Sur les traces des Premiers Mocassins

Quand il était jeune, mon père est parti au Canada et s’est fait défoncer sa tente par un ours parce qu’il avait laissé à manger dedans. En tout cas, c’est ce qu’il m’avait raconté. Il m’a aussi raconté qu’il avait épousé ma mère parce qu’il croyait qu’elle s’appelait Danette et qu’il aime le chocolat (elle s’appelle Annette) et qu’il avait un million de dollars sur son compte en banque. Mais moi, impressionnable et férue d’aventure, j’ai commencé à imaginer le Canada comme un pays hostile et donc, terriblement tentant. Je caresse l’espoir d’aller y vivre un peu, un jour. En attendant, une vieille amie à moi s’y trouvant depuis quelques années, j’ai décidé en septembre 2022, une fois le gros de la pandémie passée, d’aller lui rendre visite.

Depuis quelques temps, j’avoue, je suis préoccupée par mon empreinte carbone. Surtout celle de mes voyages, car j’ai eu conscience, trop récemment, que l’avion, c’est tout de même caca. J’ai pris l’avion pour y aller, oui, mais en jurant que ce serait le seul bobo que je ferais à la planète cette fois-ci, et que donc, pour le reste, je ne prendrais que les transports en commun ou j’utiliserais ce qu’il y a de plus écolo : mes jambes. Jean-Mich m’a dit « Tu sais que ça compensera jamais ton vol ? ». Oui, je sais, mais ça soulage ma conscience.

Vendredi 26 août 2022

Il est 19h, je suis à Paris, plongée dans Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir comme une connasse en terrasse d’un café avec un verre de vin blanc. Demain, je pars au Canada. Normalement. Normalement parce que hier j’ai tenté de m’enregistrer en ligne. Pas moyen. Je suis sur liste d’attente. Pourquoi ? C’est un mystère et je serai fixée sur mon sort demain quand j’irai m’enregistrer à l’aéroport. Je pars deux semaines et demi visiter l’Ontario et rendre visite à ma copine Anaïs qui vit là-bas depuis bien 6 ou 7 ans. Anaïs, c’est une copine de lycée, autant dire qu’on se connaît depuis un bail. C’est avec elle, Sandrine et Lucie, que j’ai fait mon vrai premier voyage, c’est-à-dire, sans les parents. On avait 19 ans et on est parties visiter la côte ouest de l’Irlande, avec la fougue de notre jeunesse, en stop et en camping sauvage. C’est d’ailleurs chez Lucie qui vit à Montreuil que je squatte ce soir. Des copines pour la vie, je vous dis.

Je suis arrivé à la gare de Lyon à 17h, après deux heures de train. J’ai bossé cette nuit. Je suis éclatée. Je ne supporte rien. Ni les vélos qui coupent la route, ni les gens qui gueulent au téléphone, ni les personnes perdues qui cherche leur chemin et traînent dans mes pattes. J’ai marché dans Paris, j’ai vu Notre-Dame, enfin j’ai vu un gros échafaudage. Je suis allée au Jardin des Plantes, me suis étalée dans l’herbe pour y faire une petite sieste. Mais ma copine Kiki m’a appelé. SOS d’une copine en détresse. Elle vient de se faire larguer. T’inquiète meuf, comme ça, on est deux. On se remonte le moral l’une l’autre. On se promet de se voir bientôt. Du coup, j’ai plus vraiment envie de dormir, je vais donc dans un bar boire un coup, et lire la grande Simone. Dans une demi-heure, je vais rejoindre Lucie à Montreuil, on va se faire un resto. Elle aussi a des histoires de mecs à me raconter. Dieu qu’il est dur d’être une femme célibataire après 30 ans, les autres en attendent beaucoup trop de nous.

Ne pas oublier : retirer des tunes et poster mon arrêt de travail, j’ai eu le covid il y a 2 semaines.

Samedi 27 août

Par tradition, j’écris le soir, quand la journée est terminée, avant que la soirée ne commence, pour ne garder que l’essentiel autant que le suspens de ce qui m’attendra. Une fois n’est pas coutume, j’écris l’après-midi, il est 15h à Paris, 9h à Montréal. Et moi je suis entre les deux, dans l’avion. Je suis toujours autant éclatée de fatigue. Pourtant hier, on n’a pas fait d’abus avec Lucie, un apéro, un Turc, un verre à la Friche et au lit à minuit. Ce matin, réveil à 6h30 par le chat de sa coloc qui vomit devant la porte et départ à 8h.

J’ai failli louper mon avion. J’étais sûre et certaine de décoller à 15h. Donc, j’avais prévu de partir vers 11h de chez Lucie. Heureusement que la veille, elle m’a redemandé l’heure exacte pour calculer mon temps de trajet. Sinon je pense que je ne serai pas là actuellement ! Car, j’ai découvert à ce moment-là, qu’en réalité, je partais à 13h. Et au bureau de tabac, tout à l’heure, j’ai oublié ma carte bancaire, c’est la vendeuse qui m’a prévenu. Ça commence très très bien. À 15h à Montréal, il sera 21h en France, j’irai à l’auberge de jeunesse, le seul hébergement que j’ai réservé pour l’instant, poser mes affaires et aller me balader en ville. Là, je vais faire une petite sieste pour récupérer un peu.

Samedi 27 août bis

Je sens très fortement la sueur. Comme mon daron pendant la moisson. Et comme lui, je m’envoie actuellement une grande bière bien méritée ! Avec une grosse assiette de spaghetti parce que je suis morte de faim. Je suis arrivé à l’aéroport à peu près à l’heure, après il y a forcément la galère douane-longue file d’attente-carrousel pour récupérer le sac. Jusque-là, j’avais à peu près la patience même s’il m’est arrivé un truc pas cool du tout ! Lorsque l’avion a atterri, j’ai allumé mon téléphone et je l’ai foutu dans mon sac. J’en avais besoin pour montrer mon QR code d’autorisation de voyage. Le fameux ArriveCan. Et de toute façon, mon téléphone ne pourra pas me servir à grand-chose de plus puisque il ne va rien capter ici, me dis-je. Quelques minutes plus tard, je le sors et je vois que j’ai reçu un message de SFR qui dit, en essence, que je viens de cramer tout mon forfait internet et que ma facture de 60 € de hors-forfait me sera prélevée le mois prochain. Et bah parfait ! IMPECCAB ! Ensuite, je sors, je cherche la navette pour rejoindre le centre ville. « Ah il faut acheter un ticket à l’intérieur ? » Ok, demi-tour. Je fais le retour dans l’aéroport avec une française qui était avec moi dans l’avion. Elle se rend dans un bled à 1h de Montréal elle, elle est pas arrivé. On trouve le guichet sauf que devant, il y a une queue, sans déconner, de 6 km. Une demie-heure après, j’ai avancé de 3 cm. À ce rythme là, je vais arriver dans le centre demain matin. Et derrière, la queue a tellement grossi que ça rentre plus dans le hall de l’aéroport. Une employée vient alors nous voir. Elle remonte la file en nous demandant d’aller acheter direct le ticket dans le bus. « Mais ? On nous a dit ici. » Oui, mais la machine ne marche plus. Retour au bus. « Ok vous pouvez payer si vous avez des pièces ». Bah non j’ai pas encore de dollars, le bureau de change est fermé dans l’aéroport. Le gars abandonne, de toute façon, on est trop nombreux dans le même cas. « Montez gratos », il nous dit, « c’est pas de votre faute, c’est le distributeur est en panne ». Bon bah cool ! On monte, on arrive dans la ville et le bus nous dépose pas du tout là où c’était prévu. Une meuf tente de nous expliquer mais ça reste obscur, il y a une ligne de bus qui s’appelle la FastLine et une autre. Et évidement, je n’ai pas pris celle que je pensais. Bref, je regarde sur une carte (oui, boomer, oui, mais je vous rappelle que j’ai plus de forfait) et on dirait bien que je ne me trouve actuellement pas trop loin de l’auberge de jeunesse alors je décide d’y aller à pied et je quitte donc ma fugace compagne de voyage.

En fait c’était vla loin, EVIDEMENT ! J’avais pas l’échelle et je me suis tapée une de ces suées avec mon gros sac à dos. D’où l’odeur. Et puis j’ai oublié de mettre du déo ce matin. Je suis arrivée à l’auberge, forcément, il y a un souci avec ma chambre : je ne peux y accéder que à 21h. Bon, ok, je suis un peu de mauvaise foi parce que la réceptionniste m’a dit qu’elle devait aller voir avec son supérieur pour me mettre ailleurs mais j’ai eu la flemme d’attendre, j’ai laissé mon sac en disant que je reviendrai à 21h. J’erre donc dans les rues à la recherche d’un bureau de change et je peux vous dire une chose : à Montréal, il semblerait qu’ils aiment bien les briques et les buildings. En suivant la foule j’ai traversé les quartiers jusqu’au Saint-Laurent. C’est très étrange parce que visuellement, je me croirai à Scranton mais ça parle français partout. Je suis un peu perdu. Il est 20h ici, il est 2h du matin en France mais j’ai bien dormi dans l’avion donc ça va. Je vais pas faire long feu ce soir, demain je prends le train à 9h pour rejoindre Anaïs à Toronto !

Dimanche 28 août

J’ai failli oublier d’écrire aujourd’hui. Il faut dire que j’ai retrouvé ma copine Anaïs que je n’avais pas vu depuis, je crois, 8 ans. Je suis partie de Montréal à 9h, j’ai fait 5 heures de train à côté d’un mec qui étudie l’italien et pour s’entraîner, a chanté des chansons ritales pendant presque tout le trajet. Et pourtant, j’aime bien. Mais près de 5h, ça commence à être long.

Et puis je suis arrivée, j’ai galéré à sortir de Union, la gare de Toronto, elle est immense. Une fois dehors, j’ai escaladé un muret pour qu’Anaïs me retrouve facilement, bah oui, depuis 8 ans elle va peut-être pas me reconnaître. Et je la vois là-bas, avec son grand sourire, tout excitée, alors je dégringole de mon perchoir et on se fait un grand câlin. Pétard, ça faisait longtemps. Et puis, on se balade dans la rue, il y a des gens déguisés partout, elle me montre la CN Tower, cette grande tour toute pointue avec le resto qui tourne en haut, on se balade, on va boire une Ginger Ale dans un quartier tout chou, le Kensington Market, un petit marche artisanal de Bobo comme je les aime.

La CN Tower

J’en profite pour mettre un short parce qu’il fait 10000 degrés. Et puis on prend le métro et puis le bus et on parle et on parle parce qu’on a tant de choses à se raconter et puis tout d’un coup on ne peut plus parler parce que le mec à côté de nous hurle dans son téléphone (mais en hurlant amicalement, attention, par exemple : « I LOVE YOU, BABY ! ») tout en s’empiffrant de chips et en en crachant partout, par la force des choses. On arrive chez Anaïs. Petite frayeur d’un gros quart d’heure quand on croit être enfermées dehors mais au final tout va bien , les clés sont cachées à l’endroit stratégique par son mec. Je prends un long bain bouillant avec des sels de bain, bougies et guirlande lumineuse pendant qu’Anaïs range ce qui sera ma chambre. Elle sait recevoir la petite, elle m’a même offert une casquette de l’équipe de baseball locale. Je suis épuisée, je m’endors sur mon cahier

A FAIRE DEMAIN : Acheter billet Niagara 30/08 ?

Lundi 29 août

Quand j’ai dit que je partais au Canada en septembre, les gens m’ont dit « ah bah c’est bien, tu vas avoir frais », « prends une doudoune quand même ». Et bah les gars, aujourd’hui il fait 40 degrés ! Et j’ai marché 16,4 km. Autant vous dire que je connais la ville comme ma poche.

Le mignonnet quartier de la Distillerie

J’ai fait le quartier de la distillerie, le centre, je suis retournée à Kensington Market, été au bord du lac Ontario, où on s’est retrouvé avec Anaïs pour manger une BeaverTale (littéralement, une queue de castor), une sorte de gaufre plate garnie de ce que tu veux : Nutella-banane pour moi, peu d’audace sur ce coup-là mais excellent ! Néanmoins, impossible de manger cette chose proprement. On en avait plein la goule. On s’est débarbouillées et s’est posées face au lac, vue sur l’île de Toronto et on s’est montré nos tatouages. J’expliquais ma théorie comme quoi les tatouages sont les cicatrices que l’on se choisit pour nous-mêmes. Anaïs me dit qu’elle a décidé de faire de son corps une œuvre d’art. Moi j’ai dit que je voulais que le mien ressemble à une porte de chiotte de bar. Une autre façon de voir les choses quoi.

Anaïs mangeant proprement sa Beaver Tail

Mardi 30 août

Les Françaises sont connues pour leur élégance dit-on. Aujourd’hui, j’ai révélé à la face du monde que c’était complètement faux. Je suis sortie de chez Anaïs avec baskets, robe longue verte à fleurs, K-way bleu et orange fluo et casquette rose fushia. Bah oui mais il pleuvait. D’ailleurs, j’ai fait la grosse grasse mat. Je me suis réveillé en me disant : « ah, j’ai bien dormi, vu la faible lumière dehors, il doit être quoi, 7h ? » 10h38. BAM. Bah oui, mais comme je disais, il pleuvait donc il faisait sombre, donc pas de soleil pour me réveiller. Et du coup, quand il pleut, on va au musée. C’est ce que j’ai fait, ainsi que toute la population de Toronto, je crois. Au AGO : Art Gallery et j’ai oublié ce que veut dire le « O ». Un musée gigantesque. J’avoue, au bout de 4h, j’ai bâclé des salles, j’avais faim. De toute façon, perso, la collection de reproduction de maquettes de bateau de Monsieur Thompson, j’en ai un peu rien à branler. Les trucs de l’antiquité, bof aussi. Il y avait tout un passage glauque sur la religion avec des sculptures représentant des plateaux servants des têtes de saints décapités un peu trop réalistes. Plus loin un tableau représentant un poisson éviscéré m’a foutu la gerbe. Il y avait aussi le « Massacre des Innocents », un tableau plein d’enfants morts… La bonne ambiance, quoi. Et puis, je suis allé me réconforter vers le pointillisme, l’impressionnisme puis le contemporain et puis j’ai mangé au resto de la galerie. J’ai hésité à acheter une reproduction de toile et puis j’ai réfléchi que ça allait prendre le tarif dans le sac à dos lors du reste du voyage (qui, sans vous spoiler, s’annonce sportif) alors je me suis rabattue sur un bouquin sur Basquiat. Je suis ensuite allée poster la carte d’anniversaire pour Zoé, ma nièce, et le gars de la Poste, finaud, a deviné que j’étais française parce que j’ai demandé à l’envoyer en France, bravo Sherlock. Et là, je sais pas pourquoi, je lui ai raconté ma vie « C’est une carte d’anniversaire pour ma nièce, elle va avoir un an ». Je pense qu’il en avait rien à carrer mais il m’a quand même dit« félicitations ».

High Park en bicyclette et un noeud dans ma robe pour éviter les gamelles

J’ai pris le métro à Dundas Square, un petit Times Square impressionnant avec des écrans partout et je suis rentrée chez Anaïs. On a pris des vélos et on est parties vers High Park. C’était bien cool, juste, à un moment, ma robe s’est emmêlée dans la roue arrière, à un autre, Anaïs s’est emballée à descendre une maxi pente n’importe comment style compet Redbull et a probablement niqué son pneu arrière, sinon c’était parfait, j’ai vu un Chipmunk. Le soir, elle m’a fait goûter une pizza-sushi. Alors attention, j’entends déjà les puristes de la pizza autant que ceux des sushis me couvrir d’injures, mais c’était pas mauvais ! Une galette de riz frit en guise de pâte, dessus, tout en bordel, du tarama, du thon cru, de l’avocat et voilà ! On dirait un peu qu’un mec a dégueulé son plateau de sushis sur une galette de riz, mais sinon c’est bon !

Mercredi 31 août

Quelle drôle de ville que Niagara Falls. Oui, on m’avait prévenu : « c’est la foire au boudin », m’avait même dit ma coloc Alice. Tout tourne autour des chutes et c’est bien normal. Alors oui, ce ne sont pas les plus hautes du monde, mais leur largeur et la quantité d’eau qui en tombe laisse sans voix. Non, ce qui est fou, c’est qu’une fois qu’on dépasse le centre névralgique de la ville, donc, les chutes et les casinos qui les surplombent, sorte de Las Vegas sur le déclin avec chanteur à deux balles en live dans les restos; tout disparaît soudain et laisse place à des terrains en friche, des bâtiments abandonnés et surtout, partout, des parkings. Quelques centaines de mètres plus loin, la vie reprend et tout explose. Décor en carton-pâte, façades aux couleurs flashy, piste de karting, maison hantée, galerie des Glaces : c’est la foire du trône ou pas loin. De nouveau, la foule partout.

Je continue ma route et les attractions s’espacent et me voilà dans une forêt de maisons toutes similaires. Il n’y a plus personne, c’est presque angoissant. Le peu de commerce affiche fermé depuis longtemps, à l’abandon. Le problème, c’est que j’ai envie de pisser. Il faut absolument que je trouve un café mais il n’y a rien. Je croise une femme défraîchie qui me sourit. « J’adore ta robe » elle me dit en anglais. Je suppose que c’est une pute. Je la remercie puis elle se fout de ma gueule parce que j’ai un Tote bag « Merry Christmas ». « Come on, girl ! », elle s’écrit. Je me marre, j’avance toujours, les maisons se raréfient, un peu plus de passants et de magasins. Je me fais un peu reluquer. Les gens d’ici ont la laideur de leurs conditions, de leur misère, l’obésité de ceux qui n’ont pas pour habitude de manger sainement. Les hommes ont la tête sale de la fin de journée de boulot. Et les femmes sont grasses et assaillies d’enfants aussi gras qu’elles. Je trouve un café. Enfin pas un café. Un fast-food qui fait du mauvais café et des donuts. J’attends ma commande. Un monsieur me dit qu’il aime ma robe. Décidément, elle a du succès. Mais ma journée n’est pas juste une longue promenade dans les rues de Niagara Falls. Elle a commencé par un réveil à 6h45 du matin pour prendre le bus à 8h30 à Union. En prévision de mes 2 heures de route, Anaïs m’a donné un cahier que nous, ses copines de l’époque (moi, Sandrine et Florence) lui avions fait pour ses 18 ans. On en a 33 aujourd’hui. J’ai tout relu, 142 pages, avec le sourire aux lèvres. C’est à la fois émouvant et ridicule. Surtout ridicule et ça me rappelle combien je trouvais l’été long à cet époque : 6 semaines sans voir mes copines ! Moi qui vivait dans la campagne profonde, isolée de tout. Elles, en ville, avec leur scooters. Ça doit être une des raisons pour lesquelles je ne supporte plus de vivre à la campagne.

« Et zé bartiiii! »

Je suis arrivée à Niagara-On-The-Lake en fin de matinée. Bien entendu, je suis resté bloquée devant les chutes sans vraiment réaliser que j’y étais pour de vrai. Les chutes du Niagara. Les vraies chutes. Celles que tout le monde connaît. Elles sont là, devant moi. C’est émouvant. Et bruyant. En contrebas, tout petit, avançant vers les gigantesques chutes d’eau : les bateaux de touristes. Poncho rouge pour les canadiens. Poncho bleu pour les Américains qui embarquent de l’autre côté de la rivière, frontière naturelle entre les deux pays. Je les regarde, je me moque et je les envie.

10 minutes plus tard, je suis sur le bateau avec mon poncho rouge, à faire des grands coucous au ponchos bleus. On approche des chutes et on s’en prend plein la gueule, je ne vois plus rien, les gens rigolent, les bébés hurlent. C’est trop bien ! On se regarde tous en se marrant, on ressemble à rien, on lève les yeux et on se sent tout petit face au grand mur d’eau qui tombe sans cesse. On rentre, on rend les ponchos, on a tous les cheveux trempés. Dans l’ascenseur, un gamin dit qu’il a eu peur et qu’il montera plus jamais sur un bateau. Tout le monde glousse. Je sors, je mange mon bagel, je m’allonge dans un parc et enlève mes pompes pour les faire sécher. Je m’endors. Donc là, oui, à ce moment précis, j’ai pris un bon coup de soleil sur la gueule, oui.

C’est un sacré trou que nous avons là!

Jeudi 1er septembre

J’aurais dû écouter Anaïs. Elle m’avait dit que pour aller sur l’Île de Toronto, il valait mieux prendre les petites navettes, un peu plus chères mais bien plus rapides que le ferry. Mais je n’en ai fait qu’à ma tête et dans celle-ci, le ferry a l’image définitivement romantique du voyage du prolétaire. J’avais oublié les enfants. Je me suis retrouvé piégée au milieu d’une foule de parents avec bébés, poussettes, glacières, grand-parents… et tout le monde qui roule sur tout le monde, tel gamin qui trébuche sur une roue de poussette et s’étale de tout son long et beugle, à ma gauche, une petite fille tord le poignet de sa sœur qui fond en larmes, en face, le bébé pleure, c’est l’heure du bib. Les pères sont fatigués de répéter 10 fois la même chose et les mères d’être les seules à savoir bien faire. L’attente avant l’embarquement n’en finit pas, 1h au moins et au retour ce sera pire. Je suis empotée avec le vélo d’Anaïs, tout le monde me double et me rentre dedans. Arrivée dans le bateau, il n’y a plus de place. Je finis par trouver un petit espace dans un coin. Je cale le vélo. Une daronne me pousse pour me prendre la place avec sa poussette. Dans tes rêves, cocotte, on va se la partager la place, je fais pas le trajet debout.

Enfin on débarque. Le chaos laisse place à l’apaisement. L’île est grande, exclusivement piétonne et donc, fonctionne au ralenti, c’est calme. Je revis. Mais avant, j’ai terriblement envie d’un verre. J’ai faim aussi. Je m’envoie une poutine et un verre de blanc en terrasse face à la Skyline de Toronto si parfaite qu’on dirait une photo. C’est ma première Poutine, exactement ce à quoi je m’attendais. Pas très fin mais réconfortant. Je lis en finissant mon verre, je suis bien. Et puis je repars. Vers l’Ouest, c’est la plage naturiste. Ça m’amuserait dans l’idée mais en réalité, je suis sûre que je vais me dégonfler. Je pars donc vers l’Est. Je trouve un café, prends un cappuccino et un brownie et je me pose sur une chaise longue, c’est vraiment très chill ici. Ensuite je vais à la plage : je lis, je fais des mots fléchés, je me baigne et je m’endors. En fin d’aprem, je rentre sur Toronto et c’est le même bordel mais au moins je suis préparée. On débarque, je rentre à vélo chez Anaïs en tentant sans succès de trouver, dans une galerie commerciale, une bonbonne de gaz. Je commence à être de mauvais poil. La fatigue, les gens. Je sors. Je ressemble à rien avec mon casque jaune fluo, mes cheveux sales et les chaussures d’eau que je viens d’acheter en prévision de l’excursion de ce week-end. C’est même pas des vrais chaussures d’eau, y en avait plus dans aucun magasin, c’est plus la saison. C’est des chaussures extra-légères de fitness. On dirait des chaussons de vieux. J’ai eu envie de dégueuler en les achetant mais pas le choix, ça fait partie des trucs qu’on doit apporter avec nous: on part trois jours dans un parc naturel faire du canoé. Vous doutez bien que j’ai acheté ça sous la contrainte.

Vendredi 2 septembre

Je vous écris depuis les entrailles du parc Provincial d’Algonquin. Il est 18h environ. Avec Anaïs, on a fini de nettoyer la vaisselle dans le lac et elle se repose dans un hamac. Les garçons sont partis couper du bois pour le feu de ce soir. Vieille société patriarcale, tiens. Baz, notre guide, d’origine indienne avec des yeux bleus bizarres, a parfois des sorties du style : C’est la femme qui s’occupe de l’enfant durant sa première année », ce genre de beau discours. Mais à part ça il est très cool et très drôle.

Retour à l’aventure, 13 ans après l’Irlande

On est parti de Toronto à 8h du matin. Dans le minibus, il y avait aussi trois Allemands : Yann, Lili et Elena, et un indien : Sid. On a bien roulé 3h-3h30 jusqu’au point de départ où nous a rejoint un groupe de 5 indiens. On a récupéré des canoés, et on est partis pour trois jours en pleine nature. Dans mon canot, on est trois, avec Anaïs et Sid, et rapidement, elle grogne contre ce dernier parce qu’il ne fait rien. Pas foutu de pagayer ni de faire le gouvernail. Mais moi, je suis d’humeur bavarde alors je discute avec lui.

On arrive à la session « portage ». C’est-à-dire qu’on décharge les canots de nos affaires, on fait 150 mètres à pied avec les sacs pour franchir un bras de terre jusqu’à la prochaine rive, et on revient chercher les canots, on les porte aussi, à deux ou à trois, parce que c’est pas léger-léger, et on se remet à flots. J’ai l’impression d’être Raymond Maufrais dans « Aventure en Guyane », un récit que je vous recommande (hop, la petite bibliographie). En tout, on a du pagayer 2h30, on perd la notion du temps ici. On arrive au campement où nous attends Jésus, le collègue de Baz qui a déjà tout installé en nous attendant. Quand Baz nous a prévenu qu’un type qui s’appelait Jésus était déjà sur place et s’occupait de monter les tentes, avec Anaïs, on l’imaginait déjà. Chevelu et barbu pour elle, sale pour moi. Au final, ni l’un ni l’autre, il est plutôt beau gosse. S’ensuit le chaos de l’installation : «Baz ! Comment on met les canoës ? » , « Qui n’a pas de duvet ? », « Et moi ? Je dors où ? ». Anaïs part préparer le repas du soir avec Baz. Elle le connaît déjà, elle a déjà fait ce genre de week-end avec lui. Avec Elena et Lili, on finit de préparer notre grande tente. Sid, lui, ne sert à rien, il traîne en disant des choses absurdes et ne faisant absolument rien et Anaïs lève les yeux au ciel. Jésus, avec l’aide d’Anaïs, a monté les provisions dans des glacières à 5 ou 6 m du sol. Protocole anti-ours. Faut pas déconner avec ça si tu ne veux pas te faire défoncer par un ours, il y a des choses à respecter.

Jésus et Anaïs en plein protocole

Pour l’instant, pas d’ours dans les environs, mais des écureuils, des Chipmunks et des Loonies : ce sont des gros canards qui ressemblent à des pingouins avec les yeux rouges. Yann va aller se baigner, il m’a proposé et j’ai dis oui, mais maintenant je regrette et je crois que je vais me dégonfler. Plus tard : je pagaie et je regarde mes bras. « Putain je suis musclée », je murmure. Un peu déséquilibrée par mon auto-admiration, ma pagaie trébuche dans l’eau et j’envoie une flaque dans le dos d’Anaïs. Elle beugle, « oh pardon » je m’excuse et mi-honteuse, je lui confie : « j’étais en train de mater mes muscles ».

Samedi 3 septembre

Lili est malade. Elle a vomi trois fois depuis hier. Elle ne tient pas bien debout et Baz, qui sait que je suis infimière me demande ce que j’en pense. Il pense que c’est une indigestion mais j’en suis pas sûre. Ça ne durerait pas aussi longtemps. J’opte plutôt pour une insolation ou une déshydratation. « Il faut qu’elle boive, des petites gorgées, mais il faut qu’elle boive», je dis à Yann, qui dort avec elle.

Avec Anaïs et Elena il nous est arrivé un truc bien plus cool. Alors que Baz et Yann était partis en canot chercher du bois, que les indiens construisait un banc pour qu’on puisse se poser autour du feu et que Sid avait disparu, moi je faisais une petite sieste dans l’herbe et Anaïs était accroupie là on avait fait la vaisselle car Baz lui avait dit qu’il y avait souvent une tortue à cet endroit. Elle s’amusait à plonger un morceau d’herbe dans l’eau en espérant l’attirer. Baz et Yann sont revenus à ce moment-là, depuis leur canoé, Baz lui demande : « tu vois la tortue ? ». « Non » dit Anaïs et là, en tournant sa tête sur la droite, Anaïs voit la tortue, sous l’eau, en train de la fixer. Elle m’appelle tout doucement mais je ne l’entends pas. Elle plonge son doigt dans l’eau et la tortue se déplace immédiatement vers elle pour lui chiquer le doigt. Anaïs pousse un petit cri et je rapplique suivie de Baz armé d’une saucisse et flanqué d’Elena et de Yann. Baz s’agenouille au bord de l’eau, il connaît bien cette tortue, il l’attire avec la saucisse, celle-ci sort d’abord sa tête de dinosaure de l’eau, puis, lentement, lourdement, une de ses pattes et une deuxième, on dirait Godzilla. Elle est énorme, effrayante quand elle ouvre sa bouche pour attraper la saucisse. Une fois finie la saucisse, elle replonge dans l’eau et nous toise de là, à un petit mètre de nous. Elle attend. Baz nous donne une deuxième saucisse et nous préviens « Attention, elle pourrait vous arracher un doigt ». Alors, à tour de rôle, avec Elena et Anaïs, on essaie de faire sortir la tortue mais, avec nous, elle est un peu farouche. Elle finit par sortir tout de même, elle tire sur la saucisse, elle a de la force ! On crie et on se jette les unes sur les autres, je flippe ! Mais on ne s’en lasse pas. Elle est tellement grosse et si proche. Puis, on la laisse tranquille, on va pas la gaver de saucisse non plus, déjà, on aura plus rien à manger ce soir, et en plus, c’est pas sûr que ce soit le plus indiqué comme régime pour une tortue. Bientôt, c’est l’heure de dîner. Jésus fait du feu à l’ancienne, avec une pierre à feu, il galère mais il finit par y arriver.

Sid à droite sur la photo. Vous le voyez cet air de type inutile?

J’avais d’autres choses à raconter mais j’ai été coupée dans mon récit par Jésus qui est venu nous engueuler parce qu’un des Indiens avait laissé de la bouffe dans sa tente pendant la journée, du coup je me suis rappelle plus de ce que je disais. Bref, reprenons depuis le début : aujourd’hui j’ai été réveillée par Jésus qui m’a mis «The Lion Sleeps Tonight » à fond dans les oreilles. J’ai ouvert les yeux, en sursaut, et j’étais toute seule dans la tente que je partageais avec Anaïs, Elena et Sid. Mais ils sont où tous,là ? Et il est quelle heure bordel ? Et « The Lion » beugle dans mes oreilles. « Ok! OK ! I’m awake » et je sors en vrac de la tente. Sur son canot, à quelques mètres de la berge, Anaïs se marre en me voyant. Elle, elle n’a pas dormi cette nuit, ou pas beaucoup en tout cas, parce que d’un côté Sid lui soufflait dans le visage et de l’autre côté, moi je la dérangeais par de petits troubles intestinaux paraît-il ! PARAIT-IL ! C’est que je dormais à poings fermés donc pas possible de démentir.

Par contre, avant d’aller dormir, hier, je suis allée faire un petit pipi. Baz a installé des toilettes sèches à distance du campement. Bon alors, c’est rustique hein. C’est une trappe à soulever, qui cache une lunette de toilettes. Ensuite, on fait confiance à la végétation pour nous cacher du reste du groupe et garder un minimum de pudeur. Hier donc, j’y suis allée, et il faisait nuit noir, j’étais là, avec ma petite lampe torche à évoluer entre les arbres, j’arrive aux toilettes sèches, je baisse mon froc et fait pipi. Une fois terminé, je ne m’attarde pas, je me rhabille et c’est alors que j’entends, à côté de moi, un craquement. Un gros craquement. Je me fige, tétanisée. C’était un bruit fort, et c’était proche. Pas le craquement d’une branche qui tombe ou de quelqu’un qui marche dans les bois. Mais plutôt le gros craquement d’une grosse bête qui se déplace pas loin. Oh putain. J’enfonce mon t-shirt dans mon joggos à toute vitesse. Baz a dit de ne pas s’inquiéter, il y a toujours des animaux la nuit, mais si on n’a rien à manger sur nous, on ne les intéresse pas. Il a aussi dit que nous, nous ne verrons pas d’ours, Dieu Merci sinon c’est mauvais signe, mais eux, les ours, ils nous verront. Ils nous regardent nous amuser sur leurs terres, et ils gardent leur distances. Je ne veux pas savoir si un ours est en train de me regarder pisser, je me fait la malle à toute vitesse, je rabat la trappe et je trottine jusqu’au campement.

Dimanche 4 septembre 

Tant de choses à raconter et tant de flemme de le faire. Le weekend m’a semblé duré 7 jours. Le moment où on a rencontré Lili, Yann et Elena pour la première fois me semble si loin de ce soir où on s’est serré dans les bras en se promettant de se revoir. Trois jours dans la nature, plutôt trois jours à l’état sauvage, sans téléphone, ni réseau, ni même moyen d’appeler les secours, sans savon, ni douche, sans toilette, trois jours à sentir la fumée à force de vivre auprès du feu de camp, à se brosser les dents avec l’eau du lac et dormir à 5 dans une tente, à pagayer tous les jours pour aller chercher du bois, construire un barrage pour faire monter l’eau pour faire passer nos canots, marcher dans le lit des rivières, de l’eau jusqu’au genou, dans le vent et le soleil brûlant.

Trois jours à couper à la hache des troncs d’arbres morts, et vivre pieds nus, les ongles sales, et le soir, le froid qui s’installe et nous, agglutinés devant le foyer, la cuisse contre celle de quelqu’un qui nous était inconnu il y a quelques heures, attendant le poisson grillé, ou le maïs, ou le T-Bone, et là Anaïs a dit, « Mmh, des steaks » et Jésus l’a engueulé en disant « No ! It’s T-Bone ». Malheureuse ! Pour le coup, Jésus est vraiment un sauvage, il vit ici, au campement, toute la saison. Il passe son temps à attendre de voir Baz arriver avec les nouveaux. À notre départ, il donne à Baz une liste de ce dont on a besoin et son téléphone. Il a écrit dessus un brouillon à envoyer par message à sa sœur « pour quand on aura du réseau ».

La team au complet. J’ai oublié la moitié des noms, je suis mortifiée.

Baz rentre chez lui, retrouver sa femme ce soir et retourne le voir demain matin et pour passer trois jours, encore, sur le campement. En attendant, Jésus reste seul, avec les ours et les caribous. En parlant d’ours, hier soir, on a entendu un coup de feu alors qu’on rejoignait le campement avec Lili et Yann, en plein dans la nuit noire. On est resté figés, un peu flippés. Le lendemain Baz nous explique que ça venait probablement de l’autre rive, un pistolet anti-ours selon lui. Un truc inoffensif qui fait des éclairs de lumière et un bruit affreux pour effrayer les bêtes. C’est donc qu’il y avait un ours dans les environs, oui oui. On en n’a pas vu, ni de caribou, non plus de castor, pas vraiment la saison selon Jésus. En revanche, sur le trajet du retour en canoé, Anaïs et moi avons vu ce qui semblait être un aigle juché en haut d’un arbre, à quelques mètres de nous. Baz l’a pris en photo, il va montrer ça à un de ses potes qui s’y connaît en piaf et il nous redit ce que c’est.

Atelier de réparation de canoé percé

Et puis, on est arrivé au camp de départ, on a hissé les canoés sur la remorque et on s’est tous quitté, le cœur un peu meurtri et le visage brûlé. D’abord les Indiens sont partis. Eux, c’était vraiment la bonne surprise du weekend. Réservés au départ, pas très sociables, eux qui ne savaient pas nager et n’étaient jamais montés dans un canoë. Lents, effrayés, certes, mais au fur et à mesure, volontaires, et drôles, et attendrissants!

Avec les derniers du groupe, on a pris la route vers Toronto. Lili qui va beaucoup mieux, toute choupie. Yann, un grand gentil et taquin qui n’a pas arrêté de me traiter de vieille, ce petit con. Elena, et sa pêche d’enfer, avec qui j’ai déjà prévu d’aller randonner en Suisse. Et puis il y avait Sid. Ah, Sid. Sid qui ne pagaie pas mais qui caresse l’eau. Qui dit cependant être capable de conduire un canoë tout seul. Sid qui n’a pas pensé à apporte de l’eau mais se ramène avec des canettes, ce qui est interdit sur le site (et expliqué lorsque l’on s’inscrit auprès de Baz pour le week-end). À qui on a dit de prendre des chaussures d’eau car les crocs ne conviennent pas et qui vient en crocs. Qui pique ma bouteille d’eau. Qui va se baigner alors qu’il n’a pas pris sa serviette et prend celle de Yann. Qui nous regarde décharger des pierres du canoë en buvant sa canette et en disant : « si vous avez besoin d’aide, vous me dites hein », qui dort allongé sur un duvet alors qu’il en manque un dans la deuxième tente, qui est le seul à ne pas ranger son matelas le jour du départ en pensant que quelque va bien le faire à sa place, qui n’a pas fait la vaisselle une seule fois, qui n’a pas aidé à installer le sauna (oui on a fait un sauna artisanal), qui n’a pas aidé à réparer les canots percés ( un des moments forts de ce week-end : la confection d’une rustine pour canoé avec de la sève d’arbre, un bout de la sandale de Baz et une bouteille en plastique fondue)… Sid. Notre boulet quoi. Avec Lili et Yann, on a dû jouer au chifoumi pour savoir qui allait se le taper au retour sur son canoë. Les pauvres ont perdu, mais c’est le jeu. Sid, pourtant j’ai essayé d’être tolérante avec lui. J’ai essayé de lui trouver des excuses. Mais quand tu arrives sur un camp en pleine nature si isolé que pour atteindre le centre, il faudrait pagayer 9 jours à raison de 8h par jour, avec des lacs si grands que lorsque tu es au milieu, tu ne vois plus les berges, quand il arrive là, ce mec, à peine posé le pied par terre, il se tourne vers Baz, l’air un peu dégoûté en lui demandant : « il y a pas de réseau ici ? ».

Sid, mon frangin, mon poteau. Et les deux perdants du chifoumi, fous de joie.

Lundi 5 septembre

Ça y est, je suis toute seule. Ce matin, on s’est quitté avec Anaïs, et je mentirai en disant que je n’étais pas un peu émue. Surtout de réaliser que depuis 17 ans qu’on se connaît, dont plus de 7 ans sans se voir, rien n’a changé. Je ne vous ai pas assez parlé d’Anaïs, j’en ai conscience. Elle est pas très grande, elle est brune, elle est toute fine et quand on était ado, ma mère trouvait qu’elle ressemblait à Kate dans la série Lost. Anaïs a tellement de tatouage qu’on pourrait la confondre avec une Yakuza. Elle a un sourire à damner un dentiste et une tchatche d’enfer, un peu « flirty », c’est elle qui le dit. Et puis c’est une gentille, elle est généreuse, et puis elle est vachement belle. Elle m’a dit qu’elle s’était donné un objectif : elle veut devenir plus intelligente. Cultiver son esprit. Peut-être que, quand je prendrais le temps, je lui enverrais des trucs à lire : « Mémoires d’une jeune fille rangée » ou « King Kong Théorie » ? Il y a des livres comme ça, qui sont nécessaires. Shaun, son mec, c’est un petit soleil. Et puis, je suis sûre, c’est un gars bien (j’ai un peu le pif pour ça. Sauf quand c’est pour moi. C’est dommage mais c’est comme ça). Shaun a bouffé nos Pop-Tarts quand on était en week-end à Algonquin mais il en a racheté et en plus de ça, il a aussi pris des chips, du chocolat pour la Movie Night qu’on s’est fait hier soir avec Anaïs dans leur « basement ». Je sais pas pourquoi on aménage pas nos sous-sols en France, ça sent un peu le renfermé mais c’est vraiment trop bien. Toutes les deux, on s’est calées sur le canapé qui sent la pisse de leur chat qui est mort, on a mangé les chips et le chocolat en regardant Jumanji 2 avec The Rock et c’était parfait.

Ce matin, j’ai sauté dans le train pour Belleville. Presque tout est fermé. Ici c’est férié, c’est la fête du travail. Je trouve tout de même où manger et je me balade en ville, vais boire une bière sur la marina, y laisse un énorme pourboire sans savoir pourquoi. Je trouve un « convenience store» pour acheter à graille pour ce soir et une brosse à dents car la mienne fait peine à voir, je l’ai pété en deux hier soir. Il faut dire qu’après 3 jours de kayak, je suis vlà tankée. Demain il faut que je me démerde pour aller à Wellington. Il y a pas de transport en commun de Belleville à Wellington semble t-il. Et le stop est interdit. Mais chaque chose en son temps. Déjà, mangeons, dormons et demain nous verrons.

Mardi 6 septembre

Je devais trouver un moyen d’aller à Wellington aujourd’hui pour récupérer un vélo et me balader dans le comté du Prince Édouard mais la vie en a décidé autrement. Après une nuit pleine de rêves étranges et pénibles, je me suis réveillé vaseuse, puis nauséeuse puis j’ai passé une partie de la matinée aux chiottes. Je me sens vraiment pas ouf, j’ai des frissons et mal au crâne, j’ai dû bouffer un truc qui ne m’a pas plu. Je bois un peu d’eau, y a rien d’autre qui passe et de toute façon, j’ai rien d’autre à manger. Je sors dans la rue. Je marche, à jeun jusqu’à un Tim Horton, le McDo local, et l’air frais me fait du bien. Je décide de manger un peu. Le café noir passe sans problème mais après deux bouchées de croissant au fromage (oui, je sais, ils font n’importe quoi avec nos affaires là-bas), j’ai de nouveau la gerbe et je cours défoncer les chiottes. Très bof tout ça. Je suis épuisée, j’ai mal partout. Je dois me faire une raison. Je suis malade.

Depuis le Tim Horton où il y a la Wifi, j’envoie un mail à la location de vélo pour les prévenir que je ne viendrai pas et tant pis pour mes 50 dollars de location. Je finis mon café, range le croissant dans mon sac et sort. Une fois de plus, quand je suis dehors ça va mieux. Je m’obstine et marche vers le pont qui relie Belleville au comté du Pince Edouard en me disant que je vais peut-être pouvoir me balader dans les environs. Une fois de l’autre côté, je persiste mais je fais rapidement demi-tour. Fatiguée, mal au crâne, j’ai les jambes qui tremblent. Il est 12h30, j’ai tout de même un peu faim. J’arrive dans le centre-ville de Belleville qui est tout chouchou et je commande une salade et un Ice Tea maison. Les voilà, actuellement devant moi et on se demande tous si ça va passer. La prog du jour a donc changé. Si la salade passe, je vais à Canadian Tire, le Décathlon du coin, choper une bouteille de gaz et des tendeurs. Sinon, retour à la maison pour faire un gros dodo puis un tour à Canadian Tire après, j’ai pas le choix. Il faut aussi que je trouve à manger pour les prochains jours. Peut-être un ciné ce soir?

Mercredi 7 septembre

Je crois que j’ai eu de la fièvre hier. En revenant des courses j’étais éclatée. Je me suis couchée et j’avais froid malgré les deux couvertures et bien qu’il fasse 20 degrés dans la pièce. J’ai tremblé un moment et puis j’ai eu mal aux reins. J’ai bu de la flotte, pris un doliprane et c’est passé. Je suis bien contente d’être en Airbnb ces deux jours. Pour le Prince Édouard County, on reviendra car je quittais Belleville pour Kingston ce matin. Le train avait pas loin d’une heure de retard, mais arrivée à Kingston, j’ai facilement trouvé la navette qui m’a emmené en centre-ville et de là, la location de vélo n’étant plus très loin, à midi et demi, j’avais le vélo. C’est une partie du voyage que j’avais assez hâte de faire et si je pouvais revenir en arrière, je le ferai bien différemment. Déjà parce que Kingston, comme Gananoque, que j’ai traversé plus tard, sont deux villes assez mignonnes qui vaudrait la peine qu’on s’y arrête une journée. Et surtout parce que je pense que je n’ai jamais fait quelque chose d’aussi difficile dans aucun autre voyage, sauf peut-être, en 2009, la traversée du Connemara sous la pluie avec un sac de 14 kg sur le dos mais j’avais dix ans de moins alors c’est difficilement comparable. En premier lieu, on se rappelle que j’étais malade la veille et que j’ai pas mangé grand-chose. Ce matin, pas de nausées mais pas d’appétit. J’avale juste un café et une barre de céréales à 11h dans le train. Et je suis fatiguée. En second lieu, les courses pour 3 jours pèsent, à vue de nez, près de 10 kg et mon sac à dos, à peu près la même chose. Je me retrouve donc avec 15 à 20 kg répartis entre mon sac à dos et le panier du porte-bagage. Déjà, ça pue la galère mais j’essaie de ne pas trop y penser. C’est sans compter le vélo qu’on va m’attribuer : un vieux coucou qui date du siècle dernier. Bravo Élise pour les économies de bout de chandelle. La prochaine fois, je prendrai la gamme au-dessus. Ou un électrique, c’est bien un électrique. Parce que j’ai plus 20 ans moi. Et surtout, j’ai totalement sous-évalué la distance ! Sur Google Maps, on m’annonce 3h30 de vélo depuis Kingston au campement Ivy Lea, l’arrivée. Ok Piece of Cake. La prog, c’était que j’arrive à Kingston à 10h30, que je récupère le vélo, je roule de 11h à 14h et à 15h max je suis arrivée et j’ai même le temps de faire des pauses. Je vous annonce tout de suite : je me suis complètement surestimé, mais COMPLETEMENT.

La mule

Dès les premiers coups de pédale sur mon épave, j’en chie. Je m’arrête, règle la selle, c’est mieux. À la première côte, je dois m’arrêter pour pousser le vélo car il est bien trop lourd. Je réalise à cet instant que je n’ai ni pompe, ni rustine, ni la moindre aptitude à réparer une roue donc je commence à angoisser de crever un pneu. Et encore une côte et je descends de vélo. Un papy me double en danseuse en me souhaitant bon courage. J’ai toujours pas quitté la ville. Enfin, les dernières maisons. Déjà mal au cul et aux bras. Et là, catastrophe ! Un panneau de circulation annonce Gananoque à 28 km ! 28 km. Et Ivy Lea est après Gananoque ! Je suis désespérée, j’ai fait à peine 2 km et j’ai envie d’arrêter ! Je vais jamais y arriver ! Je m’autorise à paniquer 3 secondes et puis, une fois le délai écoulé, je réfléchis. Je vais mettre bien plus de 3h30, très bien. Il est 13h. Admettons que je mette le double, ce qui est tout de même peu probable, il sera 20h quand j’arriverai à Ivy Lea, ce qui n’est pas non plus si tard que ça. Et si jamais ça ne va pas, je m’arrête à Gananoque pour la nuit. C’est ce que j’aurais dû faire, d’ailleurs, ça aurait été plus tranquille mais j’ai déjà payé mes deux nuits à Ivy Lea, comme quoi des fois, il vaut mieux pas tout prévoir.

Je me remets en selle. Au bout d’une heure et quelques, je découvre que le vélo à des vitesses (oui, je sais, ça paraît évident sur le coup), ce qui change pas mal de choses. Je m’arrête pour surélever la selle une fois de plus et j’ai moins mal au bras. Donc oui, l’heure passée aurait pu être plus agréable et c’est de ma faute parce que j’ai pas fait attention avant ; mais faut pas trop m’en demander non plus, n’oublions pas qu’hier j’étais malade ! La route continue ainsi, je galère moins, descends moins souvent du vélo et plus pour soulager mes fesses que parce que je n’arrive pas à grimper les côtes. À 14h30, je fais une pause devant un musée fermé. Enfin, j’ai faim ! Ça faisait longtemps ! J’y vais mollo, je me connais. Si je mange trop vite, je vais de nouveau avoir envie de dégueuler: un bout de concombre, un peu de bœuf séché, une nectarine, une poignée de graines et c’est tout. Avant de repartir, je regarde MapsMe. Je suis à la moitié entre Kingston et Gananoque! Ouf ! Encore 2h maxi et j’y suis. Ça me donne de la motivation. J’ai un bon coup de pédale. Ça change tout de manger. Une demi-heure après, on m’annonce Gananoque à 5 km, je jubile, c’est la distance Courcité-La Monclergerie (chez mes parents) ! Je sais que je peux le faire easy. J’arrive au magasin Canadian Tire à 15h30, soit 3h après être parti de Kingston, pas si mal ! Je fais un arrêt pour rendre la cartouche de butane achetée hier et qui ne va pas sur mon réchaud Campingaz et si j’avais lu n’importe quel forum avant de partir, je l’aurais su. D’ailleurs, hier quand j’ai été acheté la bouteille, j’ai croisé un pépé en déambulateur qui m’a dit un truc en mangeant tous les mots, je lui ai dit que je comprenais pas parce que j’étais française (et parce qu’il parlait n’importe comment mais ça je me suis abstenue) et son visage s’est illuminé. Il m’a raconté que sa première femme (tombeur!) était française et qu’elle s’appelait Huguette. Après cela, il m’a béni. Soit, bien aimable de sa part. Mais revenons à aujourd’hui. Passé Gananoque, j’ai bifurqué pour prendre le Waterfront Trail qui est la piste cyclable qui longe la route des 1000 Iles. Rapidement, un panneau m’indique le pont pour rejoindre les Etats-Unis à 14 km. Mon campement est à côté. Peuh, de la rigolade quoi ! Alors oui de la rigolade peut-être les 7 à 10 premiers kilomètres parce qu’après, j’ai commencé à avoir mal à la chneck et au pli des fesses, là où ça frottait.

Le pont des Etats-Unis

Pas le moment de se choper un échauffement bordel. Je descends du vélo, tire sur mon short pour qu’il recouvre un peu plus la peau mais même si c’est un short de sport, ça remonte et il faut recommencer. Je comprends mieux les cyclistes avec leurs moule-burnes dégueulasses. Je dis pas que je vais faire pareil. Mais je comprends. Le Waterfront Trail est une route intéressante pour observer la faune locale. J’ai vu une grosse poule ou je-ne-sais-quoi, un aigle en train de manger une carcasse de raton-laveur, un autre raton-laveur mort et aussi un blaireau tout aussi décédé. Je suis enfin arrivée à Ivy Lea, une petite heure et demie après mon départ de Gananoque. Il n’y avait personne à l’accueil alors j’ai planté ma tente comme une thug parce que je crevais d’envie de me laver. L’eau de la douche est froide. Je suis pas ravie-ravie mais au moins, je suis propre.

Le pont des États-Unis est un peu bruyant mais à part ça, on se croirait en pleine nature. Il y a une plage et en face, sur le Saint-Laurent, des toutes petites îles avec des maisons accessibles seulement en canots. C’est beau, c’est reposant. Le camping est au trois quart vide. On trouve principalement des vieux avec des camping-cars de compète, jamais vu ça, à côté John Michael (notre camping-car en Australie), c’est un bébé camping-car. Les vieux font tous du feu et s’invitent les uns chez les autres comme s’ils étaient là toute l’année. Il y a un monsieur qui joue de la guitare et parfois, en même temps, de l’harmonica. Il chante tellement bien que je croyais que ça venait de la radio. Moi aussi je vais essayer de faire du feu, tiens.

C’est flou, je sais, j’ai vu merci. C’est un camping-car.

Jeudi 8 septembre

Putain les gars, j’ai réussi à faire du feu, la fierté ! Un vrai feu hein, pas un barbecue, pas un petit tas de braise à la con, là ! Un vrai feu qui tient chaud et qui dure longtemps et que même que c’est moi qui l’a éteint en allant me coucher ! Et j’ai ramassé le bois avant, et tout !

Wow mais la beauté de ce feu quoi…

Et ce matin, pareil, voilà que je le rallume avec une facilité déconcertante et j’ai ainsi pu faire chauffer l’eau pour mon café. Le réchaud à gaz, c’est vraiment pour les gros nullos quoi. Alors, le petit secret, c’est vraiment de souffler dessus comme un porc ! D’où la double utilité du magazine de jeux que j’ai acheté à Orly 2. Il sert pour éventer le foyer et les pages finies (ainsi que celle de sudoku parce que j’aime pas ça) ont servi à démarrer le feu. Petit conseil de castor junior : j’ai enroulé du « petit merdier », c’est-à-dire : des feuilles mortes et des microbranches toutes fines dans les pages de jeux, bien aéré. J’ai dû faire 4 ou 5 boulettes mais je les faisais cramer les unes après les autres en les mettant sous un tipi de branches assez fines, ce qu’on appelle par chez moi de la «triquette », des morceaux de bois bien secs et pas trop épais, qui brûlent bien quoi. Régulièrement, je remets du petit merdier (ça c’est pas un terme de chez moi, c’est moi qui appelle ça comme ça parce que j’ai rien trouvé d’autre) et je souffle et je ventile. Quand la triquette fait bien de la braise, il faut mettre le bois moyen et progressivement du plus gros bois et toujours ventiler à fond à coup de Megastar Jeux. Voilà, de rien, c’est cadeau.

Par contre, j’ai pas hyper bien dormi. Je me suis réveillée, il faisait nuit noire. J’avais la flemme de regarder mon téléphone donc aucune idée de l’heure, ça se trouve j’avais dormi vingt minutes ou six heures, c’est pareil. Mon matelas était dégonflé, j’avais froid et le nez bouché. Il faut dire que je m’étais couché à moitié à poil et le duvet ouvert car j’avais trop chaud. J’ai regonflé le matelas, mis mon drap de soie en plus du duvet, je me suis mouchée (du détail, du détail!) et j’ai essayé de me rendormir mais je sentais mon matelas se dégonfler de nouveau. J’ai râlé et puis j’ai vu que la valve de dégonflage était ouverte. Bon voilà où était le problème. Par la suite, j’ai dormi jusqu’à 8h30, heure à laquelle le camion-aspirateur de caca est passé et m’a réveillé. Parlons d’ailleurs de ça, ce campement est, somme toute, assez luxueux : douche (eau froide ok, mais douches quand même), WC avec PQ, c’est important, eau courante, machine à laver et sèche-linge. Mais, étant donné que le campement est très étendu, des chiottes chimiques de chantier (ou de festoche selon votre âge) ont été installées à des endroits stratégiques pour les urgences nocturnes. Sauf que j’ai voulu tenter moi, hier soir, avant de m’endormir, et quand on pénètre dans ces toilettes, c’est même pas l’antichambre des Enfers, c’est pire que ça ! On se retrouve face à un magma de merde et de produits chimiques à l’odeur si infâme que j’ai immédiatement une petite envie de dégueuler. Et pourtant Dieu sait que je vois des choses pas jolies-jolies tous les jours au travail. À ce prix-là, pisser dans la nature est une merveilleuse expérience.

Le plus petit pont international du monde. Une partie est Canadienne, l’autre est Américaine.

En tout cas, en ce qui concerne ma santé, je vais beaucoup mieux, merci ! J’ai pédalé sans problème les 5 bornes jusqu’à la ville de Rocks Port où, selon le gars du campement que j’ai vu ce matin, je pourrais faire une balade en bateau. J’y suis arrivée à 11h pour voir le bateau partir devant mes yeux. Le prochain départ étant à midi, j’en ai profité pour parler un peu aux gentilles dames du bureau de vente de tickets qui m’ont confirmé qu’il n’y avait pas de navette jusqu’à Kingston, puis avec une dame de Montréal qui venait ici toute seule parce qu’elle adore ce coin, et j’ai acheté des petits cadeaux pour ma nièce et pour ma coloc Faustine qui garde mon chien. Le tour de bateau était parfait, 1h sur un petit ferry à naviguer entre les îles, autour du château de Bold : une histoire romantique d’un mec pété de thunes qui a construit ici un château en forme de cœur pour sa zouz mais elle a cané avant, c’est dommage. C’était vraiment cool et j’ai hésité à y retourner pour la balade de 2h ! Là, je viens de m’enfiler un Mac n’ Cheese, signe que ça va bien mieux et je pense que je vais aller me baigner. Demain, départ aux aurores pour le retour à Kingston, mon train est à 14h…

Habituellement, je ne reprends jamais la plume une fois que je l’ai reposé mais là il y a des circonstances atténuantes… j’étais en train de siroter mon Ice Tea en terrasse face au lac, vaguement connectée à la wi-fi du bar quand ma copine Sandrine m’a envoyé un message pour me prévenir : La reine d’Angleterre est morte. Je ne sais même pas quoi dire de plus.

Vendredi 9 septembre

J’ai été audacieuse hier avec le Mac n’ Cheese. Il m’a fait courir aux chiottes trois fois après ça. Mais ça m’a requinqué. Ce matin, je me suis réveillée un peu après 4h30. Je me retournais dans tous les sens pour savoir s’il valait mieux que je me lève ou que je me rendorme et puis est arrivé 5h du matin et j’ai eu faim. J’ai descendu ma petite bouteille d’eau avec deux barres de céréales, me suis habillée avec les fringues de sport avec lesquels j’avais fait l’aller (bonjour l’odeur, mais autant les flinguer jusqu’au bout), et j’ai fait mon sac, plié mes affaires, puis la tente. En partant, à 6h15, j’ai laissé mon café et mon vieux duvet à l’accueil, un accord convenu la veille avec les personnes du camping. Mon vieux duvet McKinley que j’avais payé une fortune (toutes proportions gardées, j’étais alors étudiante) quand je suis parti en Irlande avec Anaïs, Sandrine et Lucie. Il y a 13 ans donc. Il est toujours utilisable mais a perdu de son efficacité et je prévois d’en acheter un plus performant en rentrant. Les gens du campement le gardent donc en cas de besoin : nouvelle vie canadienne pour mon vieux duvet (ou bien ça se trouve, ils vont le bazarder à la poubelle direct mais je préfère l’autre version).

La fraîcheur est au rendez-vous

J’enfourche ma petite poubelle de vélo et c’est parti ! Ils ont annoncé grand soleil et me voilà noyée dans une brume si épaisse qu’on ne voit pas à 10 mètres ! Pourtant, il fait déjà jour. Je garde ma frontale pour être vue et mon coupe-vent, que j’aime d’amour, à bandes réfléchissantes. Et puis, jusqu’à Gananoque, il y a une piste cyclable donc je ne risque pas grand chose. Gananoque que je rejoins en un tout petit peu moins d’une heure ! Et sans pause, juste un court arrêt pour prendre des photos. Je suis en canne (en canne : en jambes, quoi. Ça veut dire que j’ai des jambes en béton armé, que je suis trop balèze, tout simplement). Et en meilleur état. Et plus légère aussi. Et j’ai un Mac n’ Cheese qui coule dans mes veines. Je m’arrête à Gananoque dans le but de prendre un vrai petit déj mais tout est encore fermé donc pas de café, juste mes restes de bagel-beurre de cacahuète-banane. Je continue sous la brume, c’est fou mais c’est terriblement aidant car je ne vois pas les côtes. J’avance et je passe les vitesses au ressenti de mes jambes. Je me rabats au bruit d’un moteur. Je sens une odeur d’écurie et deux minutes après, deux grands chevaux me regardent passer devant eux. On se fie peu à ses yeux dans ces instants. On a d’autres sens, autant que ça serve. Une chouette ou un hibou vole devant moi, des lapins dans tous les sens et puis, de nouveau un raton laveur mort. Au loin s’esquisse une montée, j’avance, et surprise son sommet sort tout à coup de la brume ! D’un coup, je galère, mets pied à terre et finit à côté du vélo. En haut, un vieux motel désaffecté donne envie d’être visité. Je me rappelle être passée devant à l’aller. Je me demande ce qu’il reste dedans. Je me tâte… et puis non, j’ai pas le temps d’aller visiter. Je remonte sur le vélo et c’est la descente ! Et là, dans le virage un panneau familier : le musée où je me suis arrêté à l’aller ! Je suis à la moitié ! Je sors mon téléphone, ça fait à peine une heure que j’ai quitté Gananoque ! J’explose de joie ! Toute seule, à nouveau dans la brume, je fais une danse de la joie, je rugis : « Je suis à la moitié !» pour personne, et je me marre.

Je continue au même rythme, remettrai une seule fois le pied à terre sur une grosse côte puis : le terrain militaire, le pont, je suis à Kingston ! J’arrive à la location de vélo, encore fermée, qui m’indique n’ouvrir qu’à midi le vendredi. Très bien. Bon, en attendant, je tape une petite sieste sur un banc mais je pue la mort, ça me dérange. À côté, il y a un parc. Direction les toilettes publiques pour se laver dans le lavabo et mettre des vêtements secs, les autres étant trempées par la brume. Ça me rappelle l’Irlande, décidément. Je rattrape une dame pour lui rendre son téléphone qu’elle avait oublié dans les WC. J’ai encore le temps alors je vais chez Tim Horton prendre enfin un café. Quand je passe à la caisse et m’apprête à payer, la personne qui était devant moi, une toute jeune femme, fait passer sa carte bancaire à ma place. Je la regarde sans comprendre et lui tant des pièces de monnaie. « C’est ok, je voulais payer la commande de la personne derrière moi », tout simplement. Je la remercie mille fois. Retour de karma, ou alors c’est parce que j’ai vraiment l’air d’une clocharde. Bref, je retourne à la location et rends le vélo. Puis, j’ attends le bus numéro 18 pour la gare. Sans rire, je l’ai attendu 1h et comme je n’ai pas de réseau, j’ai découvert qu’il y a rien de pire que d’attendre sans savoir à quelle heure le bus passe, à quelle fréquence ou juste si j’attends pour rien. Je m’en foutais presque de louper mon train. Mais je ne voulais pas marcher jusqu’à la gare, excentrée de Kingston, à 5 km du centre-ville ! Enfin, il a fini par passer, je suis arrivée à la gare bien à l’heure. Me voilà donc à Montréal, dans une auberge de jeunesse dans le quartier latin, dans un dortoir de 10 meufs. Mon linge qui blaire est à laver. Quand, moi-même, je me suis lavée, l’eau était marron. Moi, je suis un peu plus loin dans la rue, à boire un spritz devant un concert.

Full confort

Samedi 10 septembre

Je n’ai pas très bien dormi. La faute à ma voisine de chambre qui ronfle. Une de mes voisines de chambre en fait, nous sommes un dortoir de 10 filles. Mais celle qui ronfle, je sais qui c’est, c’est la meuf dans la niche à côté de moi. Ça se voit à sa gueule qu’elle ronfle, cette vieille meuf molle. Elle, si elle était un aliment, elle serait un flan. Je la déteste parce qu’elle m’a réveillé à 5h30 avec son gros pif bruyant et j’ai galéré à me rendormir jusqu’à 7h30 et là, je me suis levé la gueule dans le cul. Oui, j’ai des boules Quies oui. Oui oui, j’ai eu la flemme de les mettre. N’empêche que quand je me suis revenue vers 8h30 après le petit déj, elle dormait toujours la cochonne. C’est donc dès l’ouverture que je me suis rendue au Musée des Beaux-Arts. Il est gigantesque et comprend 3 bâtiments reliés par un souterrain, un peu comme toute la ville d’ailleurs, ces génies. J’ai ignoré les croûtes moyenâgeuses et de la Renaissance pour ce que je préfère : le moderne et c’est avec plaisir que j’ai découvert des toiles de Picasso, de Basquiat et de Soulages et j’adore me la raconter en terme de peinture comme si je pipais quoi que ce soit à l’art.

Je ressors avec les jambes lourdes et l’envie d’acheter des bouquins alors je vais à Indigo (le Decitre locale), et je tente d’acheter la Servante écarlate de Margaret Atwood mais introuvable en Version Originale. Ou alors c’est que je cherche pas le bon titre. Je me rabats sur Romain Gary que je veux lire depuis un bail. Et je file à Pointe-à-Callière. Il y a une expo sur les Vikings dont on voit les pubs partout dans le métro et ça me tente bien. En terme de découverte du Canada, on est complètement hors-sujet mais on s’en tape. On est samedi, il y a un monde fou, mais c’est très cool et plein de geek. L’expo s’enchaîne sur un musée tout ce qu’il y a de plus classique sur les origines de Montréal (Ah ! Pas si hors-sujet au final). Je suis toujours mi-figue mi-raisin sur les trucs comme ça. Autant j’adore visiter des ruines, autant je déteste mater des vitrines d’objets genre : un étrier, un bol, une pièce de monnaie, waouh je m’en bats la race. Sauf les fringues et les bijoux, ça j’aime bien ! Mais ici, l’immersion est totale puisqu’on se balade dans les véritables ruines de la première ville: Ville-Marie, sur laquelle a été bâti Montréal ! Au moment de rentrer dans le tout premier égout collecteur un vieux bonhomme derrière moi s’exclame avec son accent québécois «Ah bah ça, c’est un truc que j’ai toujours rêvé de faire : rentrer dans un égout collecteur ! ». Ça fait râler sa femme et moi j’éclate de rire. J’achète des cartes postales, je me promène le long des quais et je me pose en terrasse pour écrire. Je suis morte de fatigue et il n’est que 17h30. La serveuse sent terriblement la sueur. Il faut que j’achète un crayon.

Dimanche 11 septembre

Bien que mon auberge de jeunesse (M Montréal) soit situé dans le quartier LGBTQ + de la ville, il semblerait que je me fasse tout de même draguer. Hier, Kody, un titanesque Sud-africain vivant à Boston a pris mon Insta et ce matin, je reçois un message me demandant si j’avais mieux dormi (cf la ronfleuse) et oui ! Car elle est partie ! Kody et moi, on s’est rencontrés sur le palier du 5e étage qui dessert les deux terrasses de l’auberge et où, sur chacune, se trouve un jacuzzi. J’étais plantée là, épuisée, hésitant comme un lapin dans la lueur des phares, s’il fallait que j’aille à droite ou à gauche. Kody est passé devant moi et a tourné à droite en me demandant si je voulais aller sur la terrasse, j’ai dit oui et il m’a répondu « bah viens » et je l’ai suivi.

Aujourd’hui, c’est dimanche, c’est le jour du Seigneur et j’ai arpenté le quartier du Mont Royal avec ses friperies et ses bouquineries avec en ligne de mire le Mont Royal, l’énorme colline verdoyante. Et puis là, un hélico passe dans le ciel et à mesure que je me rapproche, je distingue une foule agglutinée sur des grilles qui empêchent d’accéder au parc et partout, des voitures de keuf. C’est la course de cycliste de Montréal. Une dame demande à un homme à côté d’elle si il connaît le numéro de Peter Sagan. Ah oui quand même. Tout à coup, une, deux, trois motos et hop, l’échappée qui déboule sous les « Hourras » de la foule qui s’enjaille ! Un petit tour au bas de la rue et hop, les cyclistes montent de l’autre côté. Pétard ! La vitesse ! Et il faut voir la gueule de la côte ! C’est raide ! Quatre minutes plus tard, c’est au tour du peloton de passer. Je gueule autant que les autres. Enfin, la route est libérée et je grimpe vers le sommet du Mont-Royal. Alors, c’est vraiment très très grand et puis très haut aussi. On est tous en nage là. Je commence à en avoir ras-le-cul de faire autant d’efforts physiques pas prévu ! Je me pose pour manger et bouquiner au lac des Castors qui n’est rien de plus qu’un étang où les gens font du canot, c’est romantique et ça me fait penser à l’épisode des Chroniques des Bridgerton où Anthony, ce putain de beau gosse, tombe dans l’eau en sortant du canot et je réalise que c’est peut-être une référence à Colin Firth qui sort de l’eau en mode Miss T-shirt mouillé dans « Orgueil et Préjugés ». Colin Firth qui fête son 62e anniversaire aujourd’hui ou hier, selon Facebook, ce qui fait qu’il a l’âge de mon daron et du coup, ça nique de façon immédiate le fantasme ! Je trotte jusqu’au belvédère, trouve la vue pas si ouf et descend au musée Mc Cord. Alors là, permettez-moi de démolir un mythe ! Le guide du Routard ne lui a mis qu’un petit bonhomme (légende : passable) et a dit, à propos de la ville, je cite : « Montréal ne possède pas de musée d’envergure, à l’exception notable du superbe musée des Beaux-Arts et de [Pointe-à-Callière] » (édition 2020-2021). Et ben, excusez-moi, mais je suis complètement pas d’accord ! Le musée Mc Cord est c’est certes au moins 5 fois plus petit que celui des Beaux-Arts (en même temps, faut voir la taille du machin, vous êtes pas prêts) mais il est aussi moins cher et surtout son expo permanente sur la vie des Premières Nations est incroyablement émouvante. Dites-vous bien que j’ai failli chialer ! Leur rapport à la nature et à l’humain est exemplaire et la façon dont le colonialisme les a traités est tout simplement ignoble. Ce n’est pas si vieux, le dernier pensionnat (avec pour objectif bien chrétien de ramener ces pauvres sauvages à la vie civilisée) a fermé en 1996. J’avais 7 ans. Le musée se complète de deux expos temporaires, une de vieilles photos dont j’avais à peu près rien à foutre et une de portraits Queers très cool.

C’est si instagramable que ça en devient pénible.

En sortant, comme il était encore tôt, et que les deux prochains jours, il fait moche, je suis allé au parc Jean-Drapeau, (on est d’accord, nom de merde, pauv’gars) au milieu de l’île Sainte-Hélène. On peut venir en bagnole par le pont mais le métro y emmène aussi. J’ai fait le tour et c’était assez vide, un contraste impressionnant avec la foule dans le métro. Il faut dire qu’ils se sont tous dirigés vers le festival des « Pique-niques électroniques » au milieu de l’île. Kody y est. J’ai hésité à y aller mais quand j’ai vu que c’était payant + la foule, je me suis dit, même sans savoir le prix, que ce serait de toute façon trop cher payé pour m’emmerder devant de la musique que j’apprécie pas plus que ça, avec une pression tiède dans la main. Au bout de l’île, c’est un parc d’attraction d’aspect carton-pâte. Je reste sur une impression un peu étrange à propos de ce lieu. En comparaison le parc du Mont-Royal était vraiment mieux. Le plus chouette : le comptoir où tu loues les canots l’été et les skis et les patins à glace l’hiver, montre que ce lieu ne cesse jamais de vivre. Partout, des petits casiers de bois pour ranger ses grosses pompes de neige. J’ai presque l’impression d’avoir la vieille odeur de chaussettes de ski qui me titillerait les narines. Deuxième Poutine de la semaine : aigreurs d’estomac.

1 : Le Lauréat 2022 de la drague la plus gênante.

  • Salut, tu es belle, je t’inviterai bien à boire un verre.
  • Ah c’est gentil mais je suis pas intéressé.
  • Tu es française ?
  • Ouais.
  • Tu as un cheum ?
  • Quoi ?
  • Un cheum ? Un petit copain.
  • Non.
  • Bah voilà, c’est le destin qui t’a mis sur ma route. Viens.
  • Non, pas intéressée, pas dans le mood.
  • Arrête, tu es française ! Les Françaises vous êtes toujours chaudes. C’est votre réputation.
  • Ça veut pas dire que c’est vrai.
  • Ça tombe pas du ciel.
  • Ça fait toujours plaisir qu’ un étranger vous traite de chaudasse en tout cas.
  • Allez, une petite expérience amérindienne ! On va faire l’amour dans les bois.
  • Non merci.
  • Bon ben je vais chercher de la Hollandaise alors.
  • C’est ça va chercher la Hollandaise…

2 : Le Tocard

Il y a un tocard de français dans le salon de l’auberge de jeunesse qui cause avec un Québécois et il lui dit des trucs de tocard genre : moi j’ai fait 30 pays gnagnagna, moi quand je voyage, je fuis les Français. Avec sa tête de con là ! Et un ton condescendant de connard en plus ! Genre sévère, genre tu-me-la-fais-pas-à-moi. Et le Québécois, qui a l’air con comme un manche, lui tient le crachoir depuis 45 minutes ! Il le saoule et ça se voit. Dès que le Québécois lui dit : « ça c’est cool à faire ici », le français lui répond « ouais, mais moi je suis pas très aquarium, pas très panorama, pas très bus…», je prends un petit plaisir sadique à écouter leur conversation. Tout à l’heure, le français racontait qu’il avait visité une mosquée avec une meuf pendant un de ses 30 voyages je-ne-sais-pas-où et que il avait été demandé à la meuf de se couvrir les bras et les jambes et pas lui et après ils pouvaient pas visiter la mosquée ensemble parce que, les hommes et les femmes sont séparés. Bah oui, tocard si tu t’intéressais un peu à la culture des pays dans lesquels tu vas, tu saurais que ça se passe comme ça dans les mosquées et que si ça te plaît pas, bah tu as qu’à pas y aller. Tocard.

Lundi 12 septembre

Les deux textes précédents ont été écrit hier soir, bien plus tard. Le premier est la retranscription fidèle de la conversation surréaliste que j’ai eu avec un mec étrange alors que je me baladais dans The Village entre deux boîtes de strip-tease gay. Ce que cet homme n’a pas semblé comprendre, et ce n’est pas, hélas, le seul, c’est qu’il y a deux cas de figure : soit on a envie de ken, soit on n’en a pas envie. Et dans ce dernier cas, comme ça m’est arrivé une fois en sortant de Décathlon, alors que je comptais mentalement le nombre de chaussettes que je devais prendre pour partir 15 jours en Guadeloupe, et qu’un mec m’a abordé pour me proposer un rencard, ça ne sert à rien d’insister. Le contexte n’est pas propice. La préparation mentale pour partir en rencard est inexistante. Dans le deuxième cas, celui où on a envie de ken, c’est un peu plus subtil. Si on a envie de ken et que la personne en face nous plaît : allez, très bien, let’s go ! Mais si l’autre nous excite autant qu’un catalogue de produits surgelés, il y a pas grand-chose à faire. C’est pas la peine d’insister là non plus. Demander si j’ai un copain ne changera rien à l’attirance. Ce n’est pas moi le problème, mais bien ton hideux visage. En ce qui concerne le texte numéro deux à propos du voyageur-tocard, la scène s’est déroulée dans la cuisine de l’auberge de jeunesse pendant que je m’envoyais ma deuxième Poutine de la semaine mais celle qu’ils servent au comptoir des jardins Gamelin, juste à côté de l’auberge, est tellement bonne que c’est pas impossible que j’y retourne avant de partir. En plus l’ambiance est cool, on se croirait à la fête du village.

Le BotaBota, spa sur l’eau

Mais venons-en à la journée d’aujourd’hui. J’avais décidé de me payer un petit kif en m’offrant un massage. Cadeau plutôt mérité au vu de l’intensité sportive de ces vacances. J’avais prévu de faire une grasse matinée et d’y aller à l’heure du rendez-vous : 11h40, sachant que c’était à une demi-heure de marche de l’auberge. Je fus cependant tirée du sommeil par une de mes colocataires qui faisait sa valise de façon incroyablement lente. J’allume mon téléphone : 7h25. Paie ta grasse mat. Et forcément, j’ai envie de pisser et j’ai faim. Je me lève et vaque à mes petites affaires, bouquine dans un hamac sur la terrasse et puis je vais poster mes lettres. Bon, je garde pas le suspense plus longtemps, je suis arrivé en retard au rendez-vous… Je m’attendais à me prendre une chasse mais même pas, ils ont été hyper bienveillants. Cela dit, c’est pour ma gueule, c’est moi qui paie. J’étais là, presque à poil enroulée dans mon peignoir épais à me balader dans le Bota-Bota, la péniche qui héberge le spa. Je claque déjà toutes mes thunes dans ce voyage (c’est cher le Canada, les gars), mais si c’était à refaire, j’en claquerais encore plus pour me faire une journée entière pour faire du bassin à remous et tout le tintouin. Le massage était incroyable et lorsque je suis sortie de la cabine avec vue sur le Saint-Laurent, je parlais tout bas, tout doucement et je marchais tout lentement, signe que j’étais bien bien détendu. J’ai rien foutu de la matinée, et ben je crevais quand même la dalle ! Je suis allé m’envoyer une grosse salade dans un troquet tout pété et en sortant, je suis passé devant le marché Bonsecours avec de grands panneaux «Exhibition World Presse Photo». Ça m’a intrigué, alors je suis rentrée dans le bâtiment. C’était assez ouf puisque c’était l’expo des photos de journalistes les plus marquantes de l’année. Vous voyez la photo de la gamine qui court à poil après avoir pris une des bombes au napalm sur la gueule ? Ou le mec qui se tient devant les chars de la place Tiananmen ? Bah c’est ce prix-là. Et le prix de cette année fait terriblement écho à la visite que j’ai fait hier, avec des photos de robes d’enfants sur des croix, symbolisant les enfants des Premières Nations enlevés à leurs parents pour être foutu dans les pensionnats et surtout au 250 tombes non identifiées de ces enfants trouvées l’année dernière. Et puis pour me réconforter de la folie humaine, j’ai été manger une glace place Jacques Cartier où un mec jouait à la guitare « Down to the river » devant une mamie qui dansait, remplacée ensuite par un groupe de mecs dont un sapé comme Slash des Guns N’ Roses qui jouaient de la musique des Andes et d’un coup, tu sais pas d’où ça sort, hop « Aïcha » de Khaled.

Et le petit pépé qui danse comme un ouf, c’est gratos, ça fait plaisir

Moi, je bois un cappuccino à la Trattoria d’à côté, servi par un fort bel homme. À côté de moi, les gens commandent des plats, c’est n’importe quoi, il est 16h45. Il semblerait qu’on puisse manger à toute heure dans cette ville. Il est 17h, le bel homme resserre mon verre d’eau sans que je demande quoi que ce soit, c’est plaisant. Un sosie de Renaud jouant de la contrebasse à remplacé Slash et ses potes. Et moi je pars voir un spectacle à la Basilique.

Mardi 13 septembre

Décidément, les choses les plus surprenantes arrivent le soir. Je suis allée, comme prévu, au spectacle AURA dans la basilique Notre-Dame de Montréal et franchement c’était un peu cher. J’ai payé 34 balles pour 45 minutes de show. Alors par contre, c’était sublime. Déjà, tu arrives dans la basilique plongée dans le noir donc tu tentes de te trouver une place sans t’étaler par terre. Et boum le show commence ! Son et lumière de fifou, comme à la grosse fête des lumières de Lyon. C’est si captivant qu’on oublie où on est. Tour à tour, je me suis cru à Disneyland, dans un bateau en pleine tempête, dans un vaisseau spatial. Seul bémol : mon voisin de devant. Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi agité ! Et vas-y qu’il se penche à gauche et à droite, passe le bras autour des épaules de sa douce, puis l’enlève, puis se penche, puis fouille dans son sac à dos et puis se bouche les oreilles quand le son est fort (et rien de scandaleux, je vous assure). Je précise que c’est une grande personne. Pénible donc. En contrepartie, petit coup de cœur pour le couple derrière moi. Quand je suis arrivé, le monsieur, la soixantaine, était tout seul. Quelques minutes après sa blonde arrive et lui dit (en anglais) : « Salut beau gosse ! ». Il se tourne vers elle, surpris, puis il rigole : « Il n’y a vraiment plus que toi pour me dire ça ! ». Ils se sont fait un petit bisou et c’était trop chou.

La basilique, une fois qu’on a rallumé la lumière

En sortant, j’ai faim. J’ai l’impression de passer mon temps à bouffer pourtant. Je vais au Franklin, pas loin, où ils certifient sur leur vitrine faire le meilleur Philly’s Steak Cheese de la ville. Aucune idée de ce que c’est mais je prends ça ! Avec une pinte, s’il vous plaît. À la table en face, un jeune homme, seul, se tourne vers moi et me demande en anglais avec un sacré accent British si j’ai un stylo ; je lui prête mon crayon et quand il me le rend, lui demande s’il est écossais ou anglais ? Presque, il me dit. Il vient des pays de Galles. Il est arrivé il y a 2h et si jamais j’ai des idées de choses à faire, il est preneur. Cinq minutes après, je suis à sa table avec ma bière, mon sandwich mystère (un bun plein de viande effilochée et de fromage qui transpire le gras) et mes cartes dans tous les sens. Il s’appelle Harry, il est opticien et tout à coup ils se rend compte qu’il a oublié son portefeuille chez lui donc il part en courant. Vingt minutes plus tard je me demande si je me suis pas fait entuber et que je vais devoir payer son Ice-Tea, sa poutine et boire sa bière mais non, il revient, tout suant ! Il a couru. Trop chou. Il me dit qu’il s’en tape que la Reine soit morte. Je lui dis que j’ai claqué tout mon fric dans ce voyage. Notre voisin de table s’immisce dans la conversation pour confirmer qu’il faut bel et bien un permis pour pratiquer la pêche ici. Là-dessus, on finit nos bières et on se quitte bons amis. Je suis de retour à l’hôtel quand arrive le Plot Twist des vacances, où le retournement de situation comme disent, je suppose, les gens d’ici. Vous vous rappelez du Québécois qui tenait le crachoir au tocard de français ? Et ben on s’est croisé hier dans les couloirs de l’auberge, on a longuement parlé (il semblerait qu’il tienne facilement le crachoir) et bien figurez-vous que, malgré son accent très (trop?) prononcé, il n’est pas du tout québécois ! Le mec vient de Saint-Étienne, sans blague ! Sa famille vit entre Sainté et Lyon, et lui il est là depuis 3 ou 4 ans. Il est extrêmement étrange. Et je pense aussi qu’il était complètement défoncé! Bref, je lui ai dit qu’au moment où j’ai quitté l’île de la Réunion, en 2019, j’avais hésité à venir travailler ici, à Montréal et au final j’étais partie vivre en Corse, puis à Lyon. Mais que cette idée me trottait toujours quelque part dans la tête. Lui, il me dit qu’ils ont terriblement besoin ici. Que les Français se rassemblent entre expats et vont tous vivre dans le quartier du Mont-Royal mais que c’est la crise du logement. Alors que le pays est trop peu peuplé. Et à Québec (la ville), ils sont racistes. Et ici à Berry-Uqam (la station de métro juste à côté de l’auberge), il y a que des junkies. Et puis après, il me dit que tous les travaux dans la ville, c’est la mafia et les restos, eux, sont sous la protection des Hells Angels. Bon, il faut peut-être faire le tri dans tout ça. Mais la conversation fut intéressante. J’ai ensuite été me couchée et ce matin, tenté derechef de faire une grasse mat et j’étais réveillé à 7h, super. Et cette fois-ci, je ne peux accuser personne. Il n’y avait pas un bruit dans le dortoir qui s’est bien vidé après le weekend. Il pleut aujourd’hui. Je suis perdue, je ne sais pas quoi faire. Et, du coup ( ou « fact » en québécois selon le faux québécois), j’ai pas le moral et j’ai froid. Je ne veux plus rester dans mon lit, je veux être dehors mais il pleut trop et je veux pas mettre mon k-way. Je suis grognon. Je sors quand même, je finie trempée, donc, j’achète un gros pull tout doux et ça va mieux. J’ai des petites difficultés avec le mauvais temps en règle générale, oui. Là, j’écris depuis un McDo miteux ou la radio est coincé entre deux stations. Je suis là juste pour avoir la Wi-fi et répondre à mes mails. J’en ai ras le cul du mauvais café. J’ai un petit mal du pays je crois. Ou alors c’est parce que je sais que je rentre demain ? Je vais aller voir s’il y a des trucs au ciné.

La pluie qui aurait dû laver la rue fait ressortir les odeurs de pisse. Une meuf m’a demandé de la thune parce qu’elle avait faim je lui ai donné toute ma monnaie. Elle avait si honte de me demander des sous que j’entendais à peine sa voix. Elle s’est excusée et j’ai dit que je comprenais, que c’était pas facile. Au final, avec ce que je lui ai filé, je sais même pas si elle peut s’acheter un paquet de chips. Il me restait presque rien. Le faux québécois disait vrai, il y a des clochards partout.Il faut le dire car ce n’est que justice que de les intégrer au portrait que je suis en train de dresser de Montréal. Pareil pour le manque de main d’oeuvre. Je suis allé par hasard dans un resto et la cuisine était fermée par manque de personnel. Ils ont quand même consenti à me faire une crêpe. La déco est stylée et les gars sympas. 

Mercredi 14 septembre

En rentrant hier soir du ciné, où j’ai vu le dernier Thor, je me suis posée dans le salon de l’auberge pour finir de lire mon roman. Il ne me restait que plus 3 pages quand où le faux québécois s’est assis à côté de moi en me disant qu’il avait passé une sale journée. «Pourquoi donc ? », je demande. Il me montre alors un énorme trou dans son affreux mocassin rouge. «Ah merde », je me marre, «il est temps de se racheter des pompes !». Il me demande si je veux pas lui donner les Adidas que j’ai aux pieds. Sur le fond, je serai plutôt d’accord, j’ai une autre paire de baskets chez moi. Mais techniquement, j’en ai encore besoin. On discute comme ça, peut-être une heure, côte à côte. Il me dit qu’il est un peu amoureux d’une écossaise de l’auberge et je lui dis de foncer mais il part demain, il a trouvé un appart. Il porte un jogging de l’ASSE, l’équipe de foot de Saint-Etienne, avec ses mocassins pourris. Je lui dis que j’aurais dû lui donner mes derniers dollars à lui plutôt que les filer aux clochards. Il rigole et m’engueule un peu : « je veux pas de ta pitié ! ». On parle bouquins, il m’explique que la BanQ, la plus grande bibliothèque de la province, est dans la rue d’à côté. Je lui dis de m’envoyer un message quand il repasse sur Lyon. Il me dit que je pourrais presque être sa meilleure amie. C’est chelou mais un peu mignon. Il en est presque attachant ce petit bidule bizarre. Suivant ses conseils, j’ai fait un tour à la bibliothèque et sur la route, j’ai rencontré Martin, un mec qui tient la porte du métro et qui fait la manche. On parle un peu et il a de la chance, j’ai retrouvé 3 dollars dans ma poche! Il me remercie et on se quitte. Dans la navette qui m’amène à l’aéroport, je suis coincée entre un type massif et un gringalet qui s’endort sur moi. À l’arrivée là-bas, j’écume les Relay à la recherche du roman que j’ai commencé à lire en anglais à la bibliothèque mais il est introuvable. Je me rabats sur un autre truc canadien sur les Premières Nations. On verra. Mon avion à 1h20 de retard, je commence à m’impatienter, j’ai un rencard auquel je tiens beaucoup en arrivant.

En langue Algonquin, Pocahontas signifie « petite espiègle » ou « petite dévergondée », la différence est sensible. Mais moi, je rêve d’être Pocahontas, et encore plus aujourd’hui. Moi j’aime la nature, vivre pieds nus, avoir les ongles sales et potentiellement, ne pas se laver tous les jours. Vivre comme une bête sauvage, quoi. Et puis, au bout d’une semaine et demie, je commencerais à réclamer une salle de bain digne de ce nom, c’est évident, mais j’aime me farder de mes idéaux. Mais j’ai appris tant de choses au cours de ce séjour principalement aquatique ! Déjà, que des tendeurs, ça se dit « bungees », et oui, on l’apprend pas à l’école celui-là mais va explique au magasin que tu veux un tendeur quand tu sais pas le mot en anglais, c’est le truc le plus dur à décrire du monde (« euh, something stretch, to fix things on my bicycle ? »). J’ai également appris lors de l’expo sur les vikings que le signe du Bluetooth est issu de deux runes vikings qui signifient « Dent Bleue », jusque là c’est logique, en référence à Harald à la dent bleue, un roi du Danemark. Cette anecdote, connue de nombreux geeks, est complètement hors-sujet. Et que Queer signifiait à l’origine, donc au 17ème siècle (j’écris pas avec les bâtons romains là, ça saoule), une personne excentrique ou étrange.

Je retournerais au Canada, c’est une certitude. Pour y travailler, peut-être. J’ai passé un entretien et je suis recrutée dans la ville de Rouyn-Noranda, dans la région de l’Abitibi-Temiscamingue, à l’Ouest du Québec. J’ai mis deux semaines à retenir les noms et je sais toujours pas les écrire correctement sans regarder sur Google. Et puis j’ai plus d’argent donc j’ai dit : « Dans trois ans, peut-être ». En tout cas, j’y retournerais, c’est sûr. Car Anaïs et Shaun se marient ! En 2024, en Septembre probablement. On va se retrouver là-bas, et puis cette fois, il y aura Sandrine et Lucie et peut-être même Florence et comme quoi, je vous le disais, les copines, c’est pour la vie !

Padmé ou l’appel du ventre

Je suis allée à Côme pour deux raisons. La première est que mon plan initial de vacances: deux semaines de randonnés itinérantes avec mon chien, est tombé à l’eau suite à une crise d’épilepsie que ce dernier a fait pendant une rando préparatoire. Donc, pas chaud de réitérer. La deuxième raison est que, depuis que j’ai vu Star Wars épisode II, je veux visiter la planète Naboo. Il existe une troisième raison que tout le monde a expérimenté: Le Covid qui nous a tous empêché de partir où on voulait quand on voulait. Faisant partir de ces chères premières lignes, payées à coups de lance-pierre et d’applaudissement, esclaves de nos idéaux et de notre titularisation au sein de l’hôpital public, à chaque menace de nouvelle vague, mes projets de vacances volaient en éclat. J’ai choisi la facilité et la proximité: l’Italie et son fameux Lago di Como.

Vendredi 17 septembre 2021 – Samedi 25 Septembre 2021

Vendredi 17 Septembre 2021

Hier soir, je suis allée boire des coups avec Jean-Mich. Pas mal de coups. C’est donc avec une belle gueule de bois et trois heures de retard sur le planning que je quitte Lyon. Après trois heures de route et un vomi de mon clébard Jackson sur la banquette arrière, j’arrive au plateau des Glières en Haute-Savoie. Autant, sur la route, je me suis tapée une brume à en faire froid dans le dos, autant ici, il fait beau. Un charmant jeune homme me donne un plan et me conseille de bivouaquer près des chalets de l’Auge. Je pars, chargée comme une mule avec mon gros sac à dos, ma tente, mon sac de couchage, le matelas, des fringues chaudes, de la bouffe pour deux jours, trois litres d’eau et le chien en laisse.

La première côte se passe bien, impec! Je marche vingt minutes et comme il est déjà 14h, m’arrête rapidement pour casser la croûte car j’aime manger. J’ouvre un petit pot de Hoummous et sors du pain de seigle bio, car je suis ce genre de meuf, oui. Mais voilà, je cale. Donc je laisse. Je bois un coup et m’enfile une pompote pomme-banane sans sucre ajouté, et oui. Jackson, lui, boude le hoummous. Je reprends la route à travers la forêt et rapidement, le verdict tombe, j’ai la gerbe. Faute à cette foutue gueule de bois qui ne veut pas me lâcher et la migraine qui l’accompagne. Je continue lentement, très lentement. En plus, ça grimpa pas mal. J’arrive sur une espèce de plateau et je dois m’allonger un peu parce que ça va pas, voilà. Bon, à un moment, je repars quand même. Et ça continue à monter. C’est à ce moment là que le chemin décide de disparaître. J’hésite entre deux directions. Je choisis la facilité. Je sors mon téléphone. Bah ça capte pas. J’ouvre MapsMe en me disant que j’ai surement dû télécharger la carte de la Haute-Savoie. MapsMe s’ouvre sur ce message « Voulez-vous télécharger la carte de la Haute-Savoie? ». Bah oui, mais bon, là, sans réseau, on va pas y arriver. Je décide de continuer sur le chemin de droite qui est en fait une rivière; et délaisser celui de gauche parce que j’aime pas sa gueule. Et je retombe sur le balisage! Je vérifie avec la carte qu’on m’a donné, ça me semble correspondre. Et ça grimpe encore. Bon Dieu. On arrive sur une crête. La vue est ouf malgré une bonne couverture de nuages. Le Mont Blanc se voile et se dévoile. C’est beau. Je croise un mec. Un vieux. Il a l’air d’aller chercher son pain tellement il est chill. C’est plat, ça va mieux. Par contre, il commence à y avoir v’là les vaches. Et Jackson, je ne sais pour quelle raison, peut-être à cause des cloches, devient tout fou et fait des ronds en sautant tout autour de moi avec sa laisse. Ce qui est vraiment pas une super bonne idée avec un sac de 15 kilos sur le dos. Donc je l’engueule, raccourcit la laisse et on traverse l’alpage. Il y a vraiment beaucoup de vaches. Et elles sont grosses en plus. Elles nous regardent. Je leur dit bonjour poliment. J’ai l’impression d’être dans un tiéquar où je suis pas la bienvenue. Comme une keuf dans les quartiers Nord. Ah, y a des chevaux aussi, tiens. Et un âne. Je crois. Ou un petit cheval. Avec des oreilles chelous. Ou un cheval-âne. Et des bébés chevaux trop choux! On quitte les vaches sans accro et on arrive aux chalets mais, à part quelques poules sur lesquelles Jackson tente de se jeter, pas âme qui vive. Les volets sont fermés. Il y a bien une maison ouverte avec une voiture devant, et je me demande encore comment elle est parvenue jusqu’ici, mais personne de visible et j’avoue, j’ai pas osé toquer à la porte. D’autant plus que c’était écrit « camping interdit » près des chalets… Alors oui, je me dégonfle un peu, je traverse le hameau et je continue ma route. Quelques centaines de mètres plus tard, un petit coin d’herbe m’appelle. Pas de vache à proximité, ce sera mon spot pour la nuit. Je pose mon sac, met mon legging et mon T-shirt à manches longues, m’allonge dans l’herbe. Et puis, je me relève parce qu’il y a des fourmis et m’allonge un peu plus bas. Et je m’endors.

« Les chevaux qui caracolent »

Quand je me réveille, mon mal de crâne s’est un peu atténué et j’ai froid. Théoriquement, il faut que j’attende 19h pour monter la tente mais personne ne passe dans les environs depuis un bon moment alors je crois que je vais faire une petite entorse au règlement.

J’ai peur d’avoir froid cette nuit. Au pire j’ai la couverture de survie. Ce soir, si j’ai pas oublié mon réchaud (parce que je me rappelle pas l’avoir pris) c’est lentilles! Et demain, ils annoncent un temps pourri.

Samedi 18 septembre

Je n’ai pas mangé de lentilles hier, mais une vieille boîte de sardines, non pas parce que j’avais oublié mon réchaud, oh que non, j’y avais bien pensé, mais parce que je n’avais pas pris de briquet. Voilà. Bouffonne. Je vous fais grâce des autres injures que j’ai pu déverser sur mon propre compte. Peu de temps avant, j’ai plongé l’index de ma main gauche dans une bouse de vache, Dieu sait pour quelles raisons. Tout ça pour dire que je passais une fin de journée parfaite quand le soleil s’est couché et que les montagnes sont devenues toutes roses et c’était très joli.

Je me suis endormie devant ça sans m’attendre à ce que cette couverture nuageuse cache quelque chose d’incroyable.

Je me suis réveillé à 6h30 ce matin, une nuit très correcte pour un bivouac, un peu froid mais pas trop. J’ai ouvert la tente et là faut faire gaffe pour pas que toute la rosée dégouline à l’intérieur, et bim, le Mont Blanc, face to face, tout nu. Ce genre de vue au réveil, c’est indescriptible, ça vaut tous les doigts dans la bouse du monde. Je suis repartie vers 8h30, je sais pas ce que j’ai branlé, oui j’ai mis ma vie à replier la tente mais tout de même, et, avec Jackson, nous nous sommes gaiement élancés sur le chemin du retour. On repasse les chalets, l’alpage, où on entendait toute la soirée les « cataclop » des chevaux et le tintement des cloches de vache, et qui est désert ce matin. On repasse la forêt trempée et je me pète la gueule. Et puis après j’ai l’impression de m’être perdue alors que pas du tout. J’arrive au parking à 10h, c’est noir de monde, sans déconner. Mais oui. On est samedi. C’est le moment que choisit l’ouverture centralisée de ma voiture pour se mettre en panne. Parfait. Déjà que prendre le tunnel du Mont-Blanc, ça me fait une angoisse, me voilà sous les meilleurs hospices pour faire la route. 

Le tunnel m’angoisse oui. À chaque fois, je repense à l’accident. Je viens de retrouver, c’était en 1999, bah voilà j’avais 10 piges et peur de tout. J’arrive aux abords du tunnel. Ça bouchonne sec. Je mets la radio. Radio-Tunnel. Le gars dit qu’il y en a pour un quart d’heure. 45 minutes plus tard, j’arrive au péage. Un Italien me demande si c’est un aller simple ou un aller-retour. Un aller simple. 46 balles. Pardon ? 46 balles pour franchir ce tunnel de la mort ? 46 balles pour faire 12 km. Bon Dieu, les voilà tes 46 balles ! Je grogne un peu et puis j’oublie. Le gars me donne une plaquette à lire avec les règles à respecter mais le feu passe au vert direct et j’ai pas le temps de lire la plaquette. Je tente de regarder ce qui est écrit en même temps que je roule et puis je me rends compte que c’est complètement con. Douze kilomètres les yeux rivés sur le compteur et sur les distances de sécurité, avec à l’arrière un chien qui a mangé une bouse de vache pour le petit déj, et bah c’est long. Quand j’en sors je réalise que la migraine est revenue. Je roule jusqu’aux alentours d’Aoste et m’arrête pour manger et prendre l’air. Il est déjà 13h. Je reprends la voiture et monte dans les hauteurs pour rejoindre le chalet que j’ai loué pour une nuit. Je trouve facilement mais la boîte à code pour récupérer la clé ne s’ouvre pas. Commence à monter un vent de panique car je suis dans un bled désert, à 30 minutes de la première ville qui possède le wi-fi, pas de réseau et tout autour, des baraques en ruines. Et puis je suis crade, je suis fatigué et ma tête va éclater. Et puis je me souviens bêtement que je ne suis pas connecté au réseau italien mais que je peux le faire une petite manip et tout sera réglé. Diablerie de Covid, à cause de toi, je ne sais plus voyager. Bref, j’ai réussi à contacter Roberta, mon hôte, qui arrive en 10 minutes. Elle est belle, gaulée comme c’est pas permis, elle arrive même en footing pour la frime et en plus, elle parle un français parfait ! Je peux enfin m’installer et je prends une douche. La fameuse douche post-bivouac, celle qui te fait prendre pleine mesures du précieux d’avoir l’eau courante. J’en profite pour faire sécher la tente, balader Jackson. À 16h j’irai bien me coucher ! Je vais plutôt aller bouquiner, avec les incroyables montagnes de la Vallée d’Aoste en toile de fond.

Dimanche 19 septembre

Oh mais que je suis contente d’avoir cédé à la flemme et à la peur ! Le plan de base c’était qu’hier j’aurai dû randonner dans un parc national et bivouaquer à plus de 2500 mètres. Seulement 2 jours avant, j’ai vu qu’ils annonçaient de l’orage. Moi qui déteste ça, j’ai aussitôt réservé le petit chalet où j’étais hier. Se retrouver à 2500 mètres d’altitude dans une tente par 5 degrés avec un énorme orage et un chien mort de peur qui fait une crise d’épilepsie, le plan me tentait moyennement. Pourtant, vu le temps en arrivant au chalet, j’ai cru regretter. Les montagnes étaient superbes, il faisait grand soleil. Et bien tant pis. Au moins, je peux prendre une douche. Je me suis couché vers 22h; À 22h30, je sens Jackson qui tente de me réveiller à coup de truffe dans le pied. Je grogne mais bon, quand il fait ça, et c’est rare, je sais qu’il y a urgence, il a besoin de sortir . J’ouvre les yeux, et un énorme éclair zèbre le ciel. Waow. Il n’a pas du tout envie de sortir Jackson. Il est pété de trouille à cause de l’orage. Et hop, il saute dans le lit et s’assoie sur mon dos. « Ah non Jackson attends ». Je lui ouvre la couette et il vient se pelotonner contre moi, la tête sur mon bras. Trop mignon. Au bout de quelques minutes, je l’entends ronfloter. Je m’endors peu de temps après. Le lendemain matin quand je me réveille, Jackson est retourné sur son tapis (c’est-à-dire le canapé) et il pleut à verse. Je suis tellement contente de ne pas être en bivouac.

Austère Aoste

À 10h, je prends la route. Je boude l’autoroute pour une espèce de national limitée à 60 qui me fait traverser les petits villages. C’est hyper vieillot, défraîchi, en ruine, mais aussi très mignon. La pluie s’est arrêtée, il fait beau, j’ai trouvé une radio qui balance du Lynyrd Skynyrd. Au bout d’une bonne heure, encaissée entre deux montagnes se découpe une silhouette massive : c’est le Fort de Bard. Et oui, ni plus ni moins que le siège d’Hydra dans « Avengers: l’Ère d’Ultron ». La petite ville médiévale est très mignonne aussi. Je ne visite pas le fort, déjà à cause de Jackson et aussi parce qu’il est midi et que je dois être à Côme à 14h et j’ai 1h45 de route. Oui bon, je vais être en retard, c’est sûr. D’autant plus que je reste coincé un quart d’heure à un passage à niveau en tant que piéton), comme si j’avais que ça à faire. Mais du coup, j’en profite pour me rendre compte que je ne pipe pas un mot d’italien ! On se dit « ah ah c’est facile tu mets des o et des a partout ». Ouais bah en réalité j’ai juste l’impression que les gens essaient de me dire un truc, et en fait ils ne me parlent pas, ils parlent à quelqu’un d’autre en me regardant et du coup je dis « bonjour buongiorno » ils comprennent pas pourquoi et j’ai l’air d’une conne.

Je m’attendais pas du tout à trouver ce Fort sur ma route, je vous laisse deviner mon excitation en tombant dessus par hasard!

Je dépasse Milan et me prends le déluge de l’année. Je suis à deux doigts de faire un tête à queue alors que j’ai réduit à fond la vitesse et préviens mon hôte que je serai en retard. Derrière moi, un grand ciel bleu. Devant, rien que l’obscurité, rayée de temps à autre d’un éclair. Pourquoi, bordel? Été de merde. Voilà c’est tout. Je suis arrivé à Côme, je trouve facilement la rue et Andréa me rejoint, il pleut à seaux. Ça y est j’ai les clés, top. Je fais quoi maintenant? Au final, je bouine, je prends un petit goûter, je lis et à 17h, un peu de ciel bleu commence à faire son apparition. « Allez, Jackson on va se balader ». C’était pas la grosse chaleur, il y avait même un vent de fou au bord du lac et Jackson aboyait comme un débile sur tous les chiens qu’on croisait mais il ne faut retenir qu’une chose: Côme c’est tout joli ! Espérons qu’il fasse meilleur demain, j’irai me balader un peu plus loin et je rêve d’une escalope de dinde à la crème avec des pâtes noyées dedans. Je commence à en avoir bien ras le cul du pain de seigle bio de mes couilles et des sardines à l’huile.

Lundi 20 septembre

Je sais ce que je ferai quand je serai riche. J’achèterai une maison à Brunato. C’est un petit village trop mignon qu’on atteint depuis Côme en funiculaire. Les maisons là-bas sentent le compte en Suisse, elles sont gigantesques avec pléthore de terrasses et de balcons, vue sur le lac, parcs interminables, statues, fontaines et tutti quanti.

De là, je suis partie faire une rando que j’ai vu dans un bouquin et elle a dépassé de loin mes attentes. Sentiers étroits et casse-gueule, éboulis, passages où il faut mettre les mains, technique comme j’aime, et surtout : un château en ruine ! Alors, il y avait toute une signalétique interdisant potentiellement l’entrée, mais bon je sais pas lire l’italien, du coup j’y suis allée. Il fallait escalader un peu à cause des arbres qui ont tout envahi mais au final, un peu décevant, juste quelques murs et des débris. Pas de laboratoire de meth ni de fabrique de faux billets. C’est comme ça.

En marchant, je me disais que j’aimerais bien vivre une aventure. J’ai pas plus développé que ça l’idée de base, mon cerveau est ensuite parti à classer mes aventuriers pref. Alors bien sûr, il y avait Sidney Fox, Tintin. On peut aussi citer MacGyver et Lucky Luke, qui en font partie selon moi mais il y en a deux qui se disputent la première place du podium. Bien sûr, il y a l’indétrônable Indiana Jones: le charisme, l’intelligence, le physique (dans le sens sportif du terme bien entendu). Il reste une des figures marquantes de ma jeunesse. Mais ex-aequo, il y a aussi Morgan Adams dans « L’île aux pirates ». J’ignore si le film a bien vieilli. J’en doute mais le personnage est assez badass. Elle est forte, maline, indépendante. Et c’est une femme pirate, une capitaine. J’en arrive à penser que si on veut partir à l’aventure, il faut soit de l’argent, soit de l’audace. Je manque cruellement du premier. Espérons avoir suffisamment d’audace alors.

Cette rando était vraiment une bonne idée. Je suis montée tout en haut d’un phare (143 marches il paraît). Au début j’étais pas chaud, je me suis dit « Flemme de payer de balles, il va y avoir du monde en plus ». Et puis j’ai réfléchi à la vue. 143 marches, ça fait un phare fort haut. Et en fait personne n’y monte, peut-être à cause des 143 marches. Figurez-vous que ça valait le coup. Alors là, je regrette pas du tout mes deux balles. La vue était incroyable

Et autrement, plutôt ce matin j’ai visité la ville. Sans Jackson qui a été infect hier pendant la balade et aboyait sur tous les chiens. J’ai fait les visites obligatoires : le Duomo, San Fedele. C’est bien, mais ça me fait pas non plus vibrer. Par contre je me suis posée à une terrasse en plein soleil pour boire un cappuccino en lisant « Le Bûcher des vanités ». Je me suis figurée l’image de meuf incroyable que ça donnait, et j’étais satisfaite. Et puis le serveur est venu me demander un truc. J’ai pas compris. Alors je lui ai dit que j’ai pas compris. Il a répété deux fois et j’ai répondu « OUI » au pif et il m’a ramené un pauvre croissant fourré à la confiture. Alors il était pas dégueu. Il était pas ouf non plus. Mais surtout j’avais pas du tout faim. Bon je l’ai mangé quand même.

Ce soir Andrea, mon hôte, est venu changer mon pommeau de douche. On a parlé rando. J’ai un petit crush. Et j’ai un énorme bouton d’acné qui pousse en plein milieu de la joue.

Mardi 21 septembre 2021

Presque la flemme d’écrire ce soir à tel point je suis rincé. Je suis rentrée tard, j’ai été me chercher deux parts de pizza qui était EXCELLENTES et là j’ai envie de dormir. En même temps, j’ai marché 25 km hier. 18 aujourd’hui. Alors c’est pas étonnant. Ce matin, j’ai pas fait grand-chose. Il y avait un marché près de la Porta Torre et j’ai donc traîné Jackson pour aller mater les fringues moches et les bijoux de mauvaise qualité. Je suis revenue avec de la bouffe, évidemment. Et cet aprem, oh là là! Je suis allé faire la Greenway machin-truc qui emmène de la Villa Carlotta (à Tremezzo) à la Villa del Balbianello (impossible à écrire sans modèle) qui se trouve à Leno.

Tout le long, on en prend plein la vue. L’image d’Épinal du lac de Côme avec les villas extraordinaires, les palmiers, les escaliers qui mènent au bord de l’eau, le mât des bateaux qui s’entrechoquent.

Ça pue le pognon aussi. Faut voir l’hôtel de Tremezzo. 5 étoiles. J’ai bugué devant tellement il est fou. Mais le plus beau, c’est la toute petite promenade au bord de l’eau. C’est Naboo quoi. C’est beau, c’est harmonieux, ce serein. On y resterait bien un petit millier d’années

Mercredi 22 septembre

La grosse Faustine est arrivée avec son sac dégueu et ses pieds qui puent. On est allées se balader dans Côme, faire la petite promenade qui va vers la villa Olmo et on s’est extasiées devant les maisons, les quais, les bateaux, les statues, les jardins et même les pigeons.

On a débattu de la bêtise du monde en fumant des cigarettes. On est parti sans Jackson parce que ça y est, je peux plus blairer. On a fait une rando ce matin et je sais pas, il était relou, toujours dans les pâtes, ou à choisir le mauvais chemin. Et puis moi j’étais ronchon parce qu’en fait, j’avais plus envie de la faire cette rando. Du coup comme un vieux couple, on prend un peu de temps, chacun de notre côté.

Malgré sa grande beauté, il n’est pas tous les jours facile de vivre avec cet animal

Jeudi 23 septembre

Hier soir, avec Faustine, nous sommes allés manger dans un resto sur la piazza del Duomo. Donc : cadre romantique, linguine aux fruits de mer, pizza quattro fromagi, prosecco, lumière tamisée, serveur sympa, c’était parfait et excellent. En partant, Faustine a éteint la lumière de notre table en disant « buena noche ». Sauf que c’est « buena notte » en italien donc bof comme sortie.

Et ce matin, la journée a plutôt débuté dans le chaos. Déjà parce que Faustine s’est réveillé avec une envie de chier et, je la comprends ça fout un peu le seum de commencer la journée comme ça. On s’était décidées depuis plusieurs jours à profiter de cette journée où on annonçait un grand soleil pour partir en bateau à Bellagio. Au lever, je tire les rideaux. Il fait gris. Tout couvert. Ni-ckel. Bon, on a quand même envie de faire les belles et de mettre des robes. On sort dans la rue, on se gèle les miches, on trace jusqu’au quai. Il est 9h50. Un bateau quitte le ponton. On demande à la dame de la caisse quand part le prochain bateau pour Bellagio. Elle nous répond maintenant. Je lui dis « ah bah il est parti ». Le prochain est à 12h15. Ah. Parfait. On ne sait plus quoi faire mais on décide de ne pas réagir sous le coup de l’émotion car deux solutions s’offrent à nous : attendre 2h30 le prochain bateau ou y aller en voiture. Le temps que la décision mûrisse dans nos têtes, allons boire un cappuccino. Ce bar ou ce bar? Celui-ci, le serveur est plus beau. Faustine prend un cappuccino, moi un latte macchiato et on apprend que la seule différence entre les deux est dans le dosage de lait. Une fois le café avalé, la décision est prise : on va acheter des cartes postales, faire les boutiques et prendre le bateau de 12h15. À 12h15, nous voilà donc sur le quai numéro 2, je bouscule les gens devant pour être dans la file qui se fera composter le ticket par un archi beau gosse, l’homme de ma vie, je n’ai pas peur des mots, que nous appellerons ici Alessandro, parce qu’il n’y avait pas son prénom sur son badge.

La visite de Bellagio est une des plus belles choses que j’ai fait ici, en grande partie grâce à la Villa Melzi dont les jardins sont sublimes.

En plus en sortant de table ce midi que ne fut pas notre surprise de voir le ciel se dégager complètement. On est rentrées à Côme à 19h le cœur léger et le ventre lourd de gnocchi et de glace. On va aller se boire des coups ce soir, une petite salade et demain, ciao Como !

Vendredi 24 septembre

Nous voilà à Ivrée, une ville du Piémont au nord de Turin par laquelle j’étais déjà passée en quittant le Val d’Aoste. On s’est décidées hier soir en se fracassant la gueule au Spritz et au Papa Doble en terrasse. On est un peu fatiguées alors il nous a fallu que deux tournées avant d’être un peu pétées, de laisser des mots doux sur une serviette en papier au serveur et aller faire du toboggan dans le parc voisin. D’autant plus qu’ils nous ont oublié une tournée sur la facture alors la petite chauffe à 15 balles, on en redemande.

Ivrée est un village médiéval à l’histoire un peu particulière. On parle là d’une famille royale qui fait une distribution de flageolets, grand seigneur, ou une tradition de bataille à coup d’orange. Malgré son côté pittoresque, la ville est très peu touristique. Fini donc les sous-titres en anglais. Nous voilà sorties de notre zone de confort. Heureusement j’avais auparavant appris à dire le mot « bière » en italien. Mais voilà qu’arrive la grande aventure culinaire des vacances ! Nous sommes donc allées au resto et avons essayé de commander sur une carte en italien. Je vous spoile tout de suite la fin, le serveur nous a amené une carte en anglais pour éviter le carnage parce que voilà ce qu’on avait compris avec celle en version orignale: 1. Vitello Tonnato: ok c’est du thon, et ça doit être un mode de cuisson. Réponse : c’est du veau avec une mayo au thon. 2. Tomino al Verde : bien entendu c’est de la tomme ! Réponse: Ah non, c’est un fromage frais. Ah très bien, mais j’ai une certitude, c’est de la chèvre. Ah non c’est de la vache. 3. Insalata Russa: Là c’est évident, une salade russe. Alors là-dessus on avait pas tout à fait tort, mais ça nous avançait pas plus sur le contenu. Réponse: Et bah figurez-vous que c’est ni plus ni moins que notre bonne vieille piémontaise des familles, qui pour le coup, n’est pas un plat du Piémont, mais bien français et d’origine russe. Alors que la macédoine de légumes ne vient pas de Macédoine, mais bien d’italie. Vous suivez ? 3. Agnolotti: je parie mes deux reins que c’est de l’agneau. Et bah c’est des raviolis. 4. Et tajarin ? Ça ne m’étonnerait pas que ce soit une viande. Réponse: ce sont des sortes de spaghetti. On s’en sort avec un bon 0,5/10 mais on a mangé comme des reines pour pas cher et on est rentré en roulant.

Samedi 25 septembre

Je viens de faire une des plus grandes nuits de mon existence, au bas mot 22h-8h. Merci la literie exceptionnelle et le copieux repas de la veille. On a plié bagages et on est reparties. On a dépassé Turin, et puis le tunnel de Fréjus et j’ai fait flipper Faustine en lui racontant l’histoire de la catastrophe du tunnel du Mont-Blanc et on est arrivé en France. On s’est arrêté une station pour manger, en même temps qu’un bus du club du 3ème âge qui comprenait rien à la formule entrée-plat-dessert.

Grosse ambiance sur l’autoroute

Et puis on a écouté un podcast sur l’affaire Benalla et Faustine s’est endormie alors sans remord, je suis passée un podcast sur Michel Sardou. Et on est arrivées. J’ai 6 kg de linge sale à laver.

J’ai appris tellement de choses cette semaine:

Dire bonjour, merci, au revoir de façon adaptée. L’origine de la piémontaise et de la Macédoine. Que j’aime encore plus les pâtes. Et les glaces aussi. Et surtout, et je ne vous en ai pas parlé avant, j’ai appris à utiliser un bidet. Il y en avait un dans l’appart de Côme et quand Faustine est arrivée, elle m’a dit « c’est quoi leur problème aux Italiens avec les bidets? ». Apparemment il y en avait partout. Dans le fond, on connaissait le vrai visage du bidet : se laver le derche ou la Schneck après être allé aux toilettes, mais concrètement on n’était pas sûr de savoir faire. On a donc regardé un tuto sur l’Internet nommé « how to use a biday » qui montrait pudiquement des silhouettes installées sur un bidet. Première nouvelle: on peut s’asseoir comme sur les chiottes ou à l’envers comme sur un cheval, dépend de la partie qu’on veut laver évidemment. Figurez-vous qu’après 2 jours de réflexion j’ai essayé le bidet et voilà ma conclusion, il faut réintroduire le bidet, c’est un outil de bien-être absolu une fois qu’on l’a dompté (il y a eu quelques ajustements à trouver à la première utilisation). C’est sur ces derniers mots qui, je l’espère, feront avancer la science et évoluer la France, que je retourne à la tâche ardue de laver mon bordel et particulièrement, la couverture ou Jackson a vomi au début de cette aventure.

Arrivederchi!

Ciao les nazes

John-Michael et ses drôles de Tchoins: Terreur sur l’Australie!

Road-trip en Camping-car à travers le Victoria et la Nouvelle Galles du Sud.

6 Novembre 2019 – 29 Novembre 2019

Mercredi 6 Novembre

Le voyage a commencé depuis à peine 12 heures et le premier drame est arrivé : Bergium s’est fait confisquer son briquet Johnny Halliday au contrôle de sécurité à Shanghai. On avait vu que c’était pas autorisé alors on a tenté de le faire passer en le cachant mais ils font un peu de zèle ici. Même au détecteur, on s’est fait tripoter dans tous les sens. Voilà où on en est Bergium et moi : au Dunkin Donut de l’aéroport de Shanghai après un premier vol de 11 heures depuis Paris. Il est 15h30 ici, 8h30 à Paname et ça doit déjà être le soir à Melbourne où on n’arrivera que demain matin.

Ces derniers jours, tout s’est enchaîné très vite. Jeudi soir, je quittais Ajaccio en Ferry, samedi après-midi, je déposais le chien chez Earl et Annette et lundi soir je prenais le train pour Paris où je me suis pris une fessée à Mario Kart par Lucas. Hier matin je retrouvais Bergium pour aller voir l’expo sur Tolkien et le soir même, on décollait tous les deux pour 27 heures de voyage.

Il est 17h15 à Shanghai. J’ai dormi une demie-heure enroulée dans la couverture que j’ai volé dans l’avion. La nuit est en train de tomber. C’est au tour de Bergium de faire la sieste avec ses noix de cajou en livre de chevet. Malgré une toilette de chat, je commence à puer.

Une sieste à Shanghai

Jeudi 7 Novembre

Le jet-lag me dégome l’intelligence. Je n’arrive pas à savoir quand débute cette journée… Quand on a pris l’avion à Shanghai à 19h le 6 Novembre là bas ? Ou pendant l’avion ? Ou à 10h, quand on est arrivés à Melbourne ? En tout cas, avec Bergium, on était assis à côté d’un Australien très cool qui nous a donné sa carte en cas de problème. Enfin, on atterrit, on prend le taxi et on arrive chez Laure où, après un petit café, on s’est jeté sous la douche et dans le lit. Après 30 minutes de sieste, c’est les retrouvailles avec Mallou et Lojo qui arrivent tout juste d’Indonésie. Je me lève, je suis congelée, j’arrive pas à aligner deux mots à part « je retourne me coucher » et je joins le geste à la parole pour une petite sieste de 4 heures. Le reste de la journée se déroule dans une ambiance très cosy entre bières, clopes et morceaux de guitare. Parfait pour cette première journée où on est capable de rien. En plus, il pleut. On se couche. Demain on commence les choses sérieuses.

Mallou et Brendan en plein boeuf muscial

Vendredi 8 Novembre

Fatiguée comme jamais hier, j’ai pas parlé de certains trucs importants. On a donc retrouvé Laure que j’avais pas vu depuis un an et demi au bas mot, et rencontré Brendan son copain et Jimmy, le père de Brendan. Et également, Buckers, un de leur pote qui est venu saoul parce qu’il venait de se faire virer de son boulot de jardinier pour avoir dit « Fuck Off » à son patron et qui venait, par la même occasion, nous apporter un matelas gonflable un peu percé pour nous dépanner. Très sympa mais on n’avait pas de gonfleur, ce qui a nécessité un gros « Team Work » de gonflage à la bouche.

Présentation de la team: Bergium (l’homme fort), Laurène ou Lojo, Laure, moi (Elise, bonjour, enchanté), Mallou.

Ce matin, malgré ma sieste de 4 heures la veille, Mallou nous réveille « les gens, il est 9h30, on a oublié de se réveiller ». Merde, c’est l’heure à laquelle on devait partir pour récupérer le camping-car… Bergium ne comprend pas « j’avais pourtant mis un réveil… Ah oui, mais pour lundi, ok ». Bon, pas de panique, on partira quand on sera prêt. À 10h30, Jimmy et Brendan nous emmène, Mallou, moi et Laure, au loueur de camping-car et là, on découvre LE MONSTRE ! Sept mètres de long sur trois mètres cinquante de haut ! Full confort : douche, chiottes, trois lits, un grand frigo, plaque, micro-four… On est comme des fous ! On a trop hâte de le présenter à Lojo et Bergium, partis en expédition pour acheter une table et des chaises pliantes. Une expédition aux airs de caméra cachée… Ils partent en tram, arrivent au magasin, font leurs emplettes, sortent et se prennent une énorme averse ! Ils rentrent de nouveau dans le magasin déposer le caddie et là, gros coup de tonnerre. « C’est une blague », se disent-ils. Ils ressortent et à présent, c’est l’averse de grêle ! Ils courent jusqu’à l’arrêt de tram qui s’avère ne pas être le bon. Ils doivent alors marcher 200 mètres, chargés comme des mulets pour voir leur tram partir sans eux. Ils atteignent l’abri de l’arrêt de tram quand la pluie s’arrête subitement mais le vent les glace toujours. Enfin, le tram arrive. Plus tard, à ma question : « Est-ce que vous avez déplié les chaises pour vous asseoir dans le tram ? », Lojo répondra « Bah non, on voulait pas se faire remarquer, on avait pas de tickets ».

Bergium et les chaises pliantes: une bien belle aventure.

On se retrouve à la maison, on charge les sacs dans le camping-car, on mange, on attend une éclaircie pour faire la photo, on dit au revoir à Brendan et Jimmy et on prend la route. L’objectif était d’atteindre Gundagai ce soir. Mais avec la grasse matinée de ce matin, les courses et la prise en main du camping-car, on s’est arrêté plus tôt que prévu, ce qui ne nous a pas empêché de voir nos premiers kangourous ! (Laure et Mallou, respectivement co-pilote et pilote, en ont également vu un écrasé sur la route.) On est donc ce soir à Sammuel Bollard Camp, une aire de repos pour camping-car. En parlant de camping-car, on a baptisé le notre John Michael Soso, qui est l’équivalent australien de notre très français Jean-Michel Apeuprès. Car nous sommes tous ici des Jean-Michel Apeuprès de l’anglais. Ça caille bien ce soir. On a sorti les grosses chaussettes et on estime la température extérieur à 8°C.

Laure, Mallou, les fesses de Bergium et Lojo devant Le Monstre

22h48 : Bergium, l’homme élégant, fait tomber du riz par terre et le ramasse en s’exclamant « Bon, j’y vais avec les doigts, comme dans une bonne schnek ».

Samedi 9 Novembre

Aujourd’hui, c’est la fête à Bergium. Il s’est réveillé à 3h du mat en pleine forme, merci le décalage horaire. Vers 6h,il part faire un petit footing dans le froid, ce qui lui permet de voir un grand kangourou avec son bébé. Ensuite, il rentre et il veut faire une douche mais l’eau est glacée. On l’entend dire des choses comme « sa mère, nique ta race ». Après, il va se recoucher. Moi je me lève, fait une toilette de chat et puis je me décide à faire chauffer de l’eau pour le café. Sur la plaque, il y a la poêle d’hier où Mallou a mis de l’eau pour la faire tremper un peu. Sauf que j’ai pas vu donc je vire la poêle un peu brusquement sans faire attention et je renverse toute l’eau grasse sur le sweat blanc de Bergium qui traîne. Je me fais disputer mais bon, je trouve qu’il exagère un peu. Bref, on reprend la route. On a changé nos plans, on va d’abord à Blue Mountains National Park, plus logique vu notre itinéraire. À la moitié de la journée, on est à sec d’eau potable dans le camping-car. Et les chiottes sont pleines et sentent les chiottes de festoche. Ce soir, arrêt impératif dans un camping, donc !

On est arrivés en fin d’aprem à Blue Mountains National Park. Le premier camping est plein, donc on se rabat sur un deuxième non loin. On branche Jean-Michel sur l’électricité et on part voir le coucher de soleil avec vue sur les montagnes. C’est magnifique mais le vent est vénère et on part rapidement l’usage de nos doigts. On s’empiffre de chips au vinaigre pendant que Bergium se faire prendre en photo par Lojo devant un caca de chien et se rend alors compte qu’il a une coupe militaire. On revient enfin au camping et la mission vidage eaux usées / remplissage eau propre commence. Déjà, première difficulté avec Lojo, on galère à mettre le tuyau pour vider l’eau de la douche et du lavabo. On bidouille droite/gauche, enfin on y arrive, on évacue l’eau dans la bassine à serpillière (et oui, pas de bouche d’égout sur ce camping) et ça blaire un peu. Deuxième mission, on doit remplir Jean-Michel d’eau. Déjà, le tuyau qu’on nous a fourni à la location ça va pas ! Ça rentre pas dans le robinet du site. On décide de piquer celui du camping. Je le connecte dans un trou au pif. On allume l’eau mais la jauge remplit pas. Lojo arrive. « C’est normal que tu mets pas l’eau dans l’endroit où c’est écrit « Water » ? », me demande t-elle. Ah merde, c’est pas le bon trou. Bon, on rétablit les choses et la jauge se remplit enfin. 20%, 50%, 70%… Puis toujours 70%, encore 70%. Et j’entends que l’eau ne fait plus le même bruit. On ressort:l’eau dégueule du camping-car ! Je vais coupe l’eau, Mallou veut enlever le tuyau mais tout d’un coup, un geyser surgit du réservoir! On a complètement over-rempli Jean-Michel ! La faute au capteur mal foutu et au terrain pas droit ! On s’y prend à deux. Je tire sur le tuyau, Mallou remet le bouchon, il y a de l’eau partout ! Ben oui, on est en pente… Et quelques instants plus tard, on se tape une belle galère avec la gazinière qui marche pas. Le menu pâtes aux champignons se transforment donc en salade de crudités. On ne trouvera probablement pas la solution ce soir, on a appelé le loueur mais il ne répond pas… Autrement, on a appris que des feux sont en train de ravager des villes au nord de Sidney… Plusieurs morts et des centaines de maisons brûlées, les boules.

22h30: Le gars de la location nous appelle et fait le point avec Laure sur la situation. Et là, le gars demande « la vitre de protection est-elle 100% à la verticale ? ». Ah… non. C’est donc une sécurité ! Bon bah merci monsieur, le problème est réglé, on passe pour des blaireaux mais on est ravi !

La joie de pouvoir allumer le gaz!

Dimanche 10 Novembre

Premier jour de vacances à mes yeux car première fois que nous faisons une vraie activité touristique : les Three Sisters ! On se rend à Echo Point, Katoomba, point de vue sur les mythique rochers des Three Sisters où se pressent les chinois par milliers. On s’enfuit assez vite car c’est tout de même difficilement supportable et on commence une grosse boucle qui s’enfonce dans la forêt, j’oserais même dire, la jungle ! Les points de vue sont magnifiques, la forêt est grandiose et il fait un putain de ciel bleu. Bonjour comment ça m’avait manqué ! On s’envoie ensuite une descente d’un demi-milliard de marches jusqu’à Leura Falls, une chute d’eau qu’on galéra un peu à trouver mais trop belle et personne pour nous casser les couilles. On se pause, on profite du soleil. Je m’endors même un peu.

Leura Falls

On repart, on continue la boucle en s’enfonçant encore plus bas dans la vallée. À un croisement, on décide de faire deux teams : Lojo et Mallou, hyper détèr’, décident de remonter vers Echo Point : mille marches sans déconner et 1h30 de montée sur le papier ; tandis que Bergium, Laure et moi optons pour la marche tranquille d’1h30 jusqu’à une ancienne mine de charbon où on a pris un petit train qui monte à 52° contre la roche, et tu peux même incliner ton siège pour être à 64° ! On est comme des gosses et le train démarre, c’est hyper impressionnant ! On dirait qu’on va tomber dans la vallée. Bergium, qui a le vertige, perd un peu de sa superbe. « J’ai les mains toutes moites » nous dit-il. Mais le Railway ne dure que deux minutes et nous voilà rapidement sur le plancher des vaches.

Capital beauté à son maximum

On sort chercher les filles qui devaient nous rejoindre ici, mais pas de trace de Jean-Michel. Un gars du parking nous demande si il peut nous aider. On lui répond qu’on attend nos amies qui ne vont pas tarder à arriver. Il nous répond que dès qu’il les voit, il leur dira qu’on est là… Cimer gros mais tu sais même pas à quoi ressemble nos potes ! En plus il avait une vieille moustache dégueue et des lunettes de soleil de Kim Kardashian qui tenaient plus du pare-brise que des lunettes. Mais tout se passe comme prévu (une fois n’est pas coutume), on retrouve les filles et on repart avec Jean-Michel après avoir vu un cacatoès de super près. On décide d’aller voir si il y a de la place au camping qu’on a tenté hier et c’est OK, même si la meuf de la réception nous prend pour des teubés. Elle se détend quand on commence à sortir les billets, la pétasse. Il est 16h, on se mange des pâtes et c’est plus que la vie tellement c’est un kif. Apparemment, selon Lojo qui vient d’entrer dans le camping-car, ça blaire. On pue probablement un peu la sueur parce qu’on est pas encore lavés, parce qu’on repart se balader, mais ça ne nous empêche pas de nous vautrer dans les draps.

Accrobranche in the jungle

Cet après-midi, nous avons vécu une des expériences des plus marquantes jusque là de ces vacances en camping-car : le vidage de LA CASSETTE. Pour les non-initiés, la cassette, c’est tout simplement le tank à caca de Jean-Michel. Habituellement, ça se vide en toute simplicité dans une cuve. Cependant, depuis le départ, nous n’avions pas pu la vider et Dieu sait qu’elle était pleine ! Soit nous étions en camping sauvage, soit le camping n’avait pas l’équipement nécessaire, soit, comme aujourd’hui, c’est hors-service… Nous voilà donc Lojo, Mallou et moi en route pour vider la cassette dans les toilettes handicapées du camping après accord de la direction. Première chose, on enlève la cassette du camping-car et là, bonjour comment c’est lourd ! On la porte à deux avec Mallou quand celle-ci me dit « Attends, y a des roues ! ». Génial ! On pose l’engin par terre, je déplie la poignée télescopique et je traîne la cassette comme un petit cartable. Et là, cata ! Mallou et Lojo se mettent à crier, Bergium répond en écho depuis la porte du camping-car « ça fuit ! Stop !!! ». La trappe n’est pas hermétique et du jus de chiottes coule !! Ahlala, on est en plein milieu du camping, à la limite de se pisser dessus de rire. Bergium n’assume pas : « Les voisins putain ! » et s’apprête à s’enfermer dans Jean-Michel de honte ! Il m’a d’ailleurs engueulé parce que, pendant la débandade, par nécessité, j’ai du toucher ma bouche, avec mes doigts qui étaient PROPRES ! « T’es dégueulasse », m’a t-il dit. Bref, Lojo essuie les dégâts avec un kleenex et on porte de nouveau la cassette à deux jusqu’aux toilettes pour la vider, à défaut de pouvoir le faire au Dump Point prévu à cet effet, hors service ce jour là, comme je vous l’ai indiqué plus haut. Et c’est parti en mode Bazooka à merde ! Le canon vers les chiottes, on lève le machin pour tout verser dans les WC pendant que Lojo tire la chasse en continu : « Je veux pas voir de caca ! » crie t-elle les yeux fermés. Mallou et moi, on porte la cassette en beuglant, recroquevillées l’une contre l’autre pour ne pas voir ce qui en sort ! C’est la panique !

« – Elise, ta main gauche, ça coule !!

– Mais c’est laquelle la main gauche, bordel ! »

Et là, on entend : « Houhou ? Hello ? ». On se tait d’un coup, on se regarde, merde c’est qui ? On retient notre respiration en espérant que la personne se casse. « Hello ? » répète l’inconnu. « Euh… Yes ? » je répond timidement. Et je vais entrouvrir la porte pour n’y passer que la tête, c’est le gars de l’accueil qui me demande si on a foutu le bordel. Je lui répond un « Noooooo » qui se veut rassurant mais bien trop exagéré pour être honnête. Il faut dire qu’on a un peu éclaboussé ! Le gars s’en va. Bergium nous racontera plus tard que la totalité du camping nous entendait hurler jusqu’à ce que le gars arrive et reste un bon moment à essayer de nous interpeller avant qu’on l’entende. Il a même tenté un « Bonjour » à la française… Enfin, on rince et on re-rince la cassette avant de la ranger et on va se balader. Et puis, on se pose un peu et je m’endors comme une merde. Je me réveille, il fait nuit et il n’y a plus personne dans le camping-car. Je mets un peu de temps à émerger et je regarde l’heure. Il est 19h30 passées et puis j’entends un bruit dans la capucine. Il y quelqu’un là-bas qui dort. C’est Bergium. Enfin, les filles déboulent et on se bouge pour aller manger en ville. Le gars du camping nous dit qu’il y en a pour 20 minutes pour rejoindre le centre-ville et il s’est bien foutu de notre gueule, il y a en a pour plus de 40 minutes et c’est que de la montée ! Mais on trouve un bar très stylé pour manger et boire un coup. On rentre vers 22h, on est dead. Demain, on part pour Sydney !

Fait marquant : Lojo a fait son premier caca depuis qu’elle est en Australie. On a tous trinqué à ça au bar juste après avoir craché sur un couple qui ne se parlait pas à côté de nous, en mode « quelle tristesse, il vaut mieux se séparer quand c’est comme ça » avant de se rendre compte qu’ils étaient français. Voilà, voilà.

Un peu d’exercice, admirez la figure du croque-monsieur, réalisée ici par Monsieur Bergium et moi-même.

Autre fait important : à la fin de ma grosse douche post-rando, je m’empare de ma serviette un peu négligeamment et hop, la culotte propre et le soutif en plein dans la douche. Résultat : 5 minutes à faire fonctionner le sèche main dans mon froc pour sécher un minimum mon slibard sous le regard réprobateur des usagers des sanitaires.

Lundi 11 Novembre

Le feu continue à faire rage au Nord de Sydney. Ce matin, Laure a eu Brendan au téléphone qui lui a peint un tableau pour le moins catastrophique. La situation va s’aggraver de jour en jour à cause des vents forts et d’un faible taux d’humidité. On regarde sur l’internet si les routes ne sont pas coupées, on ne veut pas risquer de se retrouver coincés dans l’incendie ! Apparemment non, donc on prend la route pour Sydney…

Gestion de conduite à gauche d’un engin automatique de 3.5 mètres sur 7: finger in the nose, babe.

On découvre donc Sydney et la ville est magnifique ! On se balade dans le jardin botanique, on fait des photos devant l’opéra et on se promène dans la vieille ville avant d’aller boire un coup dans un bar Allemand. On soupçonne le serveur d’être français mais il refuse obstinément de parler notre langue, même quand Laure lui dit « Enfin, c’est ridicule ! ». Et quand on sort du bar, vers 19h30, la fumée à commencé à envahir la ville… On rentre au camping. À l’horizon, le ciel rougeoie. Du coup, dans le cas où on ne s’en sorte pas, je laisserait par précaution ce carnet au frigo en espérant qu’il soit épargné par les flammes afin qu’Hollywood puisse faire un biopic sur nous. Au niveau du casting, on a pensé à Ryan Gosling pour faire Bergium, Marion Cottillard pour Lojo, Scarlett Johanson pour moi (les autres voulaient me mettre Meryl Streep vu mon âge avancé mais je les emmerde), Ludivine Sagnier pour Laure et Chloé Grace Moretez pour Mallou, merci de respecter nos volontés. Dans un registre plus léger, Laure a tellement de courbatures de la rando d’hier dans les Blue Mountains que Bergium doit la porter à chaque fois qu’on descend des marches. En voilà une sportives comme on en a rarement vu ! Et ce soir, pour la première fois, nous faisons un barbeuc, on mange du kangourou et c’est plutôt une tuerie !

23H: Il y a un mystère incroyable. Ce matin, Lojo a rentré le livre que Laure est en train de lire dans le camping-car et l’a rangé dans une étagère. Ce soir, nous sommes dans l’incapacité de le retrouver ! On a absolument tout fouillé ! Des toilettes au cockpit, et même dans le micro-ondes, il est nulle part !! En plus, le bouquin est à la marraine de Mallou qui lui a dit « Surtout, tu me le perds pas ! » et comme dit Lojo « Ah bah, c’est le seul truc qu’on a perdu… »

Mardi 12 Novembre

Pas de nouvelles des feux ce matin. On ne sait pas si c’est pire, pareil ou mieux mais on a décidé qu’on resterait à Sydney le temps qu’on avait prévu, c’est à dire jusqu’à demain matin. On se rend donc en ville en métro pour visiter le quartier du Port en fin de matinée et ensuite, on veut aller à la plage et pour ça, on se tape une galère de billets ! On arrive au distributeur de tickets et sur les deux, un seul marche. C’est à notre tour d’y aller mais l’écran se bloque sur la finalisation de la commande du mec avant nous… Le tactile bug. On ne peut pas quitter. On trouve un guichet, on fait la queue 8 heures pour que la meuf nous dise qu’elle recharge seulement les cartes d’abonnement, putain ! On trouve enfin une machine qui marche ! Et on prend le tro-mé jusqu’à Bondi Junction où on doit prendre un bus jusqu’à Bondi Beach. On monte dans le bus mais le gars ne peut pas nous vendre de tickets ! Il faut la carte d’abonnement, bordel c’est compliqué ! On ressort de la file, on se tâte à resquiller mais à cinq, c’est tendu et au retour, ce sera le même problème. Laure pense à prendre un Uber. Elle sort son téléphone mais il ne s’allume plus… On va donc docilement acheter cinq cartes de transports et il faut avouer qu’en fait c’est bien plus pratique. On arrive donc enfin à Bondi Beach. Le quartier est très cool, un peu bobo-écolo et plein de Street art. Il fait un de ces cagnard !! Dur, dur ! Pas loin des 37°C. Mallou marche avec ses savates dans un chewing-gum et elle en a sur le pied, ça la saoule. En plus de ça, on est tous en hypo et on va donc manger à Milky Lane, un resto à burger très très fat qu’on avait repéré sur l’internet. C’est une orgie de gras qu’on savoure comme il se doit.

Après ça, on a du mal à sortir de table. On se retrouve dans la rue, le soleil cogne encore très très fort, il est presque 15h. On rêve alors d’aller se baigner. On se rend à la plage et là, désillusion ! L’eau est aussi froide qu’en Bretagne !! Laure opte pour l’option « robot », elle marche jusqu’à avoir la tête sous l’eau ; Bergium, Mallou et moi on opte pour la solution « bébé », on saute dans les vagues jusqu’à ce qu’on soit tout mouillé ; Lojo opte pour la solution « je me trempe seulement les pieds » parce qu’elle est trop froide et qu’à la première vague, elle a perdu son maillot. On traîne un peu à la plage grâce à un nuage qui cache le soleil et qui rend la température supportable. Il est ensuite temps pour Bergium, Lojo et moi d’aller manger une glace et Bergium choisit le parfum « poire-rhubarbe », le seul où je m’étais dit « faut me menacer de mort pour que j’en mange ». Après, le mec nous dit qu’il est déçu de sa glace ! Mais MEC ! Poire-rhubarbe quoi ! On est ensuite retournés à l’opéra voir des illuminations qui n’ont jamais eu lieu alors on a acheté des souvenirs avant de rentrer à la maison. On est complètement morts de fatigue et comble du désespoir, tout le chocolat a fondu dans le camping-car à cause de cette fournaise !

Bondy Beach

23h08 : On vient de retrouver le livre de Laure ! Devinez où ? C’est incroyable, vous ne devinerez jamais… Bah, DANS SON PLACARD ! AVEC SES LIVRES !! Placard qu’elle soutient avoir vidé lors des recherches ! Ou alors, on soupçonne Lojo de l’avoir caché là pour pas porter le chapeau…

Mardi 13 novembre

Bergium a fait sa première grasse mat’ ! Il s’est réveillé à 8h ! Bravo, encouragement du jury ! De là, on s’étire, on va faire, qui un petit pipi, qui sa douche. On prend le petit dèj, on commence à être rodés : coco-pops, jus d’orange, pain de mie-beurre-confiture-peanut butter et toujours cinq cafés. On branche le tuyau des eaux usées pour les vider dans les égoûts, on raccorde l’eau propre pour remplir Jean-Michel, on la laisse encore un peu déborder, on débranche l’électricité, on coupe le gaz, on démarre, on met le frigo sur batterie et le monstre se met en route. Je prends les rênes pour la première fois et au premier feu, je dois donc écrire G sur ma main gauche et D sur ma main droite pour pas me tromper ! On avale deux heures de route vers le Sud. Bergium est toujours accompagné d’une mouche qui le suit depuis Blue Mountains. Il a décidé de l’appeler « Morimont » et de l’adopter.

À 15h, après avoir fait les courses et reçu la taxe d’habitation (ce genre de petit retour à la réalité qu’on aime), on se pose à Jervis Bay pour manger. Seul problème, il y a un vent de tar-ba ! On ne peut pas manger dehors ! Laure et Mallou sont sorties fumer et nous on s’amuse à les regarder galérer à allumer leur clope, ça a pas l’air hyper facile ! À 15h45 : Bergium teste les connaissances en anglais de Lojo. Bergium : « Lojo, comment on dit « Homard » ? ». Lojo : « Lob… Lob… Lobstick!!! Ah non ! Ça, ça veut dire « courgette » ! ».

Après manger, on va se balader sur Huskisson Beach. Le vent est toujours aussi vénère donc on ne se baigne pas mais on se balade sur la plage et on rencontre notre petit lot d’aventures. À un moment, on doit traverser un cours d’eau. Bergium, Laure et Mallou sont en savates, moi j’enlève mes baskets mais Lojo a la flemme d’enlever les siennes. Bergium se propose galamment de la porter pour traverser. Elle monte donc sur son dos et ils commencent la traversée. Laure, Mallou et moi cherchons un endroit tranquille pour passer lorsqu’on entend : « Au secours ! Aidez-nous ! ». On tourne la tête, Bergium et Lojo semblent en très mauvaise posture ! « On s’enfonce ! C’est des sables mouvants ! » crient-ils. « Je vais tomber ! » panique Lojo qui ne peut pas descendre du dos de Bergium en plein milieu du cours d’eau avec son sac et ses baskets ! On rigole mais on doit y aller, on ne sait pas par où descendre, il y a des coquillages partout qui piquent les pieds ! Bergium continue de s’enfoncer, l’équilibre est précaire, Lojo va tomber dans l’eau à tout moment ! On arrive enfin à leur niveau. « Il faut m’enlever les tongs », dit Bergium. Laure plonge la main dans l’eau mais Lojo s’accroche à elle et elle n’arrive pas à récupérer les tongs ! Elles sont trop profondément enfoncées ! Et Lojo qui s’accroche de plus belle à son bras, c’est la panique ! Enfin, au prix d’un effort surhumain, Laure parvient à récupérer les tongs et Bergium peut décoincer ses pieds du sable et cahin-caha, il réussit à amener Lojo en sécurité de l’autre côté! Autant vous dire qu’au retour, Lojo enlèvera ses baskets pour traverser toute seule comme tout le monde !

Droit au coeur de l’action.

On a passé un petit moment sur la plage, à risquer de se prendre la voile d’un kite-surfeur, à faire du pentabond et des roues, à laisser Lojo faire des câlins à un chien… On reprend ensuite la route et on se rend à Depot Beach, connue pour être peuplée de kangourous et on ne sera pas déçus ! On se retrouve seuls sur la plage avec cinq kangourous dont un petit et une maman avec le bébé dans la poche ! Trop magique. Bergium tente une communication non-verbale avec l’un deux en sautant comme lui. Le kangourou semble intrigué puis se barre en quelques sauts. On fait ensuite un petit tour du voisinage et on traverse un camping PLEIN de kangourous dont des ÉNORMES qui doivent être plus grands que moi ! On finit par se poser à quelques mètres de la plage pour pouvoir prendre le petit dèj avec les kangourous demain matin !

Autre fait important, nous avons (enfin,surtout Bergium, le contre-alto du groupe) décidé d’écrire une chanson sur nos vacances sur l’air de cette méga-bouse de chanson française qu’est « Trois cafés gourmands ». On en est au début de la 4ème strophe et je peux déjà vous dire que le texte est de meilleur qualité que l’original.

La version presque finale!

Ce soir, on se cale autour de la petite table pliante. On boit des bières, on mange des chips et une grosse salade et à un moment, entre Mallou et Laure, je vois apparaître un gros raton-laveur tout poilu. « Oh ! Oh ! Oh ! » je fais. Tout le monde se retourne. « C’est quoi ?? » « C’est un opossum je crois ! ». Effrayée, la bête s’enfuit. Puis revient, puis dès qu’elle se rend compte qu’elle est dans la lumière, s’enfuit de nouveau, puis recommence, s’enhardit et s’approche, presque à entrer dans Jean-Michel ! « C’est méchant, je crois » dit Laure. Du coup, on commence à flipper, du coup, on a peur qu’il y en ait un autre qui se faufile dans le camping-car, du coup Lojo a peur d’aller aux toilettes toute seule, du coup, on l’accompagne avec Bergium car il y a des toilettes sur le parking et lorsque Lojo entre dans les toilettes, Bergium lance un bâton sur le toit des chiottes pour la faire flipper et voilà Lojo qui sort en courant avec son PQ à la main en criant « J’étais sûre que c’était vous !! ».

Jeudi 14 Novembre

À 6h30, quelqu’un frappe à la porte. J’entends Laure se lever pour aller ouvrir. Un homme lui explique qu’on n’a pas le droit de dormir là. Elle lui répond qu’on a vu aucun signe d’interdiction, mais de toute façon, on part bientôt. Le gars est sympa et s’en va. Mais j’arrive pas à me rendormir alors à 8h, quand Bergium rentre de je-ne-sais quelle obscure expédition, j’enfile mon jogging et je sors. Une volée de marches en pleine jungle tropicale permet de rejoindre la plage. Il fait déjà chaud, le vent est tombé mais les kangourous ont disparus. Je rentre au camping-car et je croise Lojo qui descend à la plage, plus chanceuse que moi, elle surprendra deux kangourous en train de kèn. On quitte ensuite le coin pour Narooma où on s’arrête faire des photos de chinois devant un rocher en forme d’Australie, puis on se dirige vers la digue qui est réputée pour être un nid à phoques.

Pour l’instant, on marche juste quand, un peu plus loin dans la mer, une grande nageoire bien connue sort de l’eau… Des baleines !!! On est complètement fous de joie, la saison est sensée être terminée ! On court comme des enfants jusqu’au bout de la digue et on escalade les gros rochers pour mieux les voir, et on se pose un petit moment. Au retour, en contrebas, on aperçoit un phoque en train de faire la sieste, puis deux, puis trois, posés sur des rochers, tranquille, à prendre le soleil… Ils nous font penser à des gros chiens-lapins-sirènes.

On reprend la route pour aller manger à Tilba, un village hyper mignon et on a tous pris un Fish & Chips parce qu’on a vu l’assiette en entrant et que tant de gras, ça fait toujours rêver ! On se balade un peu dans le village, Bergium et Lojo vont manger des pâtisseries qui s’avèrent dégueulasses. Tilba ressemble à un village de playmobil. Tout est coloré et tout le monde a l’air gentil. On repart et Lojo fait ses premières armes au volant de John-Michael. Après une grosse heure de route, on arrive à Pamboola Beach, une plage pleine de roche rouge. Petit goûter, pause café, et attention, grand événement auquel nous allons trinquer ce soir : Lojo a fait son premier caca de sa vie dans des toilettes publiques ! On quitte la côte pour 2h30 de route en plein forêt. Les virages n’en finissent pas, on voit une tonne de kangourous sur le bord de la route soit près à traverser, soit déjà écrasés. On voit également un gros aigle en train de bouffer une carcasse et aussi, un gros machin, comme un cerf dans les bois, et aussi ce qu’on pense être un wombat mort. Enfin, au bout de 160 kms et une partie de tarot africain, la forêt commence à s’éclaircir et on voit, ça et là, des morceaux de champs, puis les premières habitations. On est de retour à la civilisation ! On arrive à Orbost, une ville de passage, aussi vivant que Villaines-la-Juhel, ville de tristesse infinie où j’ai difficilement passé mon collège. On y trouve un camping, obligé car on n’a plus d’eau. On se fait agresser par les moucherons et les moustiques, et à 22h, ils coupent la lumière, le barbeuc et la wifi ! Ok les gars, on a compris, on va se coucher !

Mallou et Bergium dans la capucine, Laure en bas, dans le lit d’enfant.

Vendredi 15 Novembre

Ce matin, Lojo me fait remarquer à juste titre que j’ai oublié de raconter qu’hier nous avons donné à Bergium une belle leçon de vie : nous lui avons expliqué comment fonctionne un tampon avec applicateur ! Et c’est une réelle découverte pour lui, il trouve ça génial ! Et il a décidé de garder l’applicateur en plastique. Je ne sais pas ce qu’il compte en faire, un bijou pour sa mère, un porte-crayon ou quoi, mais transporté par l’émotion, il a écrasé une de ses crottes de nez sur la table…

L’école de la vie

On continue à descendre la côte par la route A1, direction Paynesville. On y arrive en 1h30, on gare le camping-car, on a faim, on se fait des pâtes pour accompagner le reste du barbecue et on sort prendre le ferry pour Raymond Island, une île habitée de koalas ! Après une traversée de trois minutes à vue de nez, on pose le pied sur l’île. On décide de suivre un itinéraire conseillé à pied pour voir les koalas. Laure, qui ne semble pas voir l’énorme balisage au sol en forme de tête de koala avec une flèche rouge nous demande comment on sait par où aller… Elle est légèrement dissipée ! Au bout de quelques pas, dans un arbre entre deux maisons, on aperçoit notre premier koala endormi, posé pépère entre deux branches. Ce sera le premier d’une longue série ! Gros koala, vieux koala, petit, bébé avec sa maman, koala qui bouffe, koala qui se gratte, qui change de branche et surtout, koala qui dort ! Mais, ce n’est pas tout, on verra aussi des perroquets, des hérissons-porcs-épics, tout patauds qui essaie de se cacher de nous en mettant sa grosse tête dans la terre, et enfin, un pélican ! On reprend le ferry dans l’autre sens, un petit goûter et hop, on part pour 3h30 de route !

Et là, c’est l’aventure extrême ! On trouve une aire de repos sur internet avec toilettes, douche, barbeuc, ok on y va, c’est à deux minutes. C’est Lojo qui conduit, elle rentre dans l’aire de repos mais elle hésite, l’herbe est mouillée, « on va s’embourber les gars » prévient-elle. « Mais non ! » on lui répond. Elle s’engage, peu confiante, et au bout de dix mètres, elle patine… « Vas-y, accélère, tranquille », on lui dit. Elle appuie sur la pédale, patine de plus belle, tourne le volant, tente de reculer. Bon, regardons la vérité en face, Lojo avait raison, nous sommes embourbés… On sort du camping-car pour aller constater le tas de boue qu’on vient de créer sous les deux roues avant. Bien, ne paniquons pas, on va chercher des branches pour mettre sous les roues pour accrocher, un vieux tuyau du Paris-Dakar. Mallou prend le volant et on tente la marche arrière car devant nous, c’est le marécage. Mallou appuie sur la pédale et nous, on pousse. Rien à faire, ça ne bouge pas d’un iota ! Merde… On s’acharne un quart d’heure, le temps de creuser une tranchée sous les roues à force de patiner… Des gens, posés à l’aire de repos commencent à se demander ce qu’on fait et Bergium les insulte à voix basse : « tu crois qu’ils vont venir nous aider, ces fils de putes ? ». Mauvaise langue Bergium, au moment où on se décide à demander de l’aide, on les voit venir vers nous, une meuf et deux mecs, et ils sont français ! On établit un plan : on bourre de bois sous les roues à l’aide de la pelle d’un des gars. On décide d’essayer en avant, et on pousse tous ensemble. On gagne un centimètre, qu’on perd immédiatement. On tente une deuxième fois avec une meuf de chaque côté pour caler les roues avec une bûche dès qu’on gagne quelques centimètres. On pousse, les filles enfoncent leur bâton, mais on n’avance pas plus, John-Michael est bien trop lourd… Galère.

On se rend à l’évidence, on va devoir appeler une dépanneuse… Laure appelle le gars de loc, le même qu’on avait appelé pour le gaz, mais il ne peut rien faire pour nous avant demain matin. Bon, on prendra notre mal en patience. Mais, à ce moment là, un monsieur sort de sa caravane pour nous demander si il y a un problème. Un espoir naît en nous, le monsieur a un 4X4 ! Après un tour de John-Michael, on décide d’attacher son câble au châssis à l’arrière et Mallou va reculer au moment où le gars va nous tirer, mais tout doux ! Il s’agirait pas de lui rentrer dedans… Et nous, on pousse encore. Et c’est parti, l’Australien démarre son 4X4, le câble se tend. « Vas-y Mallou ! Recule ! » Et on pousse ! Rien ! Le monsieur sort de son pick-up et nous dit en anglais de tous reculer, au cas où ça casse ! On s’éloigne tous comme un seul homme. La terreur envahit alors Mallou, toujours au volant. « Quoi ? Qu’est-ce qu’il se passe ? » s’inquiète t-elle. « T’inquiète pas Mallou », on lui répond. « Quand on te le dit, tu recules ». On recommence l’opération. Le câble se tend. « Vas-y Mallou ! » crie t-on. La tension est palpable. Tout d’un coup, les roues avant bougent et sous nos regards émerveillés, les roues avant sortent du cratère de boue qu’elles ont crées ! On hurle de joie ! « Vas-y Mallou, éloigne toi de ce bourbier de l’enfer ! ». Elle recule, elle recule, on est sauvés ! On attend d’être sur le goudron pour crier victoire puis on court vers John-Michael pour lui faire un câlin ! On se répand en remerciement pour l’Australien et sa femme qui nous ont sorti de cette bien mauvaise posture et pendant que Laure leur propose de venir boire un petit verre de vin avec nous, Mallou fait le demi-tour le plus long de l’histoire pour venir se caler près de la table de camping de peur de s’embourber de nouveau. On reste définitivement installés sur le goudron, au risque de gêner la circulation, et on va prendre l’apéro avec nos sauveurs, c’est à dire : le couple d’Australiens à la retraite, le couple de français en working-holiday et le dernier français en road-trip en solitaire. On passe une soirée très sympa mais le vent est glacial. On se dit « au revoir, à demain », et on va manger nos raviolis de secours car il est déjà 22h et on a beaucoup trop la flemme d’en faire plus ! Et je dois rajouter qu’on s’est bien fait avoir sur la marchandise parce qu’on est venu ici pour les douches et on a appris par les français qu’il n’y avait absolument pas de douche ! On a vraiment fait le déplacement seulement pour s’embourber !

Mallou nous indique au petit matin le 4X4 de nos sauveurs.

Samedi 16 Novembre

Mais y a t-il toujours autant de vent dans ce pays ? Au Wilson Promontory Park, aujourd’hui, on a encore bouffé de la bourrasque, mais c’était magnifique. Pourtant, c’était pas gagné, on s’est pris une averse dans la nuit. Au réveil, joie dans nos cœurs, le ciel est bleu et il fait pas trop froid. Sur la route, ça se couvre et on se prend même quelques gouttes… Arrivés à Tidal River, on gare Jean-Michel et on commence à marcher. On a prévu une balade de quatre heures qui passe par trois plages. Très rapidement, il fait chaud ! Pause chaleur, on enlève nos pulls. Trois secondes après, on arrive à un point de vue avec un zèph de bâtard. Du coup, on se rhabille. On arrive à Squeaky Beach, la première des trois plages. Le vent est ouf, je resserre la capuche de mon k-way et tant pis pour mon sex-appeal, de toute façon, il est déjà ruiné. La plage est recouverte de petits filaments bleus qui pètent quand on marche dessus, on se penche pour les regarder de plus près. Ces sont de petites méduses échouées par milliers ! Laure nous prévient, elles sont dangereuses, tu ne meurs pas forcément si elles te piquent, mais tu finis à l’hosto. Évitons d’y toucher, donc.

En attendant, il est 13h et des bananes et la faim se fait ressentir. On traverse l’immense plage pour se caler dans des rochers à l’abri du vent. La mer est démontée. On se croirait dans un film de fin du monde. On s’adosse à un énorme rocher et on sort les casse-dalle. Direct, une mouette vient nous faire chier mais elle ne fait pas trop trop la maline même si on sent qu’elle convoite le paquet de chips. Et là, en plein repas, il commence à pleuvoir, vite on essaie de trouver abri dans une faille dans les rochers. Lojo se lève, essaie de ramasser le sac de pique-nique mais elle dérape, le sac se fait prendre dans le vent et s’envole à 6 mètres de haut pour disparaître de l’autre côté des rochers. Un vent de fou, je vous dit ! On est pas très fiers de nous, mais heureusement, tout est bien qui finit bien, on le retrouvera coincé dans les broussailles quelques mètres plus loin. On continue vers Pique Nique Bay et la chance est avec nous, le ciel se découvre et on a de nouveau du beau temps. On arrive ensuite à Whisky Bay, troisième et dernière plage, et de nouveau la chance : dans le marécage, un wombat se balade en broutant tranquillement. Même Laure n’en avait jamais vu à l’état sauvage. On dirait un gros nounours.

Après ça, comme on aime sortir des sentiers battus, qu’on aime faire des boucles et qu’on aime le goudron, on décide de rentrer par la route ! Et c’est parti pour cinq kilomètres qui se finissent par un footing, histoire de bien décrasser et de transpirer un peu. Puis, on prépare John-Michael, on vide les poubelles, on remplit le lave-glace car on nique une sacré quantité de moucherons au kilomètre, on checke l’itinéraire qu’on va prendre et on décide de tracer jusqu’à Dandenong à 2h30 d’ici. On a absolument besoin de laver nos fringues. On s’est dégueulassé hier en tentant de désembourber le monstre et, personnellement, je porte toujours le même sweat que j’avais pendant les 30 heures d’avion. Il sent la sueur, le gras, l’oignon, la clope, le dodo, le déo et plein de belles choses encore.

Dimanche 17 Novembre

Commençons par vous raconter l’anecdote du jour : on a fait les courses dans l’optique de faire un Chili Con Carne ce soir. On prend de la viande hachée, des tomates, des haricots rouges et une petite bouteille d’épices à chili. En arrivant au camp où on doit passer la nuit, Bergium ouvre un placard, la bouteille en verre de chili, qui avait bougé pendant la route, chute et s’explose sur la gazinière ! Résultat : de la poudre à chili partout, sur la gazinière, par terre, dans l’évier et aussi sur notre lit à Lojo et moi. Mais c’est pas tout ! Egalement des bris de verre en pagaille dans les endroits sus-nommés ! Nous sommes donc dans l’obligation de faire un grand coup de propre dans la maison qui sent à présent le chili pour notre plus grand plaisir.

L’Homme

Nous sommes actuellement sur la Great Ocean Road, repaire de surfeurs, c’est vous dire le nombre de mecs gaulés et de petits blondinets qu’on croise au kilomètre carré. Après un passage par Torquay, puis par Bells Beach, lieu de tournage de Point Break, on s’arrête à Lorne où on paie nos courses trois bras. On monte dans les montagnes en esquivant les cyclistes et on se gare sur une aire gratos déjà bien blindée. On manœuvre trois quart d’heure pour trouver une place qui nous convient. Encore une fois, les gens nous observe avec un regard qui pue la désapprobation. On gare Jean-Michel et très rapidement, un très beau perroquet rouge et vert s’approche de nous. Pas farouche, il finit par se poser sur notre toit. Lojo et Mallou essaient de l’amadouer et soudain, la bête se jette à toute vitesse sur Lojo en l’esquivant au tout dernier moment, lui causant à l’occasion, la peur de sa vie.

On enchaîne ce début de soirée par un apéro à la bière à 3° et deux parties endiablées de tarot africain où Bergium se révèle encore plus mauvais joueur qu’à son habitude. Il essaie de cacher l’excuse dans sa manche, rien que pour ça, pour moi, il est le grand perdant de cette soirée et je ne dis pas ça parce que je suis très mal placée au classement. Du tout. Ah oui, j’ai fait une nouvelle expérience ce soir, grâce à Lojo qui a émit un rot sonore pendant la parti de tarot. J’ai recraché ma bière par le nez. Je ne vous souhaite pas d’essayer, c’est relativement désagréable.

Il est 21h, le chili bouillonne dans sa casserole et ça sent trop bon dans le camping-car. Mallou s’est calée au chaud dans la capucine et elle chante. Bergium lit son deuxième ou troisième livre, j’ai perdu le compte. Laure écrit ses cartes postales. Lojo fait un jeu (sur un cahier de jeux) qui consiste à créer son camping et le principe nous laisse un peu tous perplexes.

22h : Lojo va passer pour la dégueulasse du groupe. Les toilettes sont crades, puent, ne sont pas éclairées et il fait froid. Mallou et Laure voient alors Lojo revenir des toilettes à pleine balle, se prendre les pieds dans le tas de bières vides, réveiller tout le camping et dans un cri chuchoté, leur balance : « Allez pas dans les premières chiottes, j’ai pissé partout ! ».

Lundi 18 Novembre

Les Australiens ont une estimation des temps de randonnées sensiblement différente de la notre. Là où la dame de l’office du tourisme nous indique plus d’une heure de marche (à Erskin Falls, pour tout vous raconter), nous mettrons une petite, mais vraiment petite, vingtaine de minutes. Ou alors, c’est notre entraînement des dernières années dans les montagnes réunionnaises puis corses qui ont fait de nous ces bêtes de trail que vous avez devant vous. Cependant, même si on carbure en balade, on doit admettre qu’on est très en retard sur le planning, tout approximatif qu’il soit, qu’on s’était fixé. La faute, il semblerait, à l’incroyable lenteur dont nous sommes sujets le matin. Il nous faut parfois deux heures entre le réveil et le départ. Pourrions-nous faire plus vite ? Certes oui. En avons-nous envie ? Absolument pas ! Après un temps de concertation d’une quinzaine de secondes, nous nous sommes accordés sur le fait d’annuler la remontée jusqu’à Adélaïde et Kangaroo Island et de plus profiter de la Great Ocean Road. Le programme d’aujourd’hui, Erskin Falls mis à part, était d’aller voir le point de vue Teddy’s Lookout (check !, avec une petite balade, plein de cacatoès qui montrent leur crête et d’autres oiseaux avec des chants de ouf en prime), avancer jusqu’à Kenneth River pour manger (en cours de réalisation) et pour se promener dans les environs, mais toutes les randos ne font qu’une à deux heures max, au grand désespoir de Bergium, et enfin, atteindre Apollo Bay pour y passer la fin de journée.

Changement de programme ! Après manger, il est finalement décidé d’aller un peu dans les hauteurs vers Sabin Falls, puis Lake Elizabeth. On s’engage sur une route, que dis-je, un chemin qui nous fait monter à travers une forêt de gigantesques eucalyptus pour finir par débouler sur un plateau où on surplombe tout le coin ! Ça nous aura pris du temps, mais ça valait le coup. Bon, les lacets ont rendu Lojo un peu malade et je ne suis moi-même pas au meilleur de ma forme. Pas à cause de la route mais de cette maudite période du mois qui me caractérise d’un point de vue biologique en tant que femme en âge de procréer, qui me laboure de bas du ventre avec ses grands ongles acérés, me rend agressive, nauséeuse, à fleur de peau, bref, me casse bien les couilles que je n’ai pas. Pour cette raison, je n’avais pas envie de marcher et quand arrivés à Sabin Falls, les autres décident d’annuler car un panneau annonce 2h30 de rando et qu’on a pas le temps, ça me va tout à fait. On poursuit donc notre ascension vers Lake Elizabeth, où nous aurions des chances, plutôt maigres cela dit, d’apercevoir celui qu’on nomme ici le « Platypus », mesdames et messieurs, l’ornithorynque. Hélas, et pardonnez moi de vous spoiler ainsi la chute, nous n’en verrons pas ! L’animal est nocturne et sort très peu de sa cachette. Mais le lieu en lui-même vaut le détour. Le lac est encerclé d’une forêt tropicale et surtout, d’immenses arbres morts émergent de l’eau. C’est beau de désolation, à nous laisser sans voix. On entend les canards qui plongent, les oiseaux qui chantent, les arbres qui grincent.

Le Lake Elizabeth et ses arbres morts

On entame le tour du lac, on chuchote à peine. Devant avec Bergium, je décide de faire demi-tour pour vous où en sont les filles. Je les retrouve et on retourne ensemble vers Bergium qui n’a pas bougé et c’est plutôt surprenant de sa part. On en apprend vite la raison. En avançant un peu plus, il a voulu traverser une passerelle à hauteur du marécage. Soudain, son sang se glace ! Sur la passerelle, une forme ondule. La tête plate, les écailles qui brillent au soleil, c’est un gros serpent d’un mètre cinquante qui se tient devant lui ! Il tape au sol avec son bâton mais la bête se fige. Il bat en retraite et c’est à ce moment là qu’on le retrouve. On reste groupés et on revient à la passerelle, le serpent a disparu… Prudemment, on avance en évitant de trop s’approcher des fourrés, fourrés d’où on entend d’ailleurs des bruits suspects… On finira cependant le tour du lac sans encombre.

On reprend un petit chemin de merde jusqu’à Forret et la route devient meilleure. Il est tard, il faut qu’on se dépêche d’arriver à Apollo Bay. On prend quelques dos d’âne qui me font rebondir sur le lit du fond où je me suis vautrée. On va avouer que niveau sécurité routière, on est pas au top ! Ce soir, c’est confort, on s’installe au camping.

Après vérification sur les internets, il semblerait que le serpent que Bergium ait vu soit un Tiger Snake et c’est plutôt vilain, genre très très toxique, qui te nique les reins et le système nerveux.

Mardi 19 Novembre

J’ouvre les yeux, réveillée par les rires d’une femme à côté de nous. Je me tourne et me retourne, je cache ma tête sous la couette et j’entends aussi que ça commence à s’agiter à droite-à gauche. Elle est en train de réveiller tout le camping la grognasse. Je finis par regarder l’heure : 8h06 ! Ça fait au moins une demie-heure qu’elle nous fait chier à gueuler sous nos fenêtres ! J’attends encore un peu et puis je m’étire et me lève. Depuis la capucine, Bergium, déjà douché et habillé, me salue de la main.

« – Il fait quel temps dehors, je chuchote.

– Il bruine, répond t-il. »

Merde, je voulais mettre un short. Tant pis, ce sera l’occasion de sortir ma belle veste adidas chinée deux jours plus tôt sur le marche bobo de Torquay. Aspect satiné, couleurs chatoyantes qu’on avait pas vu assemblées depuis les années 80, je pense qu’on me voit même dans le noir. Violet-turquoise-fuchsia, on est sur le trio gagnant du vintage. Le public n’est pas prêt pour autant de beauté mais leur jugement, ainsi que les gouttes de pluie, glissent sur ma veste sans m’atteindre.

Il est l’heure de partir du camping. On a prévu d’aller prendre le petit déjeuner en ville. Alors on fait les vides et on fait le plein. Je branche le tuyau d’eau potable, Lojo le met en route pendant que je le tiens en place dans le réservoir. Puis avec Laure, on emmène le tri et c’est autour de Bergium d’aller vider la cassette. Il nous fait d’abord un petit numéro de Drama Queen pour pas le faire, dit que c’est trop lourd, que personne ne veut l’aider, que la cassette est bloquée, puis aidé de Mallou et de gants Mapa, il s’acquitte de sa tâche et il paraît, en tout cas la légende raconte, qu’il aurait même regardé avec plaisir le contenu de la cassette se vider.

Il ne nous reste ensuite plus que les eaux usées à vider. On raccorde le tuyau, on l’envoie sous le camping-car, on le déroule jusqu’à la plaque d’égout, on ouvre mais rien ne sort. Pourtant, on a pas mal d’eaux à vider. On secoue le robinet, on déroule mieux le tuyau qui était un peu coudé et ça y est, l’eau coule. Capricieux… Notre petit manège n’aura duré que quelques minutes, mais suffisamment pour attirer l’attention d’une jeune homme face à nous. Il nous fixe un petit moment et je souffle à Mallou et à Laure : « Putain, il est pas dégueu lui » avant de me réabsorber dans la surveillance du tuyau, ce qui fait que je remarquerais tardivement que Mister Handsome se dirige vers nous. Mais il fait quoi, lui ? Le pas nonchalant, un air de Jake Gyllenhaal, il arrive à notre hauteur, sa cigarette roulée au bec, s’adosse au poteau électrique. « Salut », fait-il en français, de sa voix suave. « Salut », on répond. Youpsi, il est français et j’espère ne pas avoir parlé trop fort. Je dois rougir sensiblement, espérons que le vent et la bruine refroidisse rapidement ma tronche.

« – Alors, on a un problème avec le tuyau d’eaux usées, fait l’homme mystérieux.

– Il est un peu capricieux mais on s’en sort », on répond. 

S’en suit une discussion sans intérêt sur nos destinations respectives. Le gars est hautain, met des lunettes de Clark Kent et nous scanne de son regard ténébreux. Je suis forcément sous le charme, même si celui-ci voyage avec sa zouz qui est en train de ranger leur bordel toute seule en faisant la gueule, qu’il sache que je ne suis pas jalouse. On remonte dans le camping-car raconter ça à Lojo et Bergium, qui, en tant que seul mâle du groupe, se sent forcément menacé et commence une parade nuptiale pour montrer sa supériorité. « Quel pauvre type », rage t-il. Et je pense qu’il est à deux doigts de lui montrer ses couilles à la fenêtre quand on décide de s’en aller.

Vu le temps incertain, après le petit déjeuner, on traîne en ville. On achète des timbres (chers), des vêtements (chers aussi) et pour ma pomme, un carnet car je noircis les pages de celui là plus vite que prévu, et on se pose dans le camping-car, moi à la place du mort pour écrire et les autres à la table écrivent leurs cartes postales et font des mots fléchés. Après manger, le ciel se découvre un peu et on décide de monter vers les Triplet Falls où on vivra une belle aventure humaine. Les cascades sont superbes et on est encore habillés en hyper style avion de chasse. Bergium, de son côté, décide de faire une boucle plus grande.

Alors qu’avec les filles on remonte vers le parking, on réalise qu’aucune de nous n’a les clefs du camping-car. Ne seraient-elles pas dans la banane de Bergium qu’il a pris avec lui pour son tour de 2h30 ? Ah bah oui… On fait le tour de Jean-Michel à la recherche d’une fenêtre ouverte, sans succès. On échafaude alors un plan infaillible. On veut ouvrir la trappe où on range les chaises pliantes et qui mesure 40 centimètres sur 30, enlever les chaises, y faire passer Laure qui est la plus menue du groupe, qu’elle se faufile dans le coffre, qu’elle réussisse par je-ne-sais quel tour de passe-passe à ouvrir la porte de la trappe verrouillée de l’intérieur et accéder ainsi à l’habitacle. Seul hic dans l’histoire, Laure refuse sous prétexte qu’elle ne passe pas dans la trappe. Elle ne veut même pas essayer ! Bon, tant pis, on passe l’éponge sur son manque de volonté et de solidarité et on va attendre Bergium dehors, alors ! On se pose donc sur une table de pique-nique au soleil et, pour tuer l’ennui, on décide de jouer au Picolo que Lojo a sur son téléphone. Bonne nouvelle, les bières sont dans le coffre qui n’est pas fermé à clé ! Laure sort donc trois bières et une bouteille d’eau pour Mallou et, au moment où on enregistre le nom des joueurs, une voiture se gare à côté de nous et deux couples de vieux chinois descendent. Le plus vieux des deux messieurs s’approche et vient carrément s’asseoir à côté de Mallou à notre table et à parler en chinois. Je commence à me taper un fou rire quand un des autres chinois lâche un gros pet juste à côté de nous ! Le vieux se lève, va chercher son thermos de thé, le repose sur notre table et me rote à la gueule. Non mais stop quoi ! Après ça, ils s’éloignent de nous pour aller squatter les chiottes un quart d’heure, puis reviennent vers nous, genre à un mètre de nous, comme d’hab ! Puis, se re-cassent vers le chemin de rando, reviennent cinq minutes plus tard (donc, n’ont clairement pas été jusqu’à la cascade) et repartent en bagnole après avoir laissé traîner leur bouteille en plastique. Parfait ! On commence alors vraiment le Picolo et la première question est pour moi. Lojo énonce : « Quelle excuse tu dirais pour pouvoir sortir de cours? ». Spontanément, je m’exclame : « J’ai mes règles ! ». « Dommage », répond alors un mec en passant à côté de nous. Merde, encore un français. Enfin, Bergium revient de sa rando hors d’haleine et avec les clés ! On redescend vers la côté et on décide de tracer direct à Princetown pour être plus proche des Twelve Apostles demain matin. On trouve un camping pas cher près de la plage qui s’avère être en réalité un vieux stade de cricket et les sanitaires, les vestiaires. Pendant que Lojo qui s’est proposé de faire la cuisine se met aux fourneaux, Laure, Mallou, Bergium et moi faisons les 1,7 kilomètres aller-retour qui mènent à la plage encadrée de magnifiques falaises. C’est trop beau, tellement qu’on fait un shooting photo où je donne de ma personne en me jetant de tout mon long dans le sable.

Et enfin, on traverse le stade de cricket pour aller voir tout un troupeau de kangourou et on tombe sur une baston entre deux spécimens. Enfin, à bien y regarder, plutôt une baston en carton puisqu’entre deux coups de pieds dans la gueule, ils se font un petit câlin.

Mercredi 20 Novembre

La Great Ocean Road s’est dévoilée aujourd’hui avec son lot de falaises et d’arches et c’est beaucoup trop beau. On a passé la journée à écumer cette route, s’arrêtant où on voulait, esquivant autant que faire se peut les bus de chinois, se baladant sur la côte en prenant le soleil, tout particulièrement Laure qui, avant midi, avait déjà les épaules bordeaux.

On pause à Port Campbell pour manger un Fish & Chips mais une fois de plus, les Chinois sont partout ! On décide de finir par une plage près de Petersborough en se disant qu’au moins là-bas, on ne devrait pas croiser leur putain de bus ! Et effectivement, la plage est vide et pour cause, l’eau est glacée, mais ça n’empêche pas Laure et moi de piquer une tête. Mallou s’arrêtera à mi-cuisse et Lojo et Bergium à mi-mollet. Puis Laure me dit qu’elle a vu des méduses bleues sur la plage donc ça me refroidi un peu. On sort de l’eau, le vent est chaud, pas trop fort. On est bien. On se pose sur les serviettes et doucement, on finit tous par s’endormir. Je me réveille pour voir une nuage d’une vingtaine de mouches voler au dessus de Bergium. Mais pas des petites mouches tranquille style Morimont. Non, des grosses mouches à merde extra larges et qui piquent en plus, les putes ! On reste encore quelques minutes, le temps de s’apercevoir que Bergium a chopé un bronzage agricole et moi un coup de soleil unilatéral derrière le genou droit avec traces de doigts incluses et on retourne au camping-car. Il est 18h, on doit aller jusqu’à Warnanbool dont on a les plus grand mal à mémoriser le nom, faire des courses et trouver un camping. Warnanbool signe pour nous la fin de la Great Ocean Road. On ira pas plus loin à l’ouest avec John Michael. Et c’est en écrivant ces lignes que je réalise qu’on a fait les deux tiers du voyage.

Avions de chasse

Jeudi 21 Novembre

L’aventure au galop

La nature est hostile. Deux jours se sont écoulés depuis que je me suis faite piquer à travers ma basket sur l’orteil par un insecte à Triplet Falls. Ce matin, alors que j’enfile mes boots, quelque chose me démange, j’enlève mon pied, je tâte l’intérieur de la bottine avec ma main. Non, tout est normal. Je ré-enfile mon pied dedans et je fais quelques pas. Définitivement, y a un truc qui ne va pas ! Et je me souviens alors de la piqûre d’insecte. J’enlève alors ma chaussette et « oh » ! Mon orteil est rouge et a doublé de volume ! Quelle terre inhospitalière qu’est le « Down Under » ! Mais, grâce à ma solide constitution, je passe outre, et surtout parce qu’avec Mallou, ce matin, on monte à cheval ! On enfile une belle charlotte de cantinière avec une bombe et une fois de plus, je dois me rendre à l’évidence, j’ai vraiment une énorme tête. Sur le dos de Majestic et Mallou, sur celui d’Early, on parcoure les dunes, puis la plage au galop. On est toutes seules, les sensations sont ouf ! Et tout à coup, un vent froid arrive et fait chuter la température de 10°C. Mais ça n’empêche pas le cheval de Mallou d’avoir envie d’aller nager mais c’est plutôt une mauvaise idée car la mer est déchaînée et il y a des requins… Au retour, dans les dunes, Early s’emballe alors que Mallou était tranquillement en train de sortir son téléphone pour prendre des photos. Probablement piqué par une bête, je l’entends qui s’énerve derrière moi et double au galop ! Mallou, grande maîtrise, avec une seule main et sans aucun stress, calme sa monture sous l’œil impressionné de nos accompagnatrices.

Mallou et son étalon sauvage

Pendant ce temps là, Lojo, Bergium et Laure, écument Warrnanbool dans tous les sens pour trouver un endroit où prendre un petit dèj. Ils traversent et retraversent la ville un millier de fois et la connaissent maintenant par cœur. Vers 12h30, ils reviennent nous chercher au centre hippique et on s’envole vers Tower Hill, un ancien cratère de volcan où on peut voir des animaux. Le temps est pas ouf, alors on sortira les k-ways et on verra des kangourous, des émeus et un koala, probablement pour la dernière fois des vacances, on lui envoie des bisous et on s’en va direction Geelong et ses 2 heures de route.

Le spot de sieste.

Alternativement, on conduit, on copilote et on dort sur le lit à l’arrière. On a abandonné l’idée de le remettre en table depuis le 3ème jour de voyage et traîne dessus, en vrac : des affaires propres ou sales, des trousses de toilettes, des plaids, des livres, des coussins, des bout de banquettes, et nous, quand on veut faire la sieste ! À mi-chemin, on pause à une station-essence où on veut acheter du gras ! Avec Bergium, on décide de commander tout ce qu’on ne connaît pas au rayon friture. Et là, Bergium, d’un sérieux sans précédent, me demande : « Tu penses qu’ils utilisent les cheveux de la serveuse pour faire la friture ? ». Je lève les yeux vers la filles en question, WOW ! Hardcore ! Effectivement, elle s’est probablement fait des bigoudis de nuggets avant de venir. Je commence à rigoler quand vient mon tour de payer, et je me retrouve face au garçon avec les cheveux les plus gras que je n’ai jamais vu ! Ces deux là, je sais pas ce qu’ils font, mais à un moment, ils se sont forcément frotté les cheveux ensemble, autrement, c’est pas possible. « En tout cas, je réponds à Bergium, ça doit être la politique de l’établissement ».

On arrive enfin à Geelong et ce soir, on voudrait aller boire un verre en ville ! On relègue donc nos baskets de rando, nos joggos, nos polaires au placard. On coupe nos poils et nos ongles trop longs. On met nos peintures de guerre et des boucles à nos oreilles. Ce soir, on va en ville !

Vendredi 22 Novembre

9h00 : Le réveil sonne et me tire d’un rêve où mon chien avait appris à parler et répétait « C’est ce numéro qui m’a rendu célèbre ». Bam, le mal de crâne qui tombe. Cette dernière bière hier soir était probablement de trop. Ou bien était-ce le shooter ? Cette soirée est un peu partie en live en réalité. Quand on est partis, Mallou s’est déchauffée. « Nan, je viens pas. À tous les coups, ça va partir en couille ». Laure lui répond : « Oh non non, ça va pas partir en couille ». Résultat, après quelques pintes dans un bar plein de gosses de 18 ans en habits de bal de promo, on voit un mec arriver en costard. Déjà il nous saoule. Et là, il fait un truc qui va direct nous fâcher ! Il remonte le col de sa chemise comme un gros boloss… Bergium est tellement saoulé par le gars qu’il sort du bar, outré. On le rejoint et on décide de faire un tour pour chercher un autre endroit pour faire la fête. On passe devant le « Workers ». Ah, la clientèle semble plus âgée déjà. Trop peut-être. La moyenne d’âge, entre 40 et 60 ans, nous décide à passer au suivant. Enfin, le problème c’est qu’après, il n’y a plus rien. On décide de retourner au premier bar avec les jeunes pubères et agréable surprise, il s’est rempli de personnes un peu plus de notre âge. On croise tout de même une meuf boudinée dans une mini-robe en satin rose fluo qui ressemble autant à un rôti de porc qu’à une pute. Mais une vraie de vraie, une bonne grosse pute professionnelle. On boit quelques bières, on s’ambiance et là, deux gonzesses captent qu’on est français et deviennent complètement surexcitées. « Ah ! You’re freeeeeench », elle hurlent dans nos oreilles. Elles entourent Bergium, elles le chopent par le bras, rigolent fort à ses blagues. Encore quelques minutes comme ça et je pense qu’elles lui arrachent sa chemise ! Mais Bergium n’a pas l’air très chaud. Probablement parce qu’elles lui ont demandé si on était ses copines d’école et que ça lui a rappelé qu’il y avait probablement une grosse différence d’âge. Bergium a, il faut le reconnaître, un succès fou ! Il s’est également fait draguer par un mec, puis proposer de la MD par un autre. Et puis, vient le moment de la fermeture du bar et les avis divergent. Lojo et moi, déjà un peu pétée, on vote pour un Mc Do et au lit. Bergium et Laure, bien ambiancés, veulent continuer à boire. On fait donc deux teams. Avec Lojo, on galère à trouver le Mc Do mais une fois là-bas, on fait une énorme commande qui fait trop de bien. C’est vrai qu’on avait toujours pas mangé en fait ! Entre deux mâchonnages de chips, on commence à se demander si on va retrouver Bergium et Laure un jour. Le problème, c’est qu’on a pas internet ni l’une, ni l’autre, pas de réseau non plus, et qu’on est venu en Uber mais que si on retrouve pas les deux autres, on devra rentrer à pied. Lojo s’aperçoit alors qu’il y a la Wifi au domac ! Elle essaie de se connecter mais il faut mettre son code postal et celui de Lannion marche pas. On essaie de mettre des codes qu’on trouve dans les petites annonces qui traînent sur la table. Voyez et appréciez à quel point notre cerveau est performant ! Bref, rien ne marche puisque ce sont des numéros de téléphone et non des codes postaux. Lojo finit par demander à la caissière qui lui donne le code de Geelong. On va pouvoir se connecter. Mais, ça frappe au carreau du Mc Do ! C’est Laure et Bergium qui nous ont retrouvé ! Il faut dire qu’avec le degré d’alcool, toute cette histoire de code postal nous a pris un temps fou et ils ont eu le temps, eux, d’aller dans un bar, de boire un autre shooter, aux herbes apparemment. Mais c’était un bar très jet-set et ils ne restent pas longtemps et les voilà donc qui nous rejoignent. Ils vont commander et la commande de Bergium est une vraie caméra cachée. On ne sait pas si c’est lui qui a dit n’importe quoi (très probable) ou si les meufs ont fait de la merde mais il s’est retrouvé avec un granité coca au lieu d’un coca normal et un sandwich avec rien à l’intérieur, que le pain, au lieu d’un egg Mc Muffin. Le ventre plein, on repart vers le camping et on commande un Uber avec le téléphone de Laure et là, Bergium, qui a un gros hoquet depuis tout à l’heure, s’installe à côté du conducteur et lui dit qu’il a le hoquet parce qu’il a mangé trop vite. Bien tenté mais le mec est pas dupe et nous dit que ça se voit qu’on est torchés, surtout Laure qui a une « open face » selon lui. Elle lui répond : « Tu peux mettre la musique ? ». Il nous dépose au camping et on rentre en courant par des passages secrets avant de rentrer dans John Michael le plus silencieusement qu’on puisse faire dans notre état et on s’endort direct. Mallou ne s’est pas plaint ce matin, mais je pense qu’on a ronflé comme des tracteurs.

Donc, ce matin, une poutre en béton me traverse la tronche de part en part. On est tous au ralenti, dans le dur, sauf Mallou qui est fraîche. Après un doliprane, une douche et un bol de chocapic, ça va beaucoup mieux. Sauf pour Bergium. La tartine de Peanut Butter passe mal et il nous avouera plus tard qu’il est allé la dégueuler pendant qu’on vidait les eaux usées. Et c’est pour lui le début de la descente aux enfers ! On prend la route. Mallou conduit, je co-pilote. Bergium est recroquevillé, petite chose, sur la banquette. Laure et Lojo font une siestoune sur le lit du fond. En 1h30, on est arrivés à Melbourne. On retrouve Brendan et Jimmy, on dépose les affaires et on commence les choses sérieuses. Il faut nettoyer John Michael. On sort tout notre bordel. Laure le range dans la pièce qui va nous servir de chambre ces prochains jours, Mallou aspire le cockpit, Lojo attaque la salle de bain et moi la cuisine. Et Bergium dans tout ça ? Et bien, c’est lui là-bas, qui erre, ne sait pas quoi faire de sa gueule de bois, jette deux-trois papiers à la poubelle, rince le bac à légumes, et quand il est à deux doigts de vomir, s’allonge dans l’herbe. C’est pas la grande gloire, mais, eh ! Que celui à qui ça n’est jamais arrivé lui jette la première pierre ! Une fois l’intérieur nikel, on a le droit à un petit buffet préparé par Brendan avec du fromage, des crackers, du chorizo et des fraises trop bonnes, on est refait ! Sauf Bergium qui a tenté de manger une fraise mais ça passe pas.

Je vous dis pas comment y avait du taf!

14h et des bananes, il est plus que temps d’aller au car-wash. On doit rendre JM dans une heure car à 15h, l’agence de location ferme. On part Mallou, moi et Lojo avec le portable de Laure pour le GPS. On va a une première station de car-wash mais le camping-car est trop haut ! On veut en chercher un autre, et là, le portable de Laure nous lâche ! Plus de batterie et il recharge pas… Bon, on ne panique pas. On décide de partir vers l’aéroport, là où se situe le loueur et on verra sur place. Oui, mais sans GPS ? Au bout d’un moment, Lojo capte qu’avec Maps Me, elle a la carte de Melbourne sans connexion ! Ouf, on va être à l’heure et pour nettoyer l’extérieur… Bah, on verra sur place ! On est passé devant d’autres car-wash, mais ils sont pleins de monde ! 14h50: Il reste 10 minutes de route selon Maps Me et 10 minutes avant que l’agence ferme. Mais c’est sans compter sur les petites feintes de l’application qui nous fait sortir du périph à deux reprises pour se taper la bretelle, puis un feu interminable, puis revenir sur le même périph qu’on venait de quitter ! Il va nous faire péter un câble, ce truc ! Puis c’est les bouchons, les bons gros vrais bouchons qui avancent pas. Je tente d’appeler le loueur pour le prévenir du retard, mais c’est une centrale d’appel et à ce moment là, Mallou dit « c’est bon, on sort du bouchon ». Ok, on a juste un gros quart d’heure de retard mais ça va le faire. On arrive à la location de voiture, toujours ouverte, hourra ! Et on explique qu’on a cassé une tasse, le balai, que la chasse d’eau ne marche plus. On leur dit pas qu’on a pété un morceau de la table parce que Lojo l’a réparé à la super-glu ce matin en s’en mettant plein les doigts. Et quand on leur dit qu’on a pas pu nettoyer l’extérieur, la meuf a l’air de s’en battre les couilles. Y a eu une tempête la veille et toutes les voitures sont dégueus. Voila pourquoi il y a tant de monde aux car-wash. Bon, tout va bien, la meuf fait le tour de John-Michael. Elle a pas l’air de trouver à redire. On verra dans deux semaines si je récupère les 5000$ de caution ! En attendant, il est l’heure de rentrer. Tout va bien, au loueur, ils ont la Wifi et Mallou peut commander un Uber. En attendant qu’il arrive, on fait comme chez nous, je vais faire un petit pipi dans leurs chiottes, on se sert un petit café, on fait cale pieds nus dans les canapés. Ça y est, le Uber arrive et on fait nos derniers adieux à John Michael. On aura fait 3306 kilomètres avec lui.

Mallou, Jimmy, Brendan, Lojo, Laure et moi et tout ça dans des poses très naturelles devant John-Michael.

Dimanche 23 Novembre

J’ai rien écrit hier. Pour cause, la journée a été plutôt chargée, c’était l’anniversaire de Bergium. Il a eu droit à sa petite chanson d’anniversaire par Lojo, moi et Mallou au réveil, encore dans les vapeurs d’ail du barbecue du feu de Dieu de la veille. Ensuite, Brendan et Laure lui ont fait un petit déjeuner d’anniversaire : tomates rôties, crêpes, œufs, bacon… Nous aussi, on y a eu droit, mais lui avait en plus la saveur du premier petit déjeuner des 27 ans, surtout quand Laure lui a dit qu’il va falloir faire gaffe à pas mourir cette année. Après ça, il me demande comment s’habiller et je lui dit : « Mets des vêtements d’anniversaire », donc il met une chemise à fleurs et on part dans le centre commercial spécial destockage d’usine où on a la mission de lui acheter un cadeau en scrèd, et c’est un peu l’aventure la plus difficile qu’on ait rencontré depuis le début ! On essaie de le semer mais il est à tous les coins de rues ! On essaie de le cuisiner pour savoir ce qu’il veut mais c’est compliqué de pas se faire gauler ! On finit par trouver un plan génial de simplicité : Brendan va lui demander si il a trouvé des fringues sympas, qui pourrait lui plaire et après s’être renseigné, lui et Laure arrivent à perdre Bergium pour revenir acheter la chemise en question, ainsi qu’un T-shirt Elton John qu’on lui offrira pendant l’apéro entre deux ballons de protoxyde d’azote.

Brendan préparant la bière d’anniversaire de Bergium

Et puis, on part en ville ! Déjà un peu chauffés, on va manger des pizzas à l’agneau dans un kebab avant d’aller au Provincial, un bar où on a failli jamais entrer car Mallou et moi, on n’a pas pensé à prendre nos cartes d’identité et ici, c’est un peu comme au casino, on scanne ta carte et on te prend en photo. Mais Mallou fait un regard langoureux au videur métis qu’elle trouve beau gosse et on passe ! Le bar est immense avec plein de passages secrets, et la piste de danse est blindée. On se perd, on boit de shooters et Bergium tente une approche auprès d’une meuf qui a des énormes boobs. Ils papotent et la fille se lève « ah, je suis plus grande que toi » elle lui dit en anglais. Et elle ne porte pas de talons ! Elle s’appelle Elisa Cole et elle dit à Bergium que son accent est putain de sexy. Lojo de son côté se prend une fessée par une meuf qui trouve qu’elle a un putain de boul. Vers 2h, Mallou, Lojo et moi, on est mortes ! On repart en Uber en laissant au bar Brendan et Laure qui veulent encore faire la fête et Bergium qui roule des pelles en se tenant sur la pointe des pieds. On rentre toutes les trois, Mallou s’endort dans le Uber.

L’homme de la soirée

Pour les trois restants, on part sur une autre qualité de soirée avec toujours plus de shooters et de choses que je ne peux pas raconter ici. De retour sur les coups de 6h du matin, Bergium se fait onze grands verres d’eau avec du citron et casse l’un deux. Laure et Brendan continuent la fête, dévalisent la réserve de Timtam et se couchent vers 10 ou 11h du matin. Mais il faut savoir que dans le Uber qui les ramenant, Laure, beaucoup trop optimiste, a dit à Bergium : « Demain, on bouge de la maison à 11h ». Ce qui fait que ce matin, à 9h30, Bergium se lève et part à la douche. Il revient vers 10h. « Bon, les gars, on se bouge, on part dans une heure… » Effectivement, aujourd’hui, on prend le train. On bouge dans un autre coin, mais hier à l’apéro, en prévision de notre gueule de bois, on s’était dit qu’on partirait vers 15h30-16h. On ne comprend pas. Bergium nous dit que c’est Laure qui lui a dit ça et il se casse. Je me lève difficilement pour aller pisser et je croise Bergium dans la cuisine en train de passer la serpillière ! « Mais tu fais quoi ? T’es encore bourré ? » Il me répond que non mais le sol colle de son verre cassé dans la nuit. Soit. Je vais aux toilettes, je passe devant la chambre de Laure et de Brendan et j’entends de la musique. Ils sont déjà réveillés, je me dis à ce moment là, car on n’apprendra que plus tard qu’ils n’étaient, en fait, toujours pas couchés ! C’est vrai qu’on les attends mais ils ne se lèvent pas, donc après le petit déjeuner, on repart à la sieste. Ils finiront par se lever à 14h et nous pourront chanter ensemble :

« Good Morning

Good Morning

We all have a fucking hangover

Good Morning… To You ! »

Une reprise par nos soins de la chanson de Judy Garland et Mickey Rooney.

Lundi 28 Novembre

On se réveille à Upwey aujourd’hui, une banlieue à l’est de Melbourne, en campagne. Après une heure de métro fraudé et une heure de train avec ticket et à côté de moi, un gros monsieur qui dort, qui bave et qui prend toute la place, on arrive à la gare d’Upwey. Brendan reçoit un appel de la dame du AirBnB où on dort ce soir. Elle se propose de venir nous chercher à la gare. Brendan lui répond que c’est sympa, mais on est trop nombreux, ça va pas rentrer dans la voiture. Laure se frappe le front : la boulette ! On lui a dit qu’on serait quatre et on est six ! Espérons qu’elle ne va pas capter ! On décide alors d’un plan stratégique : Brendan, Lojo, Bergium et moi, on part en éclaireur et Mallou et Laure nous rejoigne dès que la voie est libre ! Notre groupe de quatre arrive donc au logement, on fait le check-in. Le mec est tellement sympa qu’on s’en veut de resquiller… Brendan appelle Laure pour lui dire que c’est bon, elles peuvent venir et il lui explique la route mais au moment où on les a quitté, elle n’avait plus que 3% de batterie donc logiquement, son téléphone s’éteint et on ne pourra plus les joindre. Le problème c’est qu’elle mettent trois plombes à arriver et on commence à s’inquiéter, et pour cause, elles se sont perdues et sont rentrées dans la mauvaise maison. Niveau discrétion, on a déjà vu mieux ! Le soir, on mangera des pizzas, on regardera Mme Boudtfire en anglais sous-titré anglais parce qu’on a maintenant un Fucking Level et on ira se coucher et comme on est six dans une maison pour quatre, Lojo dort dans le canapé et moi sur une montagne de couette dans le salon et on quittera la maison au petit matin comme des agents secrets.

Ce matin, on prend un petit train à l’ancienne avec locomotive à vapeur qui nous donne l’impression, soit d’être dans le Truman Show (pour Lojo), soit d’aller à Poudlard (moi), soit d’aller en camp de concentration (Bergium). Après un stop à Emerald, un village qui n’en avalait pas tant la peine, on rentre à Melbourne, faire un tour au Museum, apprendre un peu sur la culture aborigène quand même.

On quitte ensuite Bergium qui a un date avec Elisa Cole ! Et on pense qu’il stresse un peu parce qu’il a eu un petit excès de sudation tout à l’heure et il râlait parce qu’il avait l’impression de puer sous les bras. Alors qu’on passe dans la boutique de souvenir du petit train, il me dit « J’ai mis mon doigt dans la zone belliqueuse. Pouhlala, je pue ! ». Au bout de deux semaines et demie de voyage, je crois qu’on commence à être trop proches. On lâche donc le lion dans la fosse et avec les autres, on va manger (à 18h, oui on a pas mangé ce midi) dans un resto au concept clairement cool. « Lentils as anything », alors oui, c’est vegan. Tout de suite, on va me cracher dessus et me traiter de bobo mais je persiste, l’idée est géniale. Des bénévoles récupèrent la bouffe des magasins qu’ils s’apprêtent à jeter, en cuisinent quatre ou cinq gros plats trop bons et tu paies ce que tu veux et ils offrent le repas à ceux qui n’ont pas un rond. Et je me pète le bide tellement c’est bon. Et dans un coin, il y avait une chinoise qui chantait en Portugais avec un accent Australien. Lojo me dit que c’est à n’y plus rien comprendre.

Mardi 26 Novembre

J-2 avant le retour. Je me suis endormie hier avant que les filles éteignent la lumière et j’ai « oversleepé » jusqu’à 10h30, heure à laquelle je me tire d’un rêve où je suis la chef d’un commando de guerre constitué uniquement de meufs qui partent en mission dans la ville la plus dangereuse de monde, et je recale une des meufs parce qu’elle est incontinente. Voilà. J’ouvre donc les yeux et Laurène et Mallou sont déjà levées. Mais Bergium, lui, est bien là. Un coup d’œil à Messenger et je vois qu’il est rentré de son date à 1h et qu’il a essayé de nous appeler parce qu’il était enfermé dehors. Heureusement, Laure était encore réveillée et lui a ouvert. Pour souci respecter son intimité, je ne dirais rien de plus sur son rencard avec Elisa Cole. Demandez-lui vous même !

Camp de gitans

Hier soir, alors que Mallou est sous la douche et Laurène et moi en train de lire dans nos lits, on entend un gros cri dont on ne comprend pas le teneur, mis à part « motherfucker ». Sauf que ça a vraiment l’air d’être juste à côté. De peur qu’un inconnu entre dans la maison, je me lève, en pyjama, et je dis à Laurène : « je vais voir ». Elle me répond que si je suis pas revenue dans deux minutes, elle appelle les flics. Je sors de la chambre, traverse le garage, je me retrouve dans le jardin. Pas un bruit, je flippe et je rentre dans la chambre. Mais Lojo me dit du fond de son lit qu’il faut quand même aller voir si Jimmy va bien. Donc, je ressors, je vais jusqu’à la maison, je jette un œil par la fenêtre, Jimmy n’est pas sur sa chaise habituelle ! Mais à part ça, la maison est calme… Je reviens dans la chambre et je dis ça à Lojo. Mallou qui arrive à ce moment là trouve ça bizarre aussi mais nous apporte du nouveau : c’est Brendan qui a gueulé parce que le voisin s’est décidé à faire des travaux à 22h et lui se lève à 4h45 pour aller bosser à l’usine de guitare ! D’où le « Y en a qui veulent dormir, Motherfucker ». Mais, ça n’explique pas la disparition de Jimmy. Je suppose qu’il est simplement parti dans sa chambre, mais Mallou et Lojo ont peur qu’il soit parti se bagarrer avec les voisins, ce qui serait une très mauvaise idée, Jimmy est tout frêle ! Quelques minutes après, nous voilà rassurées, il est de nouveau à son poste. Tout va bien, nous avons beaucoup trop d’imagination.

À part ça, aujourd’hui, on a fait les magasins et ensuite, on est passé vite zef au casino parce qu’il était vraiment impressionnant tellement il est grand. On passe la sécurité tout sourire et là, la meuf nous arrête, Mallou et moi, pour nous demander nos cartes d’identité, genre on a moins de 18 ans… Non mais bonjour, j’ai trente ans, bordel.

Et ce soir, mode « Côtes-de-porc » activé, on a fait une putain de bouffe pour remercier Laure, Jimmy et Brendan pour l’hébergement et tout ce qu’ils ont fait pour nous. On a fait un putain de travail d’équipe et on était assez fiers : entrée-plat-dessert, tout au poil. Ensuite, on leur a fait découvrir Johnny, on a chanté Mike Brant et il est l’heure d’aller se coucher. On fait un peu la bagarre, après Bergium nous explique qu’il porte un slip qu’il a volé à Etienne et qui est trop petit. Et en cherchant dans son sac, à l’instant, il trouve un torchon que sa mère a mis « au cas où » et bah, je peux vous dire que quand les torchons de John-Michael puaient la mort, on en a pas du tout entendu parler !

Chamailleries

C’est notre dernière nuit, c’est triste, du coup on est encore plus débile que d’habitude.

Mercredi 27 Novembre

21h50 à Melbourne. 18H50 à Shangai. 11H50 à Paris.

J’écris depuis l’aéroport de Melbourne, Terminal 2 Porte 10. Bergium est parti faire un ultime tour aux chiottes. Les chinois font la queue. On vient de quitter Lojo et Mallou qui embarquent quelques minutes avant nous, font une escale à Doha avant d’arriver à Paname 5h avant nous. C’est donc le jour des adieux. Mais avant ça, on est allé visiter un peu Melbourne choper nos derniers souvenirs (une casquette pour mon père!) et il fait bon et du soleil, juste comme il fallait. On a trouvé tout ce qu’il nous faut et Lojo, au moment de payer un T-shirt, se fait passer devant par une chinoise. Elle a poussé le soupir de sa vie, même la vendeuse était saoulée.

Le retour fut un peu mouvementée, car comme Laure a pété tout son forfait internet, en partie à cause de nous, elle a appelé Brendan quand on était dans une espèce de train de banlieue pour qu’il nous prenne un Uber depuis chez lui. Ok, il arrive dans 4 minutes. Il rappelle quelques secondes après : « j’en avais pris un 4 places, et il fallait un 6 places, donc j’ai annulé ! Le prochain arrive dans 8 minutes ! ». Ok, il envoie une capture d’écran du nouveau Uber. Oui, mais cela semble étrange à Lojo car le point de récupération, c’est la maison de Brendan et pas la station de train où on est. « Dis lui de regarder à la fenêtre si y a pas une bagnole qui attend », suggère t-elle à Laure qui demande à Brendan si il est bien sûr d’avoir indiqué qu’il fallait venir nous chercher à la station de train. Pas de réponse, par contre, elle reçoit un message avec une 3ème plaque de Uber différente qui arrive dans 5 minutes. Bon, bah si, apparemment, il avait mis départ de chez lui… On attends 5 minutes, pas d’Uber. Bergium et moi en profitons pour trouver une nouvelle figure d’accrogym : la « poo-machine ». Une franche réussite, je vous montrerais des photos ! Enfin, dernier message de Brendan qui a eu le mec du Uber au téléphone. Il nous attendait du mauvais côté de la gare, il arrive ! Putain mais c’était laborieux !

La mythique « Poo-machine »

On rentre à la maison, on fait les douches, on fait les sacs. Bergium abandonne deux serviettes mais pas le torchon de sa mère, Mallou une robe, moi mes baskets de trail qui ont rendu l’âme. On commande un ultime Uber et vient le moment des embrassades, toujours un peu difficile et enfin, Lojo, Mallou, Bergium et moi prenons la route pour l’aéroport. Le rituel enregistrement-sécurité-douane n’a plus aucun secret pour nous, malgré de petites feintes comme le sac de Mallou qui se retrouve sur la touche car elle a caché au moins quatre briquets dedans. Mais, en y allant au culot, ça fonctionne ! Après une fouille minutieuse de son sac, elle repart avec tous ses feux ! Puis, on va manger au Hungry Jack, et Lojo qui n’a pas trop faim décide d’acheter une petite réserve de TimTam au duty free. Elle revient quelques minutes après comme une furie : « Nan mais », elle rugit. « Vous vous rappelez la chinoise qui a voulu me passer devant au magasin à Melbourne ? Et bah, elle est là ! Et elle a aussi essayé de me passer devant au duty free ! » Non, mais incroyable quoi !

En partant du Hungry Jack, Lojo nous montre la chinoise en question, assise sur une banquette, alors on lui fait tous des regards qui envoient des éclairs. D’ailleurs, moi aussi je suis en colère ! Déjà, parce qu’au Hungry Jack je veux commander un truc et la meuf me dit qu’il y a un problème avec ma commande. Je lui demande de m’expliquer mais elle me parle super vite. Je la fais répéter un milliard de fois mais elle répond toujours exactement la même chose et à la même vitesse, ça commence à me saouler alors en anglais, je lui dis « je comprends pas », « plus doucement », « encore une fois », « non, toujours pas ». Mais au final, je me lasserai la première et je lui dirais d’aller se faire foutre et je changerais de commande avec une bonne grosse envie de lui mettre un coup de boule. Niveau 1 de l’énervement activé.

Après ça, je veux me connecter à la Wifi mais ça marche pas. À chaque fois, je fais une merde, et je dois tout refaire : écrire mes coordonnées, et ça me gave, je suis à deux doigts, mais vraiment, de lancer mon téléphone à travers la salle d’embarquement quand Lojo se propose gentiment de m’aider. Je lui confie mon téléphone qui l’a échappé belle et je me défoule sur mon sac qui prendra quelques coups de pieds. Niveau 2 activé.

Pour me calmer, je vais acheter du chocolat mais la file est immense et tous les clients font la discussion. Je ronge mon frein, je vais faire un massacre. Niveau 3 activé.

Mais, quand je reviens, Lojo a débloqué mon téléphone. Je mange un kinder Bueno et ça va mieux !

La joie du retour

Jeudi 28 Novembre

8h44 à Shanghai. 11h44 à Melbourne. 01h44 à Paris.

Liste des choses qu’on déteste à l’aéroport (réalisé avec Monsieur Bergium) :

  • passer la sécurité
  • devoir prendre la navette quand tu sors de l’avion
  • attendre dans le couloir qui mène à l’avion

Mais heureusement pour nous, pour ce premier vol, nous n’avons pas rencontré les deux dernières situations. On est donc à Shanghai tous les deux et on est hyper déçus par le Starbucks. On avait déjà trouvé de faux noms à dire au monsieur pour qu’il galère à écrire dessus : Marie-Antoinette pour moi et Jacques-André pour Bergium, mais il nous a même pas demandé. Je suis à deux doigts de faire une scène.

Après un passage au duty free, pas de tout repos : devant moi, une meuf achète littéralement tout le rayon crème hydratante, elle doit avoir pris au moins 50 flacons, sans déconner. Et derrière moi, une grognasse qui essaie de me passer devant dans la queue. Mais miracle de presque-Noël, je reste calme, je dégage la meuf, je passe à la caisse, je rejoins Bergium pour qu’on puisse s’alterner à aller faire un petit brin de toilette avant de faire une sieste. Notre correspondance est à 12h et quelques, on a le temps. Avec Bergium, on a décidé de faire chacun trois quart d’heure de sieste. Je viens d’achever les miens, j’ai dormi, j’ai même rêvé ! C’est au tour de Bergium. Pendant ce temps, là je bouquine, mais sur la banquette derrière nous, il y a le mec le moins discret du monde. Il fait un maximum de bruit quand il baille, quand il s’étire, quand il renifle, et même quand il respire. Mais je ne peux même plus râler, le risque de tomber sur un français est de plus en plus grand. Dix minutes après s’être allongé, Bergium relève la tête, les yeux injecté de sang : « J’ai dormi longtemps ? ».

La fraîcheur incarnée

Vendredi 29 Novembre

Paname, temps gris.

Il s’est passé un truc drôle tout à l’heure dans le métro. Un mec rentre, discours habituel : la misère, un ticket resto ou un peu de monnaie SVP, quand arrive un autre type, guitare à la main.

« – Ah merde ! T’es là toi ?

– Bah ouais !

– Pardon gars, je savais pas que tu faisais le 6 aujourd’hui.

– J’ai bientôt fini, je te laisse la place ?

– Non, ça va, moi c’est chronometré, je sors à Corvasal.

– Ok, bon bah salut alors ! »

Discussion classique de collègues de travail.

Montparnasse-Bienvenüe. Odeur de chiottes publiques.

J’attends mon train pour Rennes, je suis pas prête de déposer mon sac à dos. Est-ce que j’en ai marre de porter le même sweat depuis un mois ? Oui. Est-ce que je suis crevée, j’ai perdu du poids, je suis à la dèche, je suis même à la rue ? Aussi. Est-ce que j’aurais voulu le faire autrement ? Non, définitivement, non.