c’est tout joli ! Espérons qu’il fasse meilleur demain, j’irai me balader un peu plus loin et je rêve d’une escalope de dinde à la crème avec des pâtes noyées dedans. Je commence à en avoir bien ras le cul du pain de seigle bio de mes couilles et des sardines à l’huile.
Lundi 20 septembre
Je sais ce que je ferai quand je serai riche. J’achèterai une maison à Brunato. C’est un petit village trop mignon qu’on atteint depuis Côme en funiculaire. Les maisons là-bas sentent le compte en Suisse, elles sont gigantesques avec pléthore de terrasses et de balcons, vue sur le lac, parcs interminables, statues, fontaines et tutti quanti.
De là, je suis partie faire une rando que j’ai vu dans un bouquin et elle a dépassé de loin mes attentes. Sentiers étroits et casse-gueule, éboulis, passages où il faut mettre les mains, technique comme j’aime, et surtout : un château en ruine ! Alors, il y avait toute une signalétique interdisant potentiellement l’entrée, mais bon je sais pas lire l’italien, du coup j’y suis allée. Il fallait escalader un peu à cause des arbres qui ont tout envahi mais au final, un peu décevant, juste quelques murs et des débris. Pas de laboratoire de meth ni de fabrique de faux billets. C’est comme ça.
En marchant, je me disais que j’aimerais bien vivre une aventure. J’ai pas plus développé que ça l’idée de base, mon cerveau est ensuite parti à classer mes aventuriers pref. Alors bien sûr, il y avait Sidney Fox, Tintin. On peut aussi citer MacGyver et Lucky Luke, qui en font partie selon moi mais il y en a deux qui se disputent la première place du podium. Bien sûr, il y a l’indétrônable Indiana Jones: le charisme, l’intelligence, le physique (dans le sens sportif du terme bien entendu). Il reste une des figures marquantes de ma jeunesse. Mais ex-aequo, il y a aussi Morgan Adams dans « L’île aux pirates ». J’ignore si le film a bien vieilli. J’en doute mais le personnage est assez badass. Elle est forte, maline, indépendante. Et c’est une femme pirate, une capitaine. J’en arrive à penser que si on veut partir à l’aventure, il faut soit de l’argent, soit de l’audace. Je manque cruellement du premier. Espérons avoir suffisamment d’audace alors.
Cette rando était vraiment une bonne idée. Je suis montée tout en haut d’un phare (143 marches il paraît). Au début j’étais pas chaud, je me suis dit « Flemme de payer de balles, il va y avoir du monde en plus ». Et puis j’ai réfléchi à la vue. 143 marches, ça fait un phare fort haut. Et en fait personne n’y monte, peut-être à cause des 143 marches. Figurez-vous que ça valait le coup. Alors là, je regrette pas du tout mes deux balles. La vue était incroyable

Et autrement, plutôt ce matin j’ai visité la ville. Sans Jackson qui a été infect hier pendant la balade et aboyait sur tous les chiens. J’ai fait les visites obligatoires : le Duomo, San Fedele. C’est bien, mais ça me fait pas non plus vibrer. Par contre je me suis posée à une terrasse en plein soleil pour boire un cappuccino en lisant « Le Bûcher des vanités ». Je me suis figurée l’image de meuf incroyable que ça donnait, et j’étais satisfaite. Et puis le serveur est venu me demander un truc. J’ai pas compris. Alors je lui ai dit que j’ai pas compris. Il a répété deux fois et j’ai répondu « OUI » au pif et il m’a ramené un pauvre croissant fourré à la confiture. Alors il était pas dégueu. Il était pas ouf non plus. Mais surtout j’avais pas du tout faim. Bon je l’ai mangé quand même.

Ce soir Andrea, mon hôte, est venu changer mon pommeau de douche. On a parlé rando. J’ai un petit crush. Et j’ai un énorme bouton d’acné qui pousse en plein milieu de la joue.
Mardi 21 septembre 2021
Presque la flemme d’écrire ce soir à tel point je suis rincé. Je suis rentrée tard, j’ai été me chercher deux parts de pizza qui était EXCELLENTES et là j’ai envie de dormir. En même temps, j’ai marché 25 km hier. 18 aujourd’hui. Alors c’est pas étonnant. Ce matin, j’ai pas fait grand-chose. Il y avait un marché près de la Porta Torre et j’ai donc traîné Jackson pour aller mater les fringues moches et les bijoux de mauvaise qualité. Je suis revenue avec de la bouffe, évidemment. Et cet aprem, oh là là! Je suis allé faire la Greenway machin-truc qui emmène de la Villa Carlotta (à Tremezzo) à la Villa del Balbianello (impossible à écrire sans modèle) qui se trouve à Leno.
Tout le long, on en prend plein la vue. L’image d’Épinal du lac de Côme avec les villas extraordinaires, les palmiers, les escaliers qui mènent au bord de l’eau, le mât des bateaux qui s’entrechoquent.


Ça pue le pognon aussi. Faut voir l’hôtel de Tremezzo. 5 étoiles. J’ai bugué devant tellement il est fou. Mais le plus beau, c’est la toute petite promenade au bord de l’eau. C’est Naboo quoi. C’est beau, c’est harmonieux, ce serein. On y resterait bien un petit millier d’années

Mercredi 22 septembre
La grosse Faustine est arrivée avec son sac dégueu et ses pieds qui puent. On est allées se balader dans Côme, faire la petite promenade qui va vers la villa Olmo et on s’est extasiées devant les maisons, les quais, les bateaux, les statues, les jardins et même les pigeons.

On a débattu de la bêtise du monde en fumant des cigarettes. On est parti sans Jackson parce que ça y est, je peux plus blairer. On a fait une rando ce matin et je sais pas, il était relou, toujours dans les pâtes, ou à choisir le mauvais chemin. Et puis moi j’étais ronchon parce qu’en fait, j’avais plus envie de la faire cette rando. Du coup comme un vieux couple, on prend un peu de temps, chacun de notre côté.

Jeudi 23 septembre
Hier soir, avec Faustine, nous sommes allés manger dans un resto sur la piazza del Duomo. Donc : cadre romantique, linguine aux fruits de mer, pizza quattro fromagi, prosecco, lumière tamisée, serveur sympa, c’était parfait et excellent. En partant, Faustine a éteint la lumière de notre table en disant « buena noche ». Sauf que c’est « buena notte » en italien donc bof comme sortie.

Et ce matin, la journée a plutôt débuté dans le chaos. Déjà parce que Faustine s’est réveillé avec une envie de chier et, je la comprends ça fout un peu le seum de commencer la journée comme ça. On s’était décidées depuis plusieurs jours à profiter de cette journée où on annonçait un grand soleil pour partir en bateau à Bellagio. Au lever, je tire les rideaux. Il fait gris. Tout couvert. Ni-ckel. Bon, on a quand même envie de faire les belles et de mettre des robes. On sort dans la rue, on se gèle les miches, on trace jusqu’au quai. Il est 9h50. Un bateau quitte le ponton. On demande à la dame de la caisse quand part le prochain bateau pour Bellagio. Elle nous répond maintenant. Je lui dis « ah bah il est parti ». Le prochain est à 12h15. Ah. Parfait. On ne sait plus quoi faire mais on décide de ne pas réagir sous le coup de l’émotion car deux solutions s’offrent à nous : attendre 2h30 le prochain bateau ou y aller en voiture. Le temps que la décision mûrisse dans nos têtes, allons boire un cappuccino. Ce bar ou ce bar? Celui-ci, le serveur est plus beau. Faustine prend un cappuccino, moi un latte macchiato et on apprend que la seule différence entre les deux est dans le dosage de lait. Une fois le café avalé, la décision est prise : on va acheter des cartes postales, faire les boutiques et prendre le bateau de 12h15. À 12h15, nous voilà donc sur le quai numéro 2, je bouscule les gens devant pour être dans la file qui se fera composter le ticket par un archi beau gosse, l’homme de ma vie, je n’ai pas peur des mots, que nous appellerons ici Alessandro, parce qu’il n’y avait pas son prénom sur son badge.
La visite de Bellagio est une des plus belles choses que j’ai fait ici, en grande partie grâce à la Villa Melzi dont les jardins sont sublimes.
En plus en sortant de table ce midi que ne fut pas notre surprise de voir le ciel se dégager complètement. On est rentrées à Côme à 19h le cœur léger et le ventre lourd de gnocchi et de glace. On va aller se boire des coups ce soir, une petite salade et demain, ciao Como !
Vendredi 24 septembre
Nous voilà à Ivrée, une ville du Piémont au nord de Turin par laquelle j’étais déjà passée en quittant le Val d’Aoste. On s’est décidées hier soir en se fracassant la gueule au Spritz et au Papa Doble en terrasse. On est un peu fatiguées alors il nous a fallu que deux tournées avant d’être un peu pétées, de laisser des mots doux sur une serviette en papier au serveur et aller faire du toboggan dans le parc voisin. D’autant plus qu’ils nous ont oublié une tournée sur la facture alors la petite chauffe à 15 balles, on en redemande.

Ivrée est un village médiéval à l’histoire un peu particulière. On parle là d’une famille royale qui fait une distribution de flageolets, grand seigneur, ou une tradition de bataille à coup d’orange. Malgré son côté pittoresque, la ville est très peu touristique. Fini donc les sous-titres en anglais. Nous voilà sorties de notre zone de confort. Heureusement j’avais auparavant appris à dire le mot « bière » en italien. Mais voilà qu’arrive la grande aventure culinaire des vacances ! Nous sommes donc allées au resto et avons essayé de commander sur une carte en italien. Je vous spoile tout de suite la fin, le serveur nous a amené une carte en anglais pour éviter le carnage parce que voilà ce qu’on avait compris avec celle en version orignale: 1. Vitello Tonnato: ok c’est du thon, et ça doit être un mode de cuisson. Réponse : c’est du veau avec une mayo au thon. 2. Tomino al Verde : bien entendu c’est de la tomme ! Réponse: Ah non, c’est un fromage frais. Ah très bien, mais j’ai une certitude, c’est de la chèvre. Ah non c’est de la vache. 3. Insalata Russa: Là c’est évident, une salade russe. Alors là-dessus on avait pas tout à fait tort, mais ça nous avançait pas plus sur le contenu. Réponse: Et bah figurez-vous que c’est ni plus ni moins que notre bonne vieille piémontaise des familles, qui pour le coup, n’est pas un plat du Piémont, mais bien français et d’origine russe. Alors que la macédoine de légumes ne vient pas de Macédoine, mais bien d’italie. Vous suivez ? 3. Agnolotti: je parie mes deux reins que c’est de l’agneau. Et bah c’est des raviolis. 4. Et tajarin ? Ça ne m’étonnerait pas que ce soit une viande. Réponse: ce sont des sortes de spaghetti. On s’en sort avec un bon 0,5/10 mais on a mangé comme des reines pour pas cher et on est rentré en roulant.

Samedi 25 septembre
Je viens de faire une des plus grandes nuits de mon existence, au bas mot 22h-8h. Merci la literie exceptionnelle et le copieux repas de la veille. On a plié bagages et on est reparties. On a dépassé Turin, et puis le tunnel de Fréjus et j’ai fait flipper Faustine en lui racontant l’histoire de la catastrophe du tunnel du Mont-Blanc et on est arrivé en France. On s’est arrêté une station pour manger, en même temps qu’un bus du club du 3ème âge qui comprenait rien à la formule entrée-plat-dessert.

Et puis on a écouté un podcast sur l’affaire Benalla et Faustine s’est endormie alors sans remord, je suis passée un podcast sur Michel Sardou. Et on est arrivées. J’ai 6 kg de linge sale à laver.

J’ai appris tellement de choses cette semaine:
Dire bonjour, merci, au revoir de façon adaptée. L’origine de la piémontaise et de la Macédoine. Que j’aime encore plus les pâtes. Et les glaces aussi. Et surtout, et je ne vous en ai pas parlé avant, j’ai appris à utiliser un bidet. Il y en avait un dans l’appart de Côme et quand Faustine est arrivée, elle m’a dit « c’est quoi leur problème aux Italiens avec les bidets? ». Apparemment il y en avait partout. Dans le fond, on connaissait le vrai visage du bidet : se laver le derche ou la Schneck après être allé aux toilettes, mais concrètement on n’était pas sûr de savoir faire. On a donc regardé un tuto sur l’Internet nommé « how to use a biday » qui montrait pudiquement des silhouettes installées sur un bidet. Première nouvelle: on peut s’asseoir comme sur les chiottes ou à l’envers comme sur un cheval, dépend de la partie qu’on veut laver évidemment. Figurez-vous qu’après 2 jours de réflexion j’ai essayé le bidet et voilà ma conclusion, il faut réintroduire le bidet, c’est un outil de bien-être absolu une fois qu’on l’a dompté (il y a eu quelques ajustements à trouver à la première utilisation). C’est sur ces derniers mots qui, je l’espère, feront avancer la science et évoluer la France, que je retourne à la tâche ardue de laver mon bordel et particulièrement, la couverture ou Jackson a vomi au début de cette aventure.
Arrivederchi!










