Road-trip en Camping-car à travers le Victoria et la Nouvelle Galles du Sud.
6 Novembre 2019 – 29 Novembre 2019
Mercredi 6 Novembre
Le voyage a commencé depuis à peine 12 heures et le premier drame est arrivé : Bergium s’est fait confisquer son briquet Johnny Halliday au contrôle de sécurité à Shanghai. On avait vu que c’était pas autorisé alors on a tenté de le faire passer en le cachant mais ils font un peu de zèle ici. Même au détecteur, on s’est fait tripoter dans tous les sens. Voilà où on en est Bergium et moi : au Dunkin Donut de l’aéroport de Shanghai après un premier vol de 11 heures depuis Paris. Il est 15h30 ici, 8h30 à Paname et ça doit déjà être le soir à Melbourne où on n’arrivera que demain matin.
Ces derniers jours, tout s’est enchaîné très vite. Jeudi soir, je quittais Ajaccio en Ferry, samedi après-midi, je déposais le chien chez Earl et Annette et lundi soir je prenais le train pour Paris où je me suis pris une fessée à Mario Kart par Lucas. Hier matin je retrouvais Bergium pour aller voir l’expo sur Tolkien et le soir même, on décollait tous les deux pour 27 heures de voyage.
Il est 17h15 à Shanghai. J’ai dormi une demie-heure enroulée dans la couverture que j’ai volé dans l’avion. La nuit est en train de tomber. C’est au tour de Bergium de faire la sieste avec ses noix de cajou en livre de chevet. Malgré une toilette de chat, je commence à puer.

Jeudi 7 Novembre
Le jet-lag me dégome l’intelligence. Je n’arrive pas à savoir quand débute cette journée… Quand on a pris l’avion à Shanghai à 19h le 6 Novembre là bas ? Ou pendant l’avion ? Ou à 10h, quand on est arrivés à Melbourne ? En tout cas, avec Bergium, on était assis à côté d’un Australien très cool qui nous a donné sa carte en cas de problème. Enfin, on atterrit, on prend le taxi et on arrive chez Laure où, après un petit café, on s’est jeté sous la douche et dans le lit. Après 30 minutes de sieste, c’est les retrouvailles avec Mallou et Lojo qui arrivent tout juste d’Indonésie. Je me lève, je suis congelée, j’arrive pas à aligner deux mots à part « je retourne me coucher » et je joins le geste à la parole pour une petite sieste de 4 heures. Le reste de la journée se déroule dans une ambiance très cosy entre bières, clopes et morceaux de guitare. Parfait pour cette première journée où on est capable de rien. En plus, il pleut. On se couche. Demain on commence les choses sérieuses.

Vendredi 8 Novembre
Fatiguée comme jamais hier, j’ai pas parlé de certains trucs importants. On a donc retrouvé Laure que j’avais pas vu depuis un an et demi au bas mot, et rencontré Brendan son copain et Jimmy, le père de Brendan. Et également, Buckers, un de leur pote qui est venu saoul parce qu’il venait de se faire virer de son boulot de jardinier pour avoir dit « Fuck Off » à son patron et qui venait, par la même occasion, nous apporter un matelas gonflable un peu percé pour nous dépanner. Très sympa mais on n’avait pas de gonfleur, ce qui a nécessité un gros « Team Work » de gonflage à la bouche.

Ce matin, malgré ma sieste de 4 heures la veille, Mallou nous réveille « les gens, il est 9h30, on a oublié de se réveiller ». Merde, c’est l’heure à laquelle on devait partir pour récupérer le camping-car… Bergium ne comprend pas « j’avais pourtant mis un réveil… Ah oui, mais pour lundi, ok ». Bon, pas de panique, on partira quand on sera prêt. À 10h30, Jimmy et Brendan nous emmène, Mallou, moi et Laure, au loueur de camping-car et là, on découvre LE MONSTRE ! Sept mètres de long sur trois mètres cinquante de haut ! Full confort : douche, chiottes, trois lits, un grand frigo, plaque, micro-four… On est comme des fous ! On a trop hâte de le présenter à Lojo et Bergium, partis en expédition pour acheter une table et des chaises pliantes. Une expédition aux airs de caméra cachée… Ils partent en tram, arrivent au magasin, font leurs emplettes, sortent et se prennent une énorme averse ! Ils rentrent de nouveau dans le magasin déposer le caddie et là, gros coup de tonnerre. « C’est une blague », se disent-ils. Ils ressortent et à présent, c’est l’averse de grêle ! Ils courent jusqu’à l’arrêt de tram qui s’avère ne pas être le bon. Ils doivent alors marcher 200 mètres, chargés comme des mulets pour voir leur tram partir sans eux. Ils atteignent l’abri de l’arrêt de tram quand la pluie s’arrête subitement mais le vent les glace toujours. Enfin, le tram arrive. Plus tard, à ma question : « Est-ce que vous avez déplié les chaises pour vous asseoir dans le tram ? », Lojo répondra « Bah non, on voulait pas se faire remarquer, on avait pas de tickets ».

On se retrouve à la maison, on charge les sacs dans le camping-car, on mange, on attend une éclaircie pour faire la photo, on dit au revoir à Brendan et Jimmy et on prend la route. L’objectif était d’atteindre Gundagai ce soir. Mais avec la grasse matinée de ce matin, les courses et la prise en main du camping-car, on s’est arrêté plus tôt que prévu, ce qui ne nous a pas empêché de voir nos premiers kangourous ! (Laure et Mallou, respectivement co-pilote et pilote, en ont également vu un écrasé sur la route.) On est donc ce soir à Sammuel Bollard Camp, une aire de repos pour camping-car. En parlant de camping-car, on a baptisé le notre John Michael Soso, qui est l’équivalent australien de notre très français Jean-Michel Apeuprès. Car nous sommes tous ici des Jean-Michel Apeuprès de l’anglais. Ça caille bien ce soir. On a sorti les grosses chaussettes et on estime la température extérieur à 8°C.

22h48 : Bergium, l’homme élégant, fait tomber du riz par terre et le ramasse en s’exclamant « Bon, j’y vais avec les doigts, comme dans une bonne schnek ».
Samedi 9 Novembre
Aujourd’hui, c’est la fête à Bergium. Il s’est réveillé à 3h du mat en pleine forme, merci le décalage horaire. Vers 6h,il part faire un petit footing dans le froid, ce qui lui permet de voir un grand kangourou avec son bébé. Ensuite, il rentre et il veut faire une douche mais l’eau est glacée. On l’entend dire des choses comme « sa mère, nique ta race ». Après, il va se recoucher. Moi je me lève, fait une toilette de chat et puis je me décide à faire chauffer de l’eau pour le café. Sur la plaque, il y a la poêle d’hier où Mallou a mis de l’eau pour la faire tremper un peu. Sauf que j’ai pas vu donc je vire la poêle un peu brusquement sans faire attention et je renverse toute l’eau grasse sur le sweat blanc de Bergium qui traîne. Je me fais disputer mais bon, je trouve qu’il exagère un peu. Bref, on reprend la route. On a changé nos plans, on va d’abord à Blue Mountains National Park, plus logique vu notre itinéraire. À la moitié de la journée, on est à sec d’eau potable dans le camping-car. Et les chiottes sont pleines et sentent les chiottes de festoche. Ce soir, arrêt impératif dans un camping, donc !

On est arrivés en fin d’aprem à Blue Mountains National Park. Le premier camping est plein, donc on se rabat sur un deuxième non loin. On branche Jean-Michel sur l’électricité et on part voir le coucher de soleil avec vue sur les montagnes. C’est magnifique mais le vent est vénère et on part rapidement l’usage de nos doigts. On s’empiffre de chips au vinaigre pendant que Bergium se faire prendre en photo par Lojo devant un caca de chien et se rend alors compte qu’il a une coupe militaire. On revient enfin au camping et la mission vidage eaux usées / remplissage eau propre commence. Déjà, première difficulté avec Lojo, on galère à mettre le tuyau pour vider l’eau de la douche et du lavabo. On bidouille droite/gauche, enfin on y arrive, on évacue l’eau dans la bassine à serpillière (et oui, pas de bouche d’égout sur ce camping) et ça blaire un peu. Deuxième mission, on doit remplir Jean-Michel d’eau. Déjà, le tuyau qu’on nous a fourni à la location ça va pas ! Ça rentre pas dans le robinet du site. On décide de piquer celui du camping. Je le connecte dans un trou au pif. On allume l’eau mais la jauge remplit pas. Lojo arrive. « C’est normal que tu mets pas l’eau dans l’endroit où c’est écrit « Water » ? », me demande t-elle. Ah merde, c’est pas le bon trou. Bon, on rétablit les choses et la jauge se remplit enfin. 20%, 50%, 70%… Puis toujours 70%, encore 70%. Et j’entends que l’eau ne fait plus le même bruit. On ressort:l’eau dégueule du camping-car ! Je vais coupe l’eau, Mallou veut enlever le tuyau mais tout d’un coup, un geyser surgit du réservoir! On a complètement over-rempli Jean-Michel ! La faute au capteur mal foutu et au terrain pas droit ! On s’y prend à deux. Je tire sur le tuyau, Mallou remet le bouchon, il y a de l’eau partout ! Ben oui, on est en pente… Et quelques instants plus tard, on se tape une belle galère avec la gazinière qui marche pas. Le menu pâtes aux champignons se transforment donc en salade de crudités. On ne trouvera probablement pas la solution ce soir, on a appelé le loueur mais il ne répond pas… Autrement, on a appris que des feux sont en train de ravager des villes au nord de Sidney… Plusieurs morts et des centaines de maisons brûlées, les boules.
22h30: Le gars de la location nous appelle et fait le point avec Laure sur la situation. Et là, le gars demande « la vitre de protection est-elle 100% à la verticale ? ». Ah… non. C’est donc une sécurité ! Bon bah merci monsieur, le problème est réglé, on passe pour des blaireaux mais on est ravi !

Dimanche 10 Novembre
Premier jour de vacances à mes yeux car première fois que nous faisons une vraie activité touristique : les Three Sisters ! On se rend à Echo Point, Katoomba, point de vue sur les mythique rochers des Three Sisters où se pressent les chinois par milliers. On s’enfuit assez vite car c’est tout de même difficilement supportable et on commence une grosse boucle qui s’enfonce dans la forêt, j’oserais même dire, la jungle ! Les points de vue sont magnifiques, la forêt est grandiose et il fait un putain de ciel bleu. Bonjour comment ça m’avait manqué ! On s’envoie ensuite une descente d’un demi-milliard de marches jusqu’à Leura Falls, une chute d’eau qu’on galéra un peu à trouver mais trop belle et personne pour nous casser les couilles. On se pause, on profite du soleil. Je m’endors même un peu.

On repart, on continue la boucle en s’enfonçant encore plus bas dans la vallée. À un croisement, on décide de faire deux teams : Lojo et Mallou, hyper détèr’, décident de remonter vers Echo Point : mille marches sans déconner et 1h30 de montée sur le papier ; tandis que Bergium, Laure et moi optons pour la marche tranquille d’1h30 jusqu’à une ancienne mine de charbon où on a pris un petit train qui monte à 52° contre la roche, et tu peux même incliner ton siège pour être à 64° ! On est comme des gosses et le train démarre, c’est hyper impressionnant ! On dirait qu’on va tomber dans la vallée. Bergium, qui a le vertige, perd un peu de sa superbe. « J’ai les mains toutes moites » nous dit-il. Mais le Railway ne dure que deux minutes et nous voilà rapidement sur le plancher des vaches.

On sort chercher les filles qui devaient nous rejoindre ici, mais pas de trace de Jean-Michel. Un gars du parking nous demande si il peut nous aider. On lui répond qu’on attend nos amies qui ne vont pas tarder à arriver. Il nous répond que dès qu’il les voit, il leur dira qu’on est là… Cimer gros mais tu sais même pas à quoi ressemble nos potes ! En plus il avait une vieille moustache dégueue et des lunettes de soleil de Kim Kardashian qui tenaient plus du pare-brise que des lunettes. Mais tout se passe comme prévu (une fois n’est pas coutume), on retrouve les filles et on repart avec Jean-Michel après avoir vu un cacatoès de super près. On décide d’aller voir si il y a de la place au camping qu’on a tenté hier et c’est OK, même si la meuf de la réception nous prend pour des teubés. Elle se détend quand on commence à sortir les billets, la pétasse. Il est 16h, on se mange des pâtes et c’est plus que la vie tellement c’est un kif. Apparemment, selon Lojo qui vient d’entrer dans le camping-car, ça blaire. On pue probablement un peu la sueur parce qu’on est pas encore lavés, parce qu’on repart se balader, mais ça ne nous empêche pas de nous vautrer dans les draps.

Cet après-midi, nous avons vécu une des expériences des plus marquantes jusque là de ces vacances en camping-car : le vidage de LA CASSETTE. Pour les non-initiés, la cassette, c’est tout simplement le tank à caca de Jean-Michel. Habituellement, ça se vide en toute simplicité dans une cuve. Cependant, depuis le départ, nous n’avions pas pu la vider et Dieu sait qu’elle était pleine ! Soit nous étions en camping sauvage, soit le camping n’avait pas l’équipement nécessaire, soit, comme aujourd’hui, c’est hors-service… Nous voilà donc Lojo, Mallou et moi en route pour vider la cassette dans les toilettes handicapées du camping après accord de la direction. Première chose, on enlève la cassette du camping-car et là, bonjour comment c’est lourd ! On la porte à deux avec Mallou quand celle-ci me dit « Attends, y a des roues ! ». Génial ! On pose l’engin par terre, je déplie la poignée télescopique et je traîne la cassette comme un petit cartable. Et là, cata ! Mallou et Lojo se mettent à crier, Bergium répond en écho depuis la porte du camping-car « ça fuit ! Stop !!! ». La trappe n’est pas hermétique et du jus de chiottes coule !! Ahlala, on est en plein milieu du camping, à la limite de se pisser dessus de rire. Bergium n’assume pas : « Les voisins putain ! » et s’apprête à s’enfermer dans Jean-Michel de honte ! Il m’a d’ailleurs engueulé parce que, pendant la débandade, par nécessité, j’ai du toucher ma bouche, avec mes doigts qui étaient PROPRES ! « T’es dégueulasse », m’a t-il dit. Bref, Lojo essuie les dégâts avec un kleenex et on porte de nouveau la cassette à deux jusqu’aux toilettes pour la vider, à défaut de pouvoir le faire au Dump Point prévu à cet effet, hors service ce jour là, comme je vous l’ai indiqué plus haut. Et c’est parti en mode Bazooka à merde ! Le canon vers les chiottes, on lève le machin pour tout verser dans les WC pendant que Lojo tire la chasse en continu : « Je veux pas voir de caca ! » crie t-elle les yeux fermés. Mallou et moi, on porte la cassette en beuglant, recroquevillées l’une contre l’autre pour ne pas voir ce qui en sort ! C’est la panique !
« – Elise, ta main gauche, ça coule !!
– Mais c’est laquelle la main gauche, bordel ! »
Et là, on entend : « Houhou ? Hello ? ». On se tait d’un coup, on se regarde, merde c’est qui ? On retient notre respiration en espérant que la personne se casse. « Hello ? » répète l’inconnu. « Euh… Yes ? » je répond timidement. Et je vais entrouvrir la porte pour n’y passer que la tête, c’est le gars de l’accueil qui me demande si on a foutu le bordel. Je lui répond un « Noooooo » qui se veut rassurant mais bien trop exagéré pour être honnête. Il faut dire qu’on a un peu éclaboussé ! Le gars s’en va. Bergium nous racontera plus tard que la totalité du camping nous entendait hurler jusqu’à ce que le gars arrive et reste un bon moment à essayer de nous interpeller avant qu’on l’entende. Il a même tenté un « Bonjour » à la française… Enfin, on rince et on re-rince la cassette avant de la ranger et on va se balader. Et puis, on se pose un peu et je m’endors comme une merde. Je me réveille, il fait nuit et il n’y a plus personne dans le camping-car. Je mets un peu de temps à émerger et je regarde l’heure. Il est 19h30 passées et puis j’entends un bruit dans la capucine. Il y quelqu’un là-bas qui dort. C’est Bergium. Enfin, les filles déboulent et on se bouge pour aller manger en ville. Le gars du camping nous dit qu’il y en a pour 20 minutes pour rejoindre le centre-ville et il s’est bien foutu de notre gueule, il y a en a pour plus de 40 minutes et c’est que de la montée ! Mais on trouve un bar très stylé pour manger et boire un coup. On rentre vers 22h, on est dead. Demain, on part pour Sydney !
Fait marquant : Lojo a fait son premier caca depuis qu’elle est en Australie. On a tous trinqué à ça au bar juste après avoir craché sur un couple qui ne se parlait pas à côté de nous, en mode « quelle tristesse, il vaut mieux se séparer quand c’est comme ça » avant de se rendre compte qu’ils étaient français. Voilà, voilà.

Autre fait important : à la fin de ma grosse douche post-rando, je m’empare de ma serviette un peu négligeamment et hop, la culotte propre et le soutif en plein dans la douche. Résultat : 5 minutes à faire fonctionner le sèche main dans mon froc pour sécher un minimum mon slibard sous le regard réprobateur des usagers des sanitaires.
Lundi 11 Novembre
Le feu continue à faire rage au Nord de Sydney. Ce matin, Laure a eu Brendan au téléphone qui lui a peint un tableau pour le moins catastrophique. La situation va s’aggraver de jour en jour à cause des vents forts et d’un faible taux d’humidité. On regarde sur l’internet si les routes ne sont pas coupées, on ne veut pas risquer de se retrouver coincés dans l’incendie ! Apparemment non, donc on prend la route pour Sydney…

On découvre donc Sydney et la ville est magnifique ! On se balade dans le jardin botanique, on fait des photos devant l’opéra et on se promène dans la vieille ville avant d’aller boire un coup dans un bar Allemand. On soupçonne le serveur d’être français mais il refuse obstinément de parler notre langue, même quand Laure lui dit « Enfin, c’est ridicule ! ». Et quand on sort du bar, vers 19h30, la fumée à commencé à envahir la ville… On rentre au camping. À l’horizon, le ciel rougeoie. Du coup, dans le cas où on ne s’en sorte pas, je laisserait par précaution ce carnet au frigo en espérant qu’il soit épargné par les flammes afin qu’Hollywood puisse faire un biopic sur nous. Au niveau du casting, on a pensé à Ryan Gosling pour faire Bergium, Marion Cottillard pour Lojo, Scarlett Johanson pour moi (les autres voulaient me mettre Meryl Streep vu mon âge avancé mais je les emmerde), Ludivine Sagnier pour Laure et Chloé Grace Moretez pour Mallou, merci de respecter nos volontés. Dans un registre plus léger, Laure a tellement de courbatures de la rando d’hier dans les Blue Mountains que Bergium doit la porter à chaque fois qu’on descend des marches. En voilà une sportives comme on en a rarement vu ! Et ce soir, pour la première fois, nous faisons un barbeuc, on mange du kangourou et c’est plutôt une tuerie !
23H: Il y a un mystère incroyable. Ce matin, Lojo a rentré le livre que Laure est en train de lire dans le camping-car et l’a rangé dans une étagère. Ce soir, nous sommes dans l’incapacité de le retrouver ! On a absolument tout fouillé ! Des toilettes au cockpit, et même dans le micro-ondes, il est nulle part !! En plus, le bouquin est à la marraine de Mallou qui lui a dit « Surtout, tu me le perds pas ! » et comme dit Lojo « Ah bah, c’est le seul truc qu’on a perdu… »
Mardi 12 Novembre
Pas de nouvelles des feux ce matin. On ne sait pas si c’est pire, pareil ou mieux mais on a décidé qu’on resterait à Sydney le temps qu’on avait prévu, c’est à dire jusqu’à demain matin. On se rend donc en ville en métro pour visiter le quartier du Port en fin de matinée et ensuite, on veut aller à la plage et pour ça, on se tape une galère de billets ! On arrive au distributeur de tickets et sur les deux, un seul marche. C’est à notre tour d’y aller mais l’écran se bloque sur la finalisation de la commande du mec avant nous… Le tactile bug. On ne peut pas quitter. On trouve un guichet, on fait la queue 8 heures pour que la meuf nous dise qu’elle recharge seulement les cartes d’abonnement, putain ! On trouve enfin une machine qui marche ! Et on prend le tro-mé jusqu’à Bondi Junction où on doit prendre un bus jusqu’à Bondi Beach. On monte dans le bus mais le gars ne peut pas nous vendre de tickets ! Il faut la carte d’abonnement, bordel c’est compliqué ! On ressort de la file, on se tâte à resquiller mais à cinq, c’est tendu et au retour, ce sera le même problème. Laure pense à prendre un Uber. Elle sort son téléphone mais il ne s’allume plus… On va donc docilement acheter cinq cartes de transports et il faut avouer qu’en fait c’est bien plus pratique. On arrive donc enfin à Bondi Beach. Le quartier est très cool, un peu bobo-écolo et plein de Street art. Il fait un de ces cagnard !! Dur, dur ! Pas loin des 37°C. Mallou marche avec ses savates dans un chewing-gum et elle en a sur le pied, ça la saoule. En plus de ça, on est tous en hypo et on va donc manger à Milky Lane, un resto à burger très très fat qu’on avait repéré sur l’internet. C’est une orgie de gras qu’on savoure comme il se doit.

Après ça, on a du mal à sortir de table. On se retrouve dans la rue, le soleil cogne encore très très fort, il est presque 15h. On rêve alors d’aller se baigner. On se rend à la plage et là, désillusion ! L’eau est aussi froide qu’en Bretagne !! Laure opte pour l’option « robot », elle marche jusqu’à avoir la tête sous l’eau ; Bergium, Mallou et moi on opte pour la solution « bébé », on saute dans les vagues jusqu’à ce qu’on soit tout mouillé ; Lojo opte pour la solution « je me trempe seulement les pieds » parce qu’elle est trop froide et qu’à la première vague, elle a perdu son maillot. On traîne un peu à la plage grâce à un nuage qui cache le soleil et qui rend la température supportable. Il est ensuite temps pour Bergium, Lojo et moi d’aller manger une glace et Bergium choisit le parfum « poire-rhubarbe », le seul où je m’étais dit « faut me menacer de mort pour que j’en mange ». Après, le mec nous dit qu’il est déçu de sa glace ! Mais MEC ! Poire-rhubarbe quoi ! On est ensuite retournés à l’opéra voir des illuminations qui n’ont jamais eu lieu alors on a acheté des souvenirs avant de rentrer à la maison. On est complètement morts de fatigue et comble du désespoir, tout le chocolat a fondu dans le camping-car à cause de cette fournaise !

23h08 : On vient de retrouver le livre de Laure ! Devinez où ? C’est incroyable, vous ne devinerez jamais… Bah, DANS SON PLACARD ! AVEC SES LIVRES !! Placard qu’elle soutient avoir vidé lors des recherches ! Ou alors, on soupçonne Lojo de l’avoir caché là pour pas porter le chapeau…
Mardi 13 novembre
Bergium a fait sa première grasse mat’ ! Il s’est réveillé à 8h ! Bravo, encouragement du jury ! De là, on s’étire, on va faire, qui un petit pipi, qui sa douche. On prend le petit dèj, on commence à être rodés : coco-pops, jus d’orange, pain de mie-beurre-confiture-peanut butter et toujours cinq cafés. On branche le tuyau des eaux usées pour les vider dans les égoûts, on raccorde l’eau propre pour remplir Jean-Michel, on la laisse encore un peu déborder, on débranche l’électricité, on coupe le gaz, on démarre, on met le frigo sur batterie et le monstre se met en route. Je prends les rênes pour la première fois et au premier feu, je dois donc écrire G sur ma main gauche et D sur ma main droite pour pas me tromper ! On avale deux heures de route vers le Sud. Bergium est toujours accompagné d’une mouche qui le suit depuis Blue Mountains. Il a décidé de l’appeler « Morimont » et de l’adopter.

À 15h, après avoir fait les courses et reçu la taxe d’habitation (ce genre de petit retour à la réalité qu’on aime), on se pose à Jervis Bay pour manger. Seul problème, il y a un vent de tar-ba ! On ne peut pas manger dehors ! Laure et Mallou sont sorties fumer et nous on s’amuse à les regarder galérer à allumer leur clope, ça a pas l’air hyper facile ! À 15h45 : Bergium teste les connaissances en anglais de Lojo. Bergium : « Lojo, comment on dit « Homard » ? ». Lojo : « Lob… Lob… Lobstick!!! Ah non ! Ça, ça veut dire « courgette » ! ».


Après manger, on va se balader sur Huskisson Beach. Le vent est toujours aussi vénère donc on ne se baigne pas mais on se balade sur la plage et on rencontre notre petit lot d’aventures. À un moment, on doit traverser un cours d’eau. Bergium, Laure et Mallou sont en savates, moi j’enlève mes baskets mais Lojo a la flemme d’enlever les siennes. Bergium se propose galamment de la porter pour traverser. Elle monte donc sur son dos et ils commencent la traversée. Laure, Mallou et moi cherchons un endroit tranquille pour passer lorsqu’on entend : « Au secours ! Aidez-nous ! ». On tourne la tête, Bergium et Lojo semblent en très mauvaise posture ! « On s’enfonce ! C’est des sables mouvants ! » crient-ils. « Je vais tomber ! » panique Lojo qui ne peut pas descendre du dos de Bergium en plein milieu du cours d’eau avec son sac et ses baskets ! On rigole mais on doit y aller, on ne sait pas par où descendre, il y a des coquillages partout qui piquent les pieds ! Bergium continue de s’enfoncer, l’équilibre est précaire, Lojo va tomber dans l’eau à tout moment ! On arrive enfin à leur niveau. « Il faut m’enlever les tongs », dit Bergium. Laure plonge la main dans l’eau mais Lojo s’accroche à elle et elle n’arrive pas à récupérer les tongs ! Elles sont trop profondément enfoncées ! Et Lojo qui s’accroche de plus belle à son bras, c’est la panique ! Enfin, au prix d’un effort surhumain, Laure parvient à récupérer les tongs et Bergium peut décoincer ses pieds du sable et cahin-caha, il réussit à amener Lojo en sécurité de l’autre côté! Autant vous dire qu’au retour, Lojo enlèvera ses baskets pour traverser toute seule comme tout le monde !

On a passé un petit moment sur la plage, à risquer de se prendre la voile d’un kite-surfeur, à faire du pentabond et des roues, à laisser Lojo faire des câlins à un chien… On reprend ensuite la route et on se rend à Depot Beach, connue pour être peuplée de kangourous et on ne sera pas déçus ! On se retrouve seuls sur la plage avec cinq kangourous dont un petit et une maman avec le bébé dans la poche ! Trop magique. Bergium tente une communication non-verbale avec l’un deux en sautant comme lui. Le kangourou semble intrigué puis se barre en quelques sauts. On fait ensuite un petit tour du voisinage et on traverse un camping PLEIN de kangourous dont des ÉNORMES qui doivent être plus grands que moi ! On finit par se poser à quelques mètres de la plage pour pouvoir prendre le petit dèj avec les kangourous demain matin !
Autre fait important, nous avons (enfin,surtout Bergium, le contre-alto du groupe) décidé d’écrire une chanson sur nos vacances sur l’air de cette méga-bouse de chanson française qu’est « Trois cafés gourmands ». On en est au début de la 4ème strophe et je peux déjà vous dire que le texte est de meilleur qualité que l’original.

Ce soir, on se cale autour de la petite table pliante. On boit des bières, on mange des chips et une grosse salade et à un moment, entre Mallou et Laure, je vois apparaître un gros raton-laveur tout poilu. « Oh ! Oh ! Oh ! » je fais. Tout le monde se retourne. « C’est quoi ?? » « C’est un opossum je crois ! ». Effrayée, la bête s’enfuit. Puis revient, puis dès qu’elle se rend compte qu’elle est dans la lumière, s’enfuit de nouveau, puis recommence, s’enhardit et s’approche, presque à entrer dans Jean-Michel ! « C’est méchant, je crois » dit Laure. Du coup, on commence à flipper, du coup, on a peur qu’il y en ait un autre qui se faufile dans le camping-car, du coup Lojo a peur d’aller aux toilettes toute seule, du coup, on l’accompagne avec Bergium car il y a des toilettes sur le parking et lorsque Lojo entre dans les toilettes, Bergium lance un bâton sur le toit des chiottes pour la faire flipper et voilà Lojo qui sort en courant avec son PQ à la main en criant « J’étais sûre que c’était vous !! ».

Jeudi 14 Novembre
À 6h30, quelqu’un frappe à la porte. J’entends Laure se lever pour aller ouvrir. Un homme lui explique qu’on n’a pas le droit de dormir là. Elle lui répond qu’on a vu aucun signe d’interdiction, mais de toute façon, on part bientôt. Le gars est sympa et s’en va. Mais j’arrive pas à me rendormir alors à 8h, quand Bergium rentre de je-ne-sais quelle obscure expédition, j’enfile mon jogging et je sors. Une volée de marches en pleine jungle tropicale permet de rejoindre la plage. Il fait déjà chaud, le vent est tombé mais les kangourous ont disparus. Je rentre au camping-car et je croise Lojo qui descend à la plage, plus chanceuse que moi, elle surprendra deux kangourous en train de kèn. On quitte ensuite le coin pour Narooma où on s’arrête faire des photos de chinois devant un rocher en forme d’Australie, puis on se dirige vers la digue qui est réputée pour être un nid à phoques.

Pour l’instant, on marche juste quand, un peu plus loin dans la mer, une grande nageoire bien connue sort de l’eau… Des baleines !!! On est complètement fous de joie, la saison est sensée être terminée ! On court comme des enfants jusqu’au bout de la digue et on escalade les gros rochers pour mieux les voir, et on se pose un petit moment. Au retour, en contrebas, on aperçoit un phoque en train de faire la sieste, puis deux, puis trois, posés sur des rochers, tranquille, à prendre le soleil… Ils nous font penser à des gros chiens-lapins-sirènes.
On reprend la route pour aller manger à Tilba, un village hyper mignon et on a tous pris un Fish & Chips parce qu’on a vu l’assiette en entrant et que tant de gras, ça fait toujours rêver ! On se balade un peu dans le village, Bergium et Lojo vont manger des pâtisseries qui s’avèrent dégueulasses. Tilba ressemble à un village de playmobil. Tout est coloré et tout le monde a l’air gentil. On repart et Lojo fait ses premières armes au volant de John-Michael. Après une grosse heure de route, on arrive à Pamboola Beach, une plage pleine de roche rouge. Petit goûter, pause café, et attention, grand événement auquel nous allons trinquer ce soir : Lojo a fait son premier caca de sa vie dans des toilettes publiques ! On quitte la côte pour 2h30 de route en plein forêt. Les virages n’en finissent pas, on voit une tonne de kangourous sur le bord de la route soit près à traverser, soit déjà écrasés. On voit également un gros aigle en train de bouffer une carcasse et aussi, un gros machin, comme un cerf dans les bois, et aussi ce qu’on pense être un wombat mort. Enfin, au bout de 160 kms et une partie de tarot africain, la forêt commence à s’éclaircir et on voit, ça et là, des morceaux de champs, puis les premières habitations. On est de retour à la civilisation ! On arrive à Orbost, une ville de passage, aussi vivant que Villaines-la-Juhel, ville de tristesse infinie où j’ai difficilement passé mon collège. On y trouve un camping, obligé car on n’a plus d’eau. On se fait agresser par les moucherons et les moustiques, et à 22h, ils coupent la lumière, le barbeuc et la wifi ! Ok les gars, on a compris, on va se coucher !

Vendredi 15 Novembre
Ce matin, Lojo me fait remarquer à juste titre que j’ai oublié de raconter qu’hier nous avons donné à Bergium une belle leçon de vie : nous lui avons expliqué comment fonctionne un tampon avec applicateur ! Et c’est une réelle découverte pour lui, il trouve ça génial ! Et il a décidé de garder l’applicateur en plastique. Je ne sais pas ce qu’il compte en faire, un bijou pour sa mère, un porte-crayon ou quoi, mais transporté par l’émotion, il a écrasé une de ses crottes de nez sur la table…

On continue à descendre la côte par la route A1, direction Paynesville. On y arrive en 1h30, on gare le camping-car, on a faim, on se fait des pâtes pour accompagner le reste du barbecue et on sort prendre le ferry pour Raymond Island, une île habitée de koalas ! Après une traversée de trois minutes à vue de nez, on pose le pied sur l’île. On décide de suivre un itinéraire conseillé à pied pour voir les koalas. Laure, qui ne semble pas voir l’énorme balisage au sol en forme de tête de koala avec une flèche rouge nous demande comment on sait par où aller… Elle est légèrement dissipée ! Au bout de quelques pas, dans un arbre entre deux maisons, on aperçoit notre premier koala endormi, posé pépère entre deux branches. Ce sera le premier d’une longue série ! Gros koala, vieux koala, petit, bébé avec sa maman, koala qui bouffe, koala qui se gratte, qui change de branche et surtout, koala qui dort ! Mais, ce n’est pas tout, on verra aussi des perroquets, des hérissons-porcs-épics, tout patauds qui essaie de se cacher de nous en mettant sa grosse tête dans la terre, et enfin, un pélican ! On reprend le ferry dans l’autre sens, un petit goûter et hop, on part pour 3h30 de route !
Et là, c’est l’aventure extrême ! On trouve une aire de repos sur internet avec toilettes, douche, barbeuc, ok on y va, c’est à deux minutes. C’est Lojo qui conduit, elle rentre dans l’aire de repos mais elle hésite, l’herbe est mouillée, « on va s’embourber les gars » prévient-elle. « Mais non ! » on lui répond. Elle s’engage, peu confiante, et au bout de dix mètres, elle patine… « Vas-y, accélère, tranquille », on lui dit. Elle appuie sur la pédale, patine de plus belle, tourne le volant, tente de reculer. Bon, regardons la vérité en face, Lojo avait raison, nous sommes embourbés… On sort du camping-car pour aller constater le tas de boue qu’on vient de créer sous les deux roues avant. Bien, ne paniquons pas, on va chercher des branches pour mettre sous les roues pour accrocher, un vieux tuyau du Paris-Dakar. Mallou prend le volant et on tente la marche arrière car devant nous, c’est le marécage. Mallou appuie sur la pédale et nous, on pousse. Rien à faire, ça ne bouge pas d’un iota ! Merde… On s’acharne un quart d’heure, le temps de creuser une tranchée sous les roues à force de patiner… Des gens, posés à l’aire de repos commencent à se demander ce qu’on fait et Bergium les insulte à voix basse : « tu crois qu’ils vont venir nous aider, ces fils de putes ? ». Mauvaise langue Bergium, au moment où on se décide à demander de l’aide, on les voit venir vers nous, une meuf et deux mecs, et ils sont français ! On établit un plan : on bourre de bois sous les roues à l’aide de la pelle d’un des gars. On décide d’essayer en avant, et on pousse tous ensemble. On gagne un centimètre, qu’on perd immédiatement. On tente une deuxième fois avec une meuf de chaque côté pour caler les roues avec une bûche dès qu’on gagne quelques centimètres. On pousse, les filles enfoncent leur bâton, mais on n’avance pas plus, John-Michael est bien trop lourd… Galère.
On se rend à l’évidence, on va devoir appeler une dépanneuse… Laure appelle le gars de loc, le même qu’on avait appelé pour le gaz, mais il ne peut rien faire pour nous avant demain matin. Bon, on prendra notre mal en patience. Mais, à ce moment là, un monsieur sort de sa caravane pour nous demander si il y a un problème. Un espoir naît en nous, le monsieur a un 4X4 ! Après un tour de John-Michael, on décide d’attacher son câble au châssis à l’arrière et Mallou va reculer au moment où le gars va nous tirer, mais tout doux ! Il s’agirait pas de lui rentrer dedans… Et nous, on pousse encore. Et c’est parti, l’Australien démarre son 4X4, le câble se tend. « Vas-y Mallou ! Recule ! » Et on pousse ! Rien ! Le monsieur sort de son pick-up et nous dit en anglais de tous reculer, au cas où ça casse ! On s’éloigne tous comme un seul homme. La terreur envahit alors Mallou, toujours au volant. « Quoi ? Qu’est-ce qu’il se passe ? » s’inquiète t-elle. « T’inquiète pas Mallou », on lui répond. « Quand on te le dit, tu recules ». On recommence l’opération. Le câble se tend. « Vas-y Mallou ! » crie t-on. La tension est palpable. Tout d’un coup, les roues avant bougent et sous nos regards émerveillés, les roues avant sortent du cratère de boue qu’elles ont crées ! On hurle de joie ! « Vas-y Mallou, éloigne toi de ce bourbier de l’enfer ! ». Elle recule, elle recule, on est sauvés ! On attend d’être sur le goudron pour crier victoire puis on court vers John-Michael pour lui faire un câlin ! On se répand en remerciement pour l’Australien et sa femme qui nous ont sorti de cette bien mauvaise posture et pendant que Laure leur propose de venir boire un petit verre de vin avec nous, Mallou fait le demi-tour le plus long de l’histoire pour venir se caler près de la table de camping de peur de s’embourber de nouveau. On reste définitivement installés sur le goudron, au risque de gêner la circulation, et on va prendre l’apéro avec nos sauveurs, c’est à dire : le couple d’Australiens à la retraite, le couple de français en working-holiday et le dernier français en road-trip en solitaire. On passe une soirée très sympa mais le vent est glacial. On se dit « au revoir, à demain », et on va manger nos raviolis de secours car il est déjà 22h et on a beaucoup trop la flemme d’en faire plus ! Et je dois rajouter qu’on s’est bien fait avoir sur la marchandise parce qu’on est venu ici pour les douches et on a appris par les français qu’il n’y avait absolument pas de douche ! On a vraiment fait le déplacement seulement pour s’embourber !

Samedi 16 Novembre

Mais y a t-il toujours autant de vent dans ce pays ? Au Wilson Promontory Park, aujourd’hui, on a encore bouffé de la bourrasque, mais c’était magnifique. Pourtant, c’était pas gagné, on s’est pris une averse dans la nuit. Au réveil, joie dans nos cœurs, le ciel est bleu et il fait pas trop froid. Sur la route, ça se couvre et on se prend même quelques gouttes… Arrivés à Tidal River, on gare Jean-Michel et on commence à marcher. On a prévu une balade de quatre heures qui passe par trois plages. Très rapidement, il fait chaud ! Pause chaleur, on enlève nos pulls. Trois secondes après, on arrive à un point de vue avec un zèph de bâtard. Du coup, on se rhabille. On arrive à Squeaky Beach, la première des trois plages. Le vent est ouf, je resserre la capuche de mon k-way et tant pis pour mon sex-appeal, de toute façon, il est déjà ruiné. La plage est recouverte de petits filaments bleus qui pètent quand on marche dessus, on se penche pour les regarder de plus près. Ces sont de petites méduses échouées par milliers ! Laure nous prévient, elles sont dangereuses, tu ne meurs pas forcément si elles te piquent, mais tu finis à l’hosto. Évitons d’y toucher, donc.
En attendant, il est 13h et des bananes et la faim se fait ressentir. On traverse l’immense plage pour se caler dans des rochers à l’abri du vent. La mer est démontée. On se croirait dans un film de fin du monde. On s’adosse à un énorme rocher et on sort les casse-dalle. Direct, une mouette vient nous faire chier mais elle ne fait pas trop trop la maline même si on sent qu’elle convoite le paquet de chips. Et là, en plein repas, il commence à pleuvoir, vite on essaie de trouver abri dans une faille dans les rochers. Lojo se lève, essaie de ramasser le sac de pique-nique mais elle dérape, le sac se fait prendre dans le vent et s’envole à 6 mètres de haut pour disparaître de l’autre côté des rochers. Un vent de fou, je vous dit ! On est pas très fiers de nous, mais heureusement, tout est bien qui finit bien, on le retrouvera coincé dans les broussailles quelques mètres plus loin. On continue vers Pique Nique Bay et la chance est avec nous, le ciel se découvre et on a de nouveau du beau temps. On arrive ensuite à Whisky Bay, troisième et dernière plage, et de nouveau la chance : dans le marécage, un wombat se balade en broutant tranquillement. Même Laure n’en avait jamais vu à l’état sauvage. On dirait un gros nounours.

Après ça, comme on aime sortir des sentiers battus, qu’on aime faire des boucles et qu’on aime le goudron, on décide de rentrer par la route ! Et c’est parti pour cinq kilomètres qui se finissent par un footing, histoire de bien décrasser et de transpirer un peu. Puis, on prépare John-Michael, on vide les poubelles, on remplit le lave-glace car on nique une sacré quantité de moucherons au kilomètre, on checke l’itinéraire qu’on va prendre et on décide de tracer jusqu’à Dandenong à 2h30 d’ici. On a absolument besoin de laver nos fringues. On s’est dégueulassé hier en tentant de désembourber le monstre et, personnellement, je porte toujours le même sweat que j’avais pendant les 30 heures d’avion. Il sent la sueur, le gras, l’oignon, la clope, le dodo, le déo et plein de belles choses encore.
Dimanche 17 Novembre
Commençons par vous raconter l’anecdote du jour : on a fait les courses dans l’optique de faire un Chili Con Carne ce soir. On prend de la viande hachée, des tomates, des haricots rouges et une petite bouteille d’épices à chili. En arrivant au camp où on doit passer la nuit, Bergium ouvre un placard, la bouteille en verre de chili, qui avait bougé pendant la route, chute et s’explose sur la gazinière ! Résultat : de la poudre à chili partout, sur la gazinière, par terre, dans l’évier et aussi sur notre lit à Lojo et moi. Mais c’est pas tout ! Egalement des bris de verre en pagaille dans les endroits sus-nommés ! Nous sommes donc dans l’obligation de faire un grand coup de propre dans la maison qui sent à présent le chili pour notre plus grand plaisir.

Nous sommes actuellement sur la Great Ocean Road, repaire de surfeurs, c’est vous dire le nombre de mecs gaulés et de petits blondinets qu’on croise au kilomètre carré. Après un passage par Torquay, puis par Bells Beach, lieu de tournage de Point Break, on s’arrête à Lorne où on paie nos courses trois bras. On monte dans les montagnes en esquivant les cyclistes et on se gare sur une aire gratos déjà bien blindée. On manœuvre trois quart d’heure pour trouver une place qui nous convient. Encore une fois, les gens nous observe avec un regard qui pue la désapprobation. On gare Jean-Michel et très rapidement, un très beau perroquet rouge et vert s’approche de nous. Pas farouche, il finit par se poser sur notre toit. Lojo et Mallou essaient de l’amadouer et soudain, la bête se jette à toute vitesse sur Lojo en l’esquivant au tout dernier moment, lui causant à l’occasion, la peur de sa vie.
On enchaîne ce début de soirée par un apéro à la bière à 3° et deux parties endiablées de tarot africain où Bergium se révèle encore plus mauvais joueur qu’à son habitude. Il essaie de cacher l’excuse dans sa manche, rien que pour ça, pour moi, il est le grand perdant de cette soirée et je ne dis pas ça parce que je suis très mal placée au classement. Du tout. Ah oui, j’ai fait une nouvelle expérience ce soir, grâce à Lojo qui a émit un rot sonore pendant la parti de tarot. J’ai recraché ma bière par le nez. Je ne vous souhaite pas d’essayer, c’est relativement désagréable.
Il est 21h, le chili bouillonne dans sa casserole et ça sent trop bon dans le camping-car. Mallou s’est calée au chaud dans la capucine et elle chante. Bergium lit son deuxième ou troisième livre, j’ai perdu le compte. Laure écrit ses cartes postales. Lojo fait un jeu (sur un cahier de jeux) qui consiste à créer son camping et le principe nous laisse un peu tous perplexes.

22h : Lojo va passer pour la dégueulasse du groupe. Les toilettes sont crades, puent, ne sont pas éclairées et il fait froid. Mallou et Laure voient alors Lojo revenir des toilettes à pleine balle, se prendre les pieds dans le tas de bières vides, réveiller tout le camping et dans un cri chuchoté, leur balance : « Allez pas dans les premières chiottes, j’ai pissé partout ! ».
Lundi 18 Novembre
Les Australiens ont une estimation des temps de randonnées sensiblement différente de la notre. Là où la dame de l’office du tourisme nous indique plus d’une heure de marche (à Erskin Falls, pour tout vous raconter), nous mettrons une petite, mais vraiment petite, vingtaine de minutes. Ou alors, c’est notre entraînement des dernières années dans les montagnes réunionnaises puis corses qui ont fait de nous ces bêtes de trail que vous avez devant vous. Cependant, même si on carbure en balade, on doit admettre qu’on est très en retard sur le planning, tout approximatif qu’il soit, qu’on s’était fixé. La faute, il semblerait, à l’incroyable lenteur dont nous sommes sujets le matin. Il nous faut parfois deux heures entre le réveil et le départ. Pourrions-nous faire plus vite ? Certes oui. En avons-nous envie ? Absolument pas ! Après un temps de concertation d’une quinzaine de secondes, nous nous sommes accordés sur le fait d’annuler la remontée jusqu’à Adélaïde et Kangaroo Island et de plus profiter de la Great Ocean Road. Le programme d’aujourd’hui, Erskin Falls mis à part, était d’aller voir le point de vue Teddy’s Lookout (check !, avec une petite balade, plein de cacatoès qui montrent leur crête et d’autres oiseaux avec des chants de ouf en prime), avancer jusqu’à Kenneth River pour manger (en cours de réalisation) et pour se promener dans les environs, mais toutes les randos ne font qu’une à deux heures max, au grand désespoir de Bergium, et enfin, atteindre Apollo Bay pour y passer la fin de journée.

Changement de programme ! Après manger, il est finalement décidé d’aller un peu dans les hauteurs vers Sabin Falls, puis Lake Elizabeth. On s’engage sur une route, que dis-je, un chemin qui nous fait monter à travers une forêt de gigantesques eucalyptus pour finir par débouler sur un plateau où on surplombe tout le coin ! Ça nous aura pris du temps, mais ça valait le coup. Bon, les lacets ont rendu Lojo un peu malade et je ne suis moi-même pas au meilleur de ma forme. Pas à cause de la route mais de cette maudite période du mois qui me caractérise d’un point de vue biologique en tant que femme en âge de procréer, qui me laboure de bas du ventre avec ses grands ongles acérés, me rend agressive, nauséeuse, à fleur de peau, bref, me casse bien les couilles que je n’ai pas. Pour cette raison, je n’avais pas envie de marcher et quand arrivés à Sabin Falls, les autres décident d’annuler car un panneau annonce 2h30 de rando et qu’on a pas le temps, ça me va tout à fait. On poursuit donc notre ascension vers Lake Elizabeth, où nous aurions des chances, plutôt maigres cela dit, d’apercevoir celui qu’on nomme ici le « Platypus », mesdames et messieurs, l’ornithorynque. Hélas, et pardonnez moi de vous spoiler ainsi la chute, nous n’en verrons pas ! L’animal est nocturne et sort très peu de sa cachette. Mais le lieu en lui-même vaut le détour. Le lac est encerclé d’une forêt tropicale et surtout, d’immenses arbres morts émergent de l’eau. C’est beau de désolation, à nous laisser sans voix. On entend les canards qui plongent, les oiseaux qui chantent, les arbres qui grincent.

On entame le tour du lac, on chuchote à peine. Devant avec Bergium, je décide de faire demi-tour pour vous où en sont les filles. Je les retrouve et on retourne ensemble vers Bergium qui n’a pas bougé et c’est plutôt surprenant de sa part. On en apprend vite la raison. En avançant un peu plus, il a voulu traverser une passerelle à hauteur du marécage. Soudain, son sang se glace ! Sur la passerelle, une forme ondule. La tête plate, les écailles qui brillent au soleil, c’est un gros serpent d’un mètre cinquante qui se tient devant lui ! Il tape au sol avec son bâton mais la bête se fige. Il bat en retraite et c’est à ce moment là qu’on le retrouve. On reste groupés et on revient à la passerelle, le serpent a disparu… Prudemment, on avance en évitant de trop s’approcher des fourrés, fourrés d’où on entend d’ailleurs des bruits suspects… On finira cependant le tour du lac sans encombre.
On reprend un petit chemin de merde jusqu’à Forret et la route devient meilleure. Il est tard, il faut qu’on se dépêche d’arriver à Apollo Bay. On prend quelques dos d’âne qui me font rebondir sur le lit du fond où je me suis vautrée. On va avouer que niveau sécurité routière, on est pas au top ! Ce soir, c’est confort, on s’installe au camping.
Après vérification sur les internets, il semblerait que le serpent que Bergium ait vu soit un Tiger Snake et c’est plutôt vilain, genre très très toxique, qui te nique les reins et le système nerveux.
Mardi 19 Novembre
J’ouvre les yeux, réveillée par les rires d’une femme à côté de nous. Je me tourne et me retourne, je cache ma tête sous la couette et j’entends aussi que ça commence à s’agiter à droite-à gauche. Elle est en train de réveiller tout le camping la grognasse. Je finis par regarder l’heure : 8h06 ! Ça fait au moins une demie-heure qu’elle nous fait chier à gueuler sous nos fenêtres ! J’attends encore un peu et puis je m’étire et me lève. Depuis la capucine, Bergium, déjà douché et habillé, me salue de la main.
« – Il fait quel temps dehors, je chuchote.
– Il bruine, répond t-il. »
Merde, je voulais mettre un short. Tant pis, ce sera l’occasion de sortir ma belle veste adidas chinée deux jours plus tôt sur le marche bobo de Torquay. Aspect satiné, couleurs chatoyantes qu’on avait pas vu assemblées depuis les années 80, je pense qu’on me voit même dans le noir. Violet-turquoise-fuchsia, on est sur le trio gagnant du vintage. Le public n’est pas prêt pour autant de beauté mais leur jugement, ainsi que les gouttes de pluie, glissent sur ma veste sans m’atteindre.
Il est l’heure de partir du camping. On a prévu d’aller prendre le petit déjeuner en ville. Alors on fait les vides et on fait le plein. Je branche le tuyau d’eau potable, Lojo le met en route pendant que je le tiens en place dans le réservoir. Puis avec Laure, on emmène le tri et c’est autour de Bergium d’aller vider la cassette. Il nous fait d’abord un petit numéro de Drama Queen pour pas le faire, dit que c’est trop lourd, que personne ne veut l’aider, que la cassette est bloquée, puis aidé de Mallou et de gants Mapa, il s’acquitte de sa tâche et il paraît, en tout cas la légende raconte, qu’il aurait même regardé avec plaisir le contenu de la cassette se vider.

Il ne nous reste ensuite plus que les eaux usées à vider. On raccorde le tuyau, on l’envoie sous le camping-car, on le déroule jusqu’à la plaque d’égout, on ouvre mais rien ne sort. Pourtant, on a pas mal d’eaux à vider. On secoue le robinet, on déroule mieux le tuyau qui était un peu coudé et ça y est, l’eau coule. Capricieux… Notre petit manège n’aura duré que quelques minutes, mais suffisamment pour attirer l’attention d’une jeune homme face à nous. Il nous fixe un petit moment et je souffle à Mallou et à Laure : « Putain, il est pas dégueu lui » avant de me réabsorber dans la surveillance du tuyau, ce qui fait que je remarquerais tardivement que Mister Handsome se dirige vers nous. Mais il fait quoi, lui ? Le pas nonchalant, un air de Jake Gyllenhaal, il arrive à notre hauteur, sa cigarette roulée au bec, s’adosse au poteau électrique. « Salut », fait-il en français, de sa voix suave. « Salut », on répond. Youpsi, il est français et j’espère ne pas avoir parlé trop fort. Je dois rougir sensiblement, espérons que le vent et la bruine refroidisse rapidement ma tronche.
« – Alors, on a un problème avec le tuyau d’eaux usées, fait l’homme mystérieux.
– Il est un peu capricieux mais on s’en sort », on répond.
S’en suit une discussion sans intérêt sur nos destinations respectives. Le gars est hautain, met des lunettes de Clark Kent et nous scanne de son regard ténébreux. Je suis forcément sous le charme, même si celui-ci voyage avec sa zouz qui est en train de ranger leur bordel toute seule en faisant la gueule, qu’il sache que je ne suis pas jalouse. On remonte dans le camping-car raconter ça à Lojo et Bergium, qui, en tant que seul mâle du groupe, se sent forcément menacé et commence une parade nuptiale pour montrer sa supériorité. « Quel pauvre type », rage t-il. Et je pense qu’il est à deux doigts de lui montrer ses couilles à la fenêtre quand on décide de s’en aller.
Vu le temps incertain, après le petit déjeuner, on traîne en ville. On achète des timbres (chers), des vêtements (chers aussi) et pour ma pomme, un carnet car je noircis les pages de celui là plus vite que prévu, et on se pose dans le camping-car, moi à la place du mort pour écrire et les autres à la table écrivent leurs cartes postales et font des mots fléchés. Après manger, le ciel se découvre un peu et on décide de monter vers les Triplet Falls où on vivra une belle aventure humaine. Les cascades sont superbes et on est encore habillés en hyper style avion de chasse. Bergium, de son côté, décide de faire une boucle plus grande.

Alors qu’avec les filles on remonte vers le parking, on réalise qu’aucune de nous n’a les clefs du camping-car. Ne seraient-elles pas dans la banane de Bergium qu’il a pris avec lui pour son tour de 2h30 ? Ah bah oui… On fait le tour de Jean-Michel à la recherche d’une fenêtre ouverte, sans succès. On échafaude alors un plan infaillible. On veut ouvrir la trappe où on range les chaises pliantes et qui mesure 40 centimètres sur 30, enlever les chaises, y faire passer Laure qui est la plus menue du groupe, qu’elle se faufile dans le coffre, qu’elle réussisse par je-ne-sais quel tour de passe-passe à ouvrir la porte de la trappe verrouillée de l’intérieur et accéder ainsi à l’habitacle. Seul hic dans l’histoire, Laure refuse sous prétexte qu’elle ne passe pas dans la trappe. Elle ne veut même pas essayer ! Bon, tant pis, on passe l’éponge sur son manque de volonté et de solidarité et on va attendre Bergium dehors, alors ! On se pose donc sur une table de pique-nique au soleil et, pour tuer l’ennui, on décide de jouer au Picolo que Lojo a sur son téléphone. Bonne nouvelle, les bières sont dans le coffre qui n’est pas fermé à clé ! Laure sort donc trois bières et une bouteille d’eau pour Mallou et, au moment où on enregistre le nom des joueurs, une voiture se gare à côté de nous et deux couples de vieux chinois descendent. Le plus vieux des deux messieurs s’approche et vient carrément s’asseoir à côté de Mallou à notre table et à parler en chinois. Je commence à me taper un fou rire quand un des autres chinois lâche un gros pet juste à côté de nous ! Le vieux se lève, va chercher son thermos de thé, le repose sur notre table et me rote à la gueule. Non mais stop quoi ! Après ça, ils s’éloignent de nous pour aller squatter les chiottes un quart d’heure, puis reviennent vers nous, genre à un mètre de nous, comme d’hab ! Puis, se re-cassent vers le chemin de rando, reviennent cinq minutes plus tard (donc, n’ont clairement pas été jusqu’à la cascade) et repartent en bagnole après avoir laissé traîner leur bouteille en plastique. Parfait ! On commence alors vraiment le Picolo et la première question est pour moi. Lojo énonce : « Quelle excuse tu dirais pour pouvoir sortir de cours? ». Spontanément, je m’exclame : « J’ai mes règles ! ». « Dommage », répond alors un mec en passant à côté de nous. Merde, encore un français. Enfin, Bergium revient de sa rando hors d’haleine et avec les clés ! On redescend vers la côté et on décide de tracer direct à Princetown pour être plus proche des Twelve Apostles demain matin. On trouve un camping pas cher près de la plage qui s’avère être en réalité un vieux stade de cricket et les sanitaires, les vestiaires. Pendant que Lojo qui s’est proposé de faire la cuisine se met aux fourneaux, Laure, Mallou, Bergium et moi faisons les 1,7 kilomètres aller-retour qui mènent à la plage encadrée de magnifiques falaises. C’est trop beau, tellement qu’on fait un shooting photo où je donne de ma personne en me jetant de tout mon long dans le sable.

Et enfin, on traverse le stade de cricket pour aller voir tout un troupeau de kangourou et on tombe sur une baston entre deux spécimens. Enfin, à bien y regarder, plutôt une baston en carton puisqu’entre deux coups de pieds dans la gueule, ils se font un petit câlin.
Mercredi 20 Novembre
La Great Ocean Road s’est dévoilée aujourd’hui avec son lot de falaises et d’arches et c’est beaucoup trop beau. On a passé la journée à écumer cette route, s’arrêtant où on voulait, esquivant autant que faire se peut les bus de chinois, se baladant sur la côte en prenant le soleil, tout particulièrement Laure qui, avant midi, avait déjà les épaules bordeaux.
On pause à Port Campbell pour manger un Fish & Chips mais une fois de plus, les Chinois sont partout ! On décide de finir par une plage près de Petersborough en se disant qu’au moins là-bas, on ne devrait pas croiser leur putain de bus ! Et effectivement, la plage est vide et pour cause, l’eau est glacée, mais ça n’empêche pas Laure et moi de piquer une tête. Mallou s’arrêtera à mi-cuisse et Lojo et Bergium à mi-mollet. Puis Laure me dit qu’elle a vu des méduses bleues sur la plage donc ça me refroidi un peu. On sort de l’eau, le vent est chaud, pas trop fort. On est bien. On se pose sur les serviettes et doucement, on finit tous par s’endormir. Je me réveille pour voir une nuage d’une vingtaine de mouches voler au dessus de Bergium. Mais pas des petites mouches tranquille style Morimont. Non, des grosses mouches à merde extra larges et qui piquent en plus, les putes ! On reste encore quelques minutes, le temps de s’apercevoir que Bergium a chopé un bronzage agricole et moi un coup de soleil unilatéral derrière le genou droit avec traces de doigts incluses et on retourne au camping-car. Il est 18h, on doit aller jusqu’à Warnanbool dont on a les plus grand mal à mémoriser le nom, faire des courses et trouver un camping. Warnanbool signe pour nous la fin de la Great Ocean Road. On ira pas plus loin à l’ouest avec John Michael. Et c’est en écrivant ces lignes que je réalise qu’on a fait les deux tiers du voyage.

Jeudi 21 Novembre

La nature est hostile. Deux jours se sont écoulés depuis que je me suis faite piquer à travers ma basket sur l’orteil par un insecte à Triplet Falls. Ce matin, alors que j’enfile mes boots, quelque chose me démange, j’enlève mon pied, je tâte l’intérieur de la bottine avec ma main. Non, tout est normal. Je ré-enfile mon pied dedans et je fais quelques pas. Définitivement, y a un truc qui ne va pas ! Et je me souviens alors de la piqûre d’insecte. J’enlève alors ma chaussette et « oh » ! Mon orteil est rouge et a doublé de volume ! Quelle terre inhospitalière qu’est le « Down Under » ! Mais, grâce à ma solide constitution, je passe outre, et surtout parce qu’avec Mallou, ce matin, on monte à cheval ! On enfile une belle charlotte de cantinière avec une bombe et une fois de plus, je dois me rendre à l’évidence, j’ai vraiment une énorme tête. Sur le dos de Majestic et Mallou, sur celui d’Early, on parcoure les dunes, puis la plage au galop. On est toutes seules, les sensations sont ouf ! Et tout à coup, un vent froid arrive et fait chuter la température de 10°C. Mais ça n’empêche pas le cheval de Mallou d’avoir envie d’aller nager mais c’est plutôt une mauvaise idée car la mer est déchaînée et il y a des requins… Au retour, dans les dunes, Early s’emballe alors que Mallou était tranquillement en train de sortir son téléphone pour prendre des photos. Probablement piqué par une bête, je l’entends qui s’énerve derrière moi et double au galop ! Mallou, grande maîtrise, avec une seule main et sans aucun stress, calme sa monture sous l’œil impressionné de nos accompagnatrices.

Pendant ce temps là, Lojo, Bergium et Laure, écument Warrnanbool dans tous les sens pour trouver un endroit où prendre un petit dèj. Ils traversent et retraversent la ville un millier de fois et la connaissent maintenant par cœur. Vers 12h30, ils reviennent nous chercher au centre hippique et on s’envole vers Tower Hill, un ancien cratère de volcan où on peut voir des animaux. Le temps est pas ouf, alors on sortira les k-ways et on verra des kangourous, des émeus et un koala, probablement pour la dernière fois des vacances, on lui envoie des bisous et on s’en va direction Geelong et ses 2 heures de route.

Alternativement, on conduit, on copilote et on dort sur le lit à l’arrière. On a abandonné l’idée de le remettre en table depuis le 3ème jour de voyage et traîne dessus, en vrac : des affaires propres ou sales, des trousses de toilettes, des plaids, des livres, des coussins, des bout de banquettes, et nous, quand on veut faire la sieste ! À mi-chemin, on pause à une station-essence où on veut acheter du gras ! Avec Bergium, on décide de commander tout ce qu’on ne connaît pas au rayon friture. Et là, Bergium, d’un sérieux sans précédent, me demande : « Tu penses qu’ils utilisent les cheveux de la serveuse pour faire la friture ? ». Je lève les yeux vers la filles en question, WOW ! Hardcore ! Effectivement, elle s’est probablement fait des bigoudis de nuggets avant de venir. Je commence à rigoler quand vient mon tour de payer, et je me retrouve face au garçon avec les cheveux les plus gras que je n’ai jamais vu ! Ces deux là, je sais pas ce qu’ils font, mais à un moment, ils se sont forcément frotté les cheveux ensemble, autrement, c’est pas possible. « En tout cas, je réponds à Bergium, ça doit être la politique de l’établissement ».
On arrive enfin à Geelong et ce soir, on voudrait aller boire un verre en ville ! On relègue donc nos baskets de rando, nos joggos, nos polaires au placard. On coupe nos poils et nos ongles trop longs. On met nos peintures de guerre et des boucles à nos oreilles. Ce soir, on va en ville !

Vendredi 22 Novembre
9h00 : Le réveil sonne et me tire d’un rêve où mon chien avait appris à parler et répétait « C’est ce numéro qui m’a rendu célèbre ». Bam, le mal de crâne qui tombe. Cette dernière bière hier soir était probablement de trop. Ou bien était-ce le shooter ? Cette soirée est un peu partie en live en réalité. Quand on est partis, Mallou s’est déchauffée. « Nan, je viens pas. À tous les coups, ça va partir en couille ». Laure lui répond : « Oh non non, ça va pas partir en couille ». Résultat, après quelques pintes dans un bar plein de gosses de 18 ans en habits de bal de promo, on voit un mec arriver en costard. Déjà il nous saoule. Et là, il fait un truc qui va direct nous fâcher ! Il remonte le col de sa chemise comme un gros boloss… Bergium est tellement saoulé par le gars qu’il sort du bar, outré. On le rejoint et on décide de faire un tour pour chercher un autre endroit pour faire la fête. On passe devant le « Workers ». Ah, la clientèle semble plus âgée déjà. Trop peut-être. La moyenne d’âge, entre 40 et 60 ans, nous décide à passer au suivant. Enfin, le problème c’est qu’après, il n’y a plus rien. On décide de retourner au premier bar avec les jeunes pubères et agréable surprise, il s’est rempli de personnes un peu plus de notre âge. On croise tout de même une meuf boudinée dans une mini-robe en satin rose fluo qui ressemble autant à un rôti de porc qu’à une pute. Mais une vraie de vraie, une bonne grosse pute professionnelle. On boit quelques bières, on s’ambiance et là, deux gonzesses captent qu’on est français et deviennent complètement surexcitées. « Ah ! You’re freeeeeench », elle hurlent dans nos oreilles. Elles entourent Bergium, elles le chopent par le bras, rigolent fort à ses blagues. Encore quelques minutes comme ça et je pense qu’elles lui arrachent sa chemise ! Mais Bergium n’a pas l’air très chaud. Probablement parce qu’elles lui ont demandé si on était ses copines d’école et que ça lui a rappelé qu’il y avait probablement une grosse différence d’âge. Bergium a, il faut le reconnaître, un succès fou ! Il s’est également fait draguer par un mec, puis proposer de la MD par un autre. Et puis, vient le moment de la fermeture du bar et les avis divergent. Lojo et moi, déjà un peu pétée, on vote pour un Mc Do et au lit. Bergium et Laure, bien ambiancés, veulent continuer à boire. On fait donc deux teams. Avec Lojo, on galère à trouver le Mc Do mais une fois là-bas, on fait une énorme commande qui fait trop de bien. C’est vrai qu’on avait toujours pas mangé en fait ! Entre deux mâchonnages de chips, on commence à se demander si on va retrouver Bergium et Laure un jour. Le problème, c’est qu’on a pas internet ni l’une, ni l’autre, pas de réseau non plus, et qu’on est venu en Uber mais que si on retrouve pas les deux autres, on devra rentrer à pied. Lojo s’aperçoit alors qu’il y a la Wifi au domac ! Elle essaie de se connecter mais il faut mettre son code postal et celui de Lannion marche pas. On essaie de mettre des codes qu’on trouve dans les petites annonces qui traînent sur la table. Voyez et appréciez à quel point notre cerveau est performant ! Bref, rien ne marche puisque ce sont des numéros de téléphone et non des codes postaux. Lojo finit par demander à la caissière qui lui donne le code de Geelong. On va pouvoir se connecter. Mais, ça frappe au carreau du Mc Do ! C’est Laure et Bergium qui nous ont retrouvé ! Il faut dire qu’avec le degré d’alcool, toute cette histoire de code postal nous a pris un temps fou et ils ont eu le temps, eux, d’aller dans un bar, de boire un autre shooter, aux herbes apparemment. Mais c’était un bar très jet-set et ils ne restent pas longtemps et les voilà donc qui nous rejoignent. Ils vont commander et la commande de Bergium est une vraie caméra cachée. On ne sait pas si c’est lui qui a dit n’importe quoi (très probable) ou si les meufs ont fait de la merde mais il s’est retrouvé avec un granité coca au lieu d’un coca normal et un sandwich avec rien à l’intérieur, que le pain, au lieu d’un egg Mc Muffin. Le ventre plein, on repart vers le camping et on commande un Uber avec le téléphone de Laure et là, Bergium, qui a un gros hoquet depuis tout à l’heure, s’installe à côté du conducteur et lui dit qu’il a le hoquet parce qu’il a mangé trop vite. Bien tenté mais le mec est pas dupe et nous dit que ça se voit qu’on est torchés, surtout Laure qui a une « open face » selon lui. Elle lui répond : « Tu peux mettre la musique ? ». Il nous dépose au camping et on rentre en courant par des passages secrets avant de rentrer dans John Michael le plus silencieusement qu’on puisse faire dans notre état et on s’endort direct. Mallou ne s’est pas plaint ce matin, mais je pense qu’on a ronflé comme des tracteurs.
Donc, ce matin, une poutre en béton me traverse la tronche de part en part. On est tous au ralenti, dans le dur, sauf Mallou qui est fraîche. Après un doliprane, une douche et un bol de chocapic, ça va beaucoup mieux. Sauf pour Bergium. La tartine de Peanut Butter passe mal et il nous avouera plus tard qu’il est allé la dégueuler pendant qu’on vidait les eaux usées. Et c’est pour lui le début de la descente aux enfers ! On prend la route. Mallou conduit, je co-pilote. Bergium est recroquevillé, petite chose, sur la banquette. Laure et Lojo font une siestoune sur le lit du fond. En 1h30, on est arrivés à Melbourne. On retrouve Brendan et Jimmy, on dépose les affaires et on commence les choses sérieuses. Il faut nettoyer John Michael. On sort tout notre bordel. Laure le range dans la pièce qui va nous servir de chambre ces prochains jours, Mallou aspire le cockpit, Lojo attaque la salle de bain et moi la cuisine. Et Bergium dans tout ça ? Et bien, c’est lui là-bas, qui erre, ne sait pas quoi faire de sa gueule de bois, jette deux-trois papiers à la poubelle, rince le bac à légumes, et quand il est à deux doigts de vomir, s’allonge dans l’herbe. C’est pas la grande gloire, mais, eh ! Que celui à qui ça n’est jamais arrivé lui jette la première pierre ! Une fois l’intérieur nikel, on a le droit à un petit buffet préparé par Brendan avec du fromage, des crackers, du chorizo et des fraises trop bonnes, on est refait ! Sauf Bergium qui a tenté de manger une fraise mais ça passe pas.

14h et des bananes, il est plus que temps d’aller au car-wash. On doit rendre JM dans une heure car à 15h, l’agence de location ferme. On part Mallou, moi et Lojo avec le portable de Laure pour le GPS. On va a une première station de car-wash mais le camping-car est trop haut ! On veut en chercher un autre, et là, le portable de Laure nous lâche ! Plus de batterie et il recharge pas… Bon, on ne panique pas. On décide de partir vers l’aéroport, là où se situe le loueur et on verra sur place. Oui, mais sans GPS ? Au bout d’un moment, Lojo capte qu’avec Maps Me, elle a la carte de Melbourne sans connexion ! Ouf, on va être à l’heure et pour nettoyer l’extérieur… Bah, on verra sur place ! On est passé devant d’autres car-wash, mais ils sont pleins de monde ! 14h50: Il reste 10 minutes de route selon Maps Me et 10 minutes avant que l’agence ferme. Mais c’est sans compter sur les petites feintes de l’application qui nous fait sortir du périph à deux reprises pour se taper la bretelle, puis un feu interminable, puis revenir sur le même périph qu’on venait de quitter ! Il va nous faire péter un câble, ce truc ! Puis c’est les bouchons, les bons gros vrais bouchons qui avancent pas. Je tente d’appeler le loueur pour le prévenir du retard, mais c’est une centrale d’appel et à ce moment là, Mallou dit « c’est bon, on sort du bouchon ». Ok, on a juste un gros quart d’heure de retard mais ça va le faire. On arrive à la location de voiture, toujours ouverte, hourra ! Et on explique qu’on a cassé une tasse, le balai, que la chasse d’eau ne marche plus. On leur dit pas qu’on a pété un morceau de la table parce que Lojo l’a réparé à la super-glu ce matin en s’en mettant plein les doigts. Et quand on leur dit qu’on a pas pu nettoyer l’extérieur, la meuf a l’air de s’en battre les couilles. Y a eu une tempête la veille et toutes les voitures sont dégueus. Voila pourquoi il y a tant de monde aux car-wash. Bon, tout va bien, la meuf fait le tour de John-Michael. Elle a pas l’air de trouver à redire. On verra dans deux semaines si je récupère les 5000$ de caution ! En attendant, il est l’heure de rentrer. Tout va bien, au loueur, ils ont la Wifi et Mallou peut commander un Uber. En attendant qu’il arrive, on fait comme chez nous, je vais faire un petit pipi dans leurs chiottes, on se sert un petit café, on fait cale pieds nus dans les canapés. Ça y est, le Uber arrive et on fait nos derniers adieux à John Michael. On aura fait 3306 kilomètres avec lui.

Dimanche 23 Novembre
J’ai rien écrit hier. Pour cause, la journée a été plutôt chargée, c’était l’anniversaire de Bergium. Il a eu droit à sa petite chanson d’anniversaire par Lojo, moi et Mallou au réveil, encore dans les vapeurs d’ail du barbecue du feu de Dieu de la veille. Ensuite, Brendan et Laure lui ont fait un petit déjeuner d’anniversaire : tomates rôties, crêpes, œufs, bacon… Nous aussi, on y a eu droit, mais lui avait en plus la saveur du premier petit déjeuner des 27 ans, surtout quand Laure lui a dit qu’il va falloir faire gaffe à pas mourir cette année. Après ça, il me demande comment s’habiller et je lui dit : « Mets des vêtements d’anniversaire », donc il met une chemise à fleurs et on part dans le centre commercial spécial destockage d’usine où on a la mission de lui acheter un cadeau en scrèd, et c’est un peu l’aventure la plus difficile qu’on ait rencontré depuis le début ! On essaie de le semer mais il est à tous les coins de rues ! On essaie de le cuisiner pour savoir ce qu’il veut mais c’est compliqué de pas se faire gauler ! On finit par trouver un plan génial de simplicité : Brendan va lui demander si il a trouvé des fringues sympas, qui pourrait lui plaire et après s’être renseigné, lui et Laure arrivent à perdre Bergium pour revenir acheter la chemise en question, ainsi qu’un T-shirt Elton John qu’on lui offrira pendant l’apéro entre deux ballons de protoxyde d’azote.

Et puis, on part en ville ! Déjà un peu chauffés, on va manger des pizzas à l’agneau dans un kebab avant d’aller au Provincial, un bar où on a failli jamais entrer car Mallou et moi, on n’a pas pensé à prendre nos cartes d’identité et ici, c’est un peu comme au casino, on scanne ta carte et on te prend en photo. Mais Mallou fait un regard langoureux au videur métis qu’elle trouve beau gosse et on passe ! Le bar est immense avec plein de passages secrets, et la piste de danse est blindée. On se perd, on boit de shooters et Bergium tente une approche auprès d’une meuf qui a des énormes boobs. Ils papotent et la fille se lève « ah, je suis plus grande que toi » elle lui dit en anglais. Et elle ne porte pas de talons ! Elle s’appelle Elisa Cole et elle dit à Bergium que son accent est putain de sexy. Lojo de son côté se prend une fessée par une meuf qui trouve qu’elle a un putain de boul. Vers 2h, Mallou, Lojo et moi, on est mortes ! On repart en Uber en laissant au bar Brendan et Laure qui veulent encore faire la fête et Bergium qui roule des pelles en se tenant sur la pointe des pieds. On rentre toutes les trois, Mallou s’endort dans le Uber.

Pour les trois restants, on part sur une autre qualité de soirée avec toujours plus de shooters et de choses que je ne peux pas raconter ici. De retour sur les coups de 6h du matin, Bergium se fait onze grands verres d’eau avec du citron et casse l’un deux. Laure et Brendan continuent la fête, dévalisent la réserve de Timtam et se couchent vers 10 ou 11h du matin. Mais il faut savoir que dans le Uber qui les ramenant, Laure, beaucoup trop optimiste, a dit à Bergium : « Demain, on bouge de la maison à 11h ». Ce qui fait que ce matin, à 9h30, Bergium se lève et part à la douche. Il revient vers 10h. « Bon, les gars, on se bouge, on part dans une heure… » Effectivement, aujourd’hui, on prend le train. On bouge dans un autre coin, mais hier à l’apéro, en prévision de notre gueule de bois, on s’était dit qu’on partirait vers 15h30-16h. On ne comprend pas. Bergium nous dit que c’est Laure qui lui a dit ça et il se casse. Je me lève difficilement pour aller pisser et je croise Bergium dans la cuisine en train de passer la serpillière ! « Mais tu fais quoi ? T’es encore bourré ? » Il me répond que non mais le sol colle de son verre cassé dans la nuit. Soit. Je vais aux toilettes, je passe devant la chambre de Laure et de Brendan et j’entends de la musique. Ils sont déjà réveillés, je me dis à ce moment là, car on n’apprendra que plus tard qu’ils n’étaient, en fait, toujours pas couchés ! C’est vrai qu’on les attends mais ils ne se lèvent pas, donc après le petit déjeuner, on repart à la sieste. Ils finiront par se lever à 14h et nous pourront chanter ensemble :
« Good Morning
Good Morning
We all have a fucking hangover
Good Morning… To You ! »
Une reprise par nos soins de la chanson de Judy Garland et Mickey Rooney.
Lundi 28 Novembre
On se réveille à Upwey aujourd’hui, une banlieue à l’est de Melbourne, en campagne. Après une heure de métro fraudé et une heure de train avec ticket et à côté de moi, un gros monsieur qui dort, qui bave et qui prend toute la place, on arrive à la gare d’Upwey. Brendan reçoit un appel de la dame du AirBnB où on dort ce soir. Elle se propose de venir nous chercher à la gare. Brendan lui répond que c’est sympa, mais on est trop nombreux, ça va pas rentrer dans la voiture. Laure se frappe le front : la boulette ! On lui a dit qu’on serait quatre et on est six ! Espérons qu’elle ne va pas capter ! On décide alors d’un plan stratégique : Brendan, Lojo, Bergium et moi, on part en éclaireur et Mallou et Laure nous rejoigne dès que la voie est libre ! Notre groupe de quatre arrive donc au logement, on fait le check-in. Le mec est tellement sympa qu’on s’en veut de resquiller… Brendan appelle Laure pour lui dire que c’est bon, elles peuvent venir et il lui explique la route mais au moment où on les a quitté, elle n’avait plus que 3% de batterie donc logiquement, son téléphone s’éteint et on ne pourra plus les joindre. Le problème c’est qu’elle mettent trois plombes à arriver et on commence à s’inquiéter, et pour cause, elles se sont perdues et sont rentrées dans la mauvaise maison. Niveau discrétion, on a déjà vu mieux ! Le soir, on mangera des pizzas, on regardera Mme Boudtfire en anglais sous-titré anglais parce qu’on a maintenant un Fucking Level et on ira se coucher et comme on est six dans une maison pour quatre, Lojo dort dans le canapé et moi sur une montagne de couette dans le salon et on quittera la maison au petit matin comme des agents secrets.
Ce matin, on prend un petit train à l’ancienne avec locomotive à vapeur qui nous donne l’impression, soit d’être dans le Truman Show (pour Lojo), soit d’aller à Poudlard (moi), soit d’aller en camp de concentration (Bergium). Après un stop à Emerald, un village qui n’en avalait pas tant la peine, on rentre à Melbourne, faire un tour au Museum, apprendre un peu sur la culture aborigène quand même.

On quitte ensuite Bergium qui a un date avec Elisa Cole ! Et on pense qu’il stresse un peu parce qu’il a eu un petit excès de sudation tout à l’heure et il râlait parce qu’il avait l’impression de puer sous les bras. Alors qu’on passe dans la boutique de souvenir du petit train, il me dit « J’ai mis mon doigt dans la zone belliqueuse. Pouhlala, je pue ! ». Au bout de deux semaines et demie de voyage, je crois qu’on commence à être trop proches. On lâche donc le lion dans la fosse et avec les autres, on va manger (à 18h, oui on a pas mangé ce midi) dans un resto au concept clairement cool. « Lentils as anything », alors oui, c’est vegan. Tout de suite, on va me cracher dessus et me traiter de bobo mais je persiste, l’idée est géniale. Des bénévoles récupèrent la bouffe des magasins qu’ils s’apprêtent à jeter, en cuisinent quatre ou cinq gros plats trop bons et tu paies ce que tu veux et ils offrent le repas à ceux qui n’ont pas un rond. Et je me pète le bide tellement c’est bon. Et dans un coin, il y avait une chinoise qui chantait en Portugais avec un accent Australien. Lojo me dit que c’est à n’y plus rien comprendre.
Mardi 26 Novembre
J-2 avant le retour. Je me suis endormie hier avant que les filles éteignent la lumière et j’ai « oversleepé » jusqu’à 10h30, heure à laquelle je me tire d’un rêve où je suis la chef d’un commando de guerre constitué uniquement de meufs qui partent en mission dans la ville la plus dangereuse de monde, et je recale une des meufs parce qu’elle est incontinente. Voilà. J’ouvre donc les yeux et Laurène et Mallou sont déjà levées. Mais Bergium, lui, est bien là. Un coup d’œil à Messenger et je vois qu’il est rentré de son date à 1h et qu’il a essayé de nous appeler parce qu’il était enfermé dehors. Heureusement, Laure était encore réveillée et lui a ouvert. Pour souci respecter son intimité, je ne dirais rien de plus sur son rencard avec Elisa Cole. Demandez-lui vous même !

Hier soir, alors que Mallou est sous la douche et Laurène et moi en train de lire dans nos lits, on entend un gros cri dont on ne comprend pas le teneur, mis à part « motherfucker ». Sauf que ça a vraiment l’air d’être juste à côté. De peur qu’un inconnu entre dans la maison, je me lève, en pyjama, et je dis à Laurène : « je vais voir ». Elle me répond que si je suis pas revenue dans deux minutes, elle appelle les flics. Je sors de la chambre, traverse le garage, je me retrouve dans le jardin. Pas un bruit, je flippe et je rentre dans la chambre. Mais Lojo me dit du fond de son lit qu’il faut quand même aller voir si Jimmy va bien. Donc, je ressors, je vais jusqu’à la maison, je jette un œil par la fenêtre, Jimmy n’est pas sur sa chaise habituelle ! Mais à part ça, la maison est calme… Je reviens dans la chambre et je dis ça à Lojo. Mallou qui arrive à ce moment là trouve ça bizarre aussi mais nous apporte du nouveau : c’est Brendan qui a gueulé parce que le voisin s’est décidé à faire des travaux à 22h et lui se lève à 4h45 pour aller bosser à l’usine de guitare ! D’où le « Y en a qui veulent dormir, Motherfucker ». Mais, ça n’explique pas la disparition de Jimmy. Je suppose qu’il est simplement parti dans sa chambre, mais Mallou et Lojo ont peur qu’il soit parti se bagarrer avec les voisins, ce qui serait une très mauvaise idée, Jimmy est tout frêle ! Quelques minutes après, nous voilà rassurées, il est de nouveau à son poste. Tout va bien, nous avons beaucoup trop d’imagination.
À part ça, aujourd’hui, on a fait les magasins et ensuite, on est passé vite zef au casino parce qu’il était vraiment impressionnant tellement il est grand. On passe la sécurité tout sourire et là, la meuf nous arrête, Mallou et moi, pour nous demander nos cartes d’identité, genre on a moins de 18 ans… Non mais bonjour, j’ai trente ans, bordel.
Et ce soir, mode « Côtes-de-porc » activé, on a fait une putain de bouffe pour remercier Laure, Jimmy et Brendan pour l’hébergement et tout ce qu’ils ont fait pour nous. On a fait un putain de travail d’équipe et on était assez fiers : entrée-plat-dessert, tout au poil. Ensuite, on leur a fait découvrir Johnny, on a chanté Mike Brant et il est l’heure d’aller se coucher. On fait un peu la bagarre, après Bergium nous explique qu’il porte un slip qu’il a volé à Etienne et qui est trop petit. Et en cherchant dans son sac, à l’instant, il trouve un torchon que sa mère a mis « au cas où » et bah, je peux vous dire que quand les torchons de John-Michael puaient la mort, on en a pas du tout entendu parler !

C’est notre dernière nuit, c’est triste, du coup on est encore plus débile que d’habitude.
Mercredi 27 Novembre
21h50 à Melbourne. 18H50 à Shangai. 11H50 à Paris.
J’écris depuis l’aéroport de Melbourne, Terminal 2 Porte 10. Bergium est parti faire un ultime tour aux chiottes. Les chinois font la queue. On vient de quitter Lojo et Mallou qui embarquent quelques minutes avant nous, font une escale à Doha avant d’arriver à Paname 5h avant nous. C’est donc le jour des adieux. Mais avant ça, on est allé visiter un peu Melbourne choper nos derniers souvenirs (une casquette pour mon père!) et il fait bon et du soleil, juste comme il fallait. On a trouvé tout ce qu’il nous faut et Lojo, au moment de payer un T-shirt, se fait passer devant par une chinoise. Elle a poussé le soupir de sa vie, même la vendeuse était saoulée.
Le retour fut un peu mouvementée, car comme Laure a pété tout son forfait internet, en partie à cause de nous, elle a appelé Brendan quand on était dans une espèce de train de banlieue pour qu’il nous prenne un Uber depuis chez lui. Ok, il arrive dans 4 minutes. Il rappelle quelques secondes après : « j’en avais pris un 4 places, et il fallait un 6 places, donc j’ai annulé ! Le prochain arrive dans 8 minutes ! ». Ok, il envoie une capture d’écran du nouveau Uber. Oui, mais cela semble étrange à Lojo car le point de récupération, c’est la maison de Brendan et pas la station de train où on est. « Dis lui de regarder à la fenêtre si y a pas une bagnole qui attend », suggère t-elle à Laure qui demande à Brendan si il est bien sûr d’avoir indiqué qu’il fallait venir nous chercher à la station de train. Pas de réponse, par contre, elle reçoit un message avec une 3ème plaque de Uber différente qui arrive dans 5 minutes. Bon, bah si, apparemment, il avait mis départ de chez lui… On attends 5 minutes, pas d’Uber. Bergium et moi en profitons pour trouver une nouvelle figure d’accrogym : la « poo-machine ». Une franche réussite, je vous montrerais des photos ! Enfin, dernier message de Brendan qui a eu le mec du Uber au téléphone. Il nous attendait du mauvais côté de la gare, il arrive ! Putain mais c’était laborieux !

On rentre à la maison, on fait les douches, on fait les sacs. Bergium abandonne deux serviettes mais pas le torchon de sa mère, Mallou une robe, moi mes baskets de trail qui ont rendu l’âme. On commande un ultime Uber et vient le moment des embrassades, toujours un peu difficile et enfin, Lojo, Mallou, Bergium et moi prenons la route pour l’aéroport. Le rituel enregistrement-sécurité-douane n’a plus aucun secret pour nous, malgré de petites feintes comme le sac de Mallou qui se retrouve sur la touche car elle a caché au moins quatre briquets dedans. Mais, en y allant au culot, ça fonctionne ! Après une fouille minutieuse de son sac, elle repart avec tous ses feux ! Puis, on va manger au Hungry Jack, et Lojo qui n’a pas trop faim décide d’acheter une petite réserve de TimTam au duty free. Elle revient quelques minutes après comme une furie : « Nan mais », elle rugit. « Vous vous rappelez la chinoise qui a voulu me passer devant au magasin à Melbourne ? Et bah, elle est là ! Et elle a aussi essayé de me passer devant au duty free ! » Non, mais incroyable quoi !
En partant du Hungry Jack, Lojo nous montre la chinoise en question, assise sur une banquette, alors on lui fait tous des regards qui envoient des éclairs. D’ailleurs, moi aussi je suis en colère ! Déjà, parce qu’au Hungry Jack je veux commander un truc et la meuf me dit qu’il y a un problème avec ma commande. Je lui demande de m’expliquer mais elle me parle super vite. Je la fais répéter un milliard de fois mais elle répond toujours exactement la même chose et à la même vitesse, ça commence à me saouler alors en anglais, je lui dis « je comprends pas », « plus doucement », « encore une fois », « non, toujours pas ». Mais au final, je me lasserai la première et je lui dirais d’aller se faire foutre et je changerais de commande avec une bonne grosse envie de lui mettre un coup de boule. Niveau 1 de l’énervement activé.
Après ça, je veux me connecter à la Wifi mais ça marche pas. À chaque fois, je fais une merde, et je dois tout refaire : écrire mes coordonnées, et ça me gave, je suis à deux doigts, mais vraiment, de lancer mon téléphone à travers la salle d’embarquement quand Lojo se propose gentiment de m’aider. Je lui confie mon téléphone qui l’a échappé belle et je me défoule sur mon sac qui prendra quelques coups de pieds. Niveau 2 activé.
Pour me calmer, je vais acheter du chocolat mais la file est immense et tous les clients font la discussion. Je ronge mon frein, je vais faire un massacre. Niveau 3 activé.
Mais, quand je reviens, Lojo a débloqué mon téléphone. Je mange un kinder Bueno et ça va mieux !

Jeudi 28 Novembre
8h44 à Shanghai. 11h44 à Melbourne. 01h44 à Paris.
Liste des choses qu’on déteste à l’aéroport (réalisé avec Monsieur Bergium) :
- passer la sécurité
- devoir prendre la navette quand tu sors de l’avion
- attendre dans le couloir qui mène à l’avion
Mais heureusement pour nous, pour ce premier vol, nous n’avons pas rencontré les deux dernières situations. On est donc à Shanghai tous les deux et on est hyper déçus par le Starbucks. On avait déjà trouvé de faux noms à dire au monsieur pour qu’il galère à écrire dessus : Marie-Antoinette pour moi et Jacques-André pour Bergium, mais il nous a même pas demandé. Je suis à deux doigts de faire une scène.
Après un passage au duty free, pas de tout repos : devant moi, une meuf achète littéralement tout le rayon crème hydratante, elle doit avoir pris au moins 50 flacons, sans déconner. Et derrière moi, une grognasse qui essaie de me passer devant dans la queue. Mais miracle de presque-Noël, je reste calme, je dégage la meuf, je passe à la caisse, je rejoins Bergium pour qu’on puisse s’alterner à aller faire un petit brin de toilette avant de faire une sieste. Notre correspondance est à 12h et quelques, on a le temps. Avec Bergium, on a décidé de faire chacun trois quart d’heure de sieste. Je viens d’achever les miens, j’ai dormi, j’ai même rêvé ! C’est au tour de Bergium. Pendant ce temps, là je bouquine, mais sur la banquette derrière nous, il y a le mec le moins discret du monde. Il fait un maximum de bruit quand il baille, quand il s’étire, quand il renifle, et même quand il respire. Mais je ne peux même plus râler, le risque de tomber sur un français est de plus en plus grand. Dix minutes après s’être allongé, Bergium relève la tête, les yeux injecté de sang : « J’ai dormi longtemps ? ».

Vendredi 29 Novembre
Paname, temps gris.
Il s’est passé un truc drôle tout à l’heure dans le métro. Un mec rentre, discours habituel : la misère, un ticket resto ou un peu de monnaie SVP, quand arrive un autre type, guitare à la main.
« – Ah merde ! T’es là toi ?
– Bah ouais !
– Pardon gars, je savais pas que tu faisais le 6 aujourd’hui.
– J’ai bientôt fini, je te laisse la place ?
– Non, ça va, moi c’est chronometré, je sors à Corvasal.
– Ok, bon bah salut alors ! »
Discussion classique de collègues de travail.
Montparnasse-Bienvenüe. Odeur de chiottes publiques.
J’attends mon train pour Rennes, je suis pas prête de déposer mon sac à dos. Est-ce que j’en ai marre de porter le même sweat depuis un mois ? Oui. Est-ce que je suis crevée, j’ai perdu du poids, je suis à la dèche, je suis même à la rue ? Aussi. Est-ce que j’aurais voulu le faire autrement ? Non, définitivement, non.





























































































